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Billet de blog 16 mai 2014

Quel chemin !

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Billet original : Quel chemin !

« Que votre cœur ne se trouble plus : vous croyez en Dieu, croyez aussi en moi. 

« Dans la maison de mon Père, il y a beaucoup de demeures. Sinon vous aurais-je dit : Je vais vous préparer un lieu ? Et si je vais vous préparer un lieu, je reviendrai vous prendre avec moi, afin que, où je suis moi, vous aussi vous soyez. Et où je vais... vous savez le chemin. » 

Thomas lui dit : « Seigneur, nous ne savons pas où tu vas : comment saurions-nous le chemin ? »  Jésus lui dit : « Moi, je suis le chemin, et la vérité, et la vie. Personne ne vient au Père sinon par moi. »

Jean 14, 1-6

Jésus vient d'annoncer, encore une fois, son départ pour "où les disciples ne peuvent venir". Il n'a pas mentionné sa mort : c'est la théologie de Jean, pour lequel la mort de Jésus n'est qu'un détail. Ce qui compte, c'est là où il va, après. En réalité, Jésus n'en savait rien, de ce qu'il lui arriverait après sa mort. Mais c'est ici le Jésus de Jean, le Verbe incarné, qui repart chez son Père après son petit séjour chez nous. Ces discours de Jésus aux disciples ne sont donc évidemment pas de Jésus, c'est le catéchisme de la communauté johannique. Et donc, après l'annonce par Jésus de son 'départ', Pierre proteste : "pourquoi je ne peux pas te suivre ?", Jésus confirme, et c'est là que nous en sommes : je comprends votre inquiétude, mais faites-moi confiance. C'est en fait un peu plus que de la confiance, qu'il leur demande, comme nous le verrons à la fin du passage d'aujourd'hui, mais pour l'instant ce "vous croyez en Dieu, croyez aussi en moi" n'en demande pas forcément plus. D'autant que le "croyez en moi" est en réalité dans le texte grec un indicatif, et non un impératif, en sorte que le sens serait plutôt : "Ne vous troublez pas (puisque) vous croyez en Dieu et en moi". Mais ce sont des nuances qui ne changent pas vraiment le sens.

Et vient alors la raison pour laquelle les disciples ne devraient pas s'inquiéter de ne pouvoir suivre Jésus où il va : ce n'est que provisoire, bientôt ils pourront eux aussi venir. Ce n'est pas qu'il n'y ait pas de place pour eux, là-bas, mais apparemment cette place n'est quand même pas prête. Le texte n'est pas très clair sur ce point : les demeures existent d'ores et déjà, puis il est fait appel à une parole que Jésus aurait prononcée auparavant, comme quoi il partait pour leur préparer la place. Jean semble hésiter ici. Il n'ose pas affirmer carrément que c'est la résurrection de Jésus qui a ouvert le chemin à toute résurrection. Ce serait aller à l'encontre de la résurrection telle que se la représentaient les juifs de l'époque de Jésus, pour lesquels les morts qui les avaient précédés, et qui l'avaient mérité, étaient déjà ressuscités. Jean ne veut donc pas laisser entendre que Abraham, Isaac et Jacob, par exemple, seraient encore au shéol. Mais il lui faut quand même garder le rôle irremplaçable de Jésus ! d'où ces demeures qui existent déjà, mais qui ne sont pas habitables en l'état. Il faut sans doute que Jésus y fasse le ménage, aère, remplisse le garde-manger, avant que les disciples ne puissent y venir. Il ne voudrait qu'ils aient l'impression qu'on se moque d'eux...

Et non seulement Jésus va préparer les chambres, mais il va même revenir ensuite pour prendre ses invités par la main. Ici, il y a de nouveau une ambiguïté, mais voulue cette fois-ci. Jésus va revenir pour que les disciples ne restent pas seuls, mais il n'est pas dit que c'est lui qui va les emmener jusqu'à leurs demeures dans le ciel. Non, le chemin, c'est eux qui feront chacun le sien, puisque, leur dit-il, ce chemin, ils le connaissent déjà. Là, évidemment, protestation générale, mise dans la bouche de Thomas : on ne sait même pas où tu vas, comment on connaîtrait le chemin ? or, ce chemin, nous dit Jean, c'est Jésus lui-même. Jésus, donc, lorsqu'il revient pour rejoindre les disciples, est à la fois des deux côtés, à la fois là-bas avec le Père et à la fois ici avec nous. En sorte qu'en lui restant fidèle nous nous rapprochons automatiquement de notre demeure dans le ciel, jusqu'à y habiter. Inutile de préciser que nous sommes passés ici au Jésus qui n'a résolument plus rien de l'homme qui a vécu il y a deux mille ans en Galilée ! nous sommes dans la figure du corps mystique du Christ. S'il n'y avait pas eu cette mention d'un retour de Jésus pour prendre les disciples, affirmer que Jésus est le chemin aurait pu avoir un autre sens, celui du Jésus des synoptiques : Jésus nous a montré la voie que nous pouvons prendre à sa suite, si nous le souhaitons. Mais c'est donc bien plus que ça que Jean affirme ici. Il ne nous parle pas seulement d'un homme exemplaire, mais bien d'un être aux dimensions divines.

Mise à part l'obsession de Jean à tout faire passer par Jésus (bien qu'elle ait été un peu prise en défaut avec l'affaire des demeures), il vaut peut-être la peine de revenir quand même sur ce lieu particulier où se trouve, selon lui, le disciple de Jésus depuis son 'retour' de la mort. C'est donc un lieu spécial, dont on peut dire qu'il est à la fois encore ici et déjà là-bas. Ceci découle en premier de cette raison que donne Jésus pour son retour : "afin que, où je suis, moi, vous aussi, vous soyez". Jésus ne peut pas être divisé, à la fois encore mortel et déjà ressuscité, déjà au ciel et encore sur terre. S'il revient et qu'il prend les disciples avec lui, c'est que, d'une certaine façon, ils participent eux aussi déjà de la résurrection : ils sont là où il est, lui. Et pourtant, ils ont encore un chemin à faire... Dans le fond, nous avons donc déjà ici cette autre affirmation que va faire Jésus plus loin à leur sujet : ils sont dans le monde, mais ils ne sont plus du monde. C'est aussi le même thème que celui de la seconde naissance, qui, lui, avait été exposé dans les débuts de l'évangile, sauf que, pour la seconde naissance, Jean n'avait pas fait intervenir le corps mystique de Jésus, il n'était pas encore nécessaire qu'ait eu lieue sa résurrection, puisque le seul intervenant était alors l'Esprit. J'en conclurais volontiers que l'épisode de Nicodème témoigne d'une étape de la réflexion johannique où Jésus n'avait pas encore acquis sa stature de point de passage obligatoire, contrairement à l'affirmation finale du jour : "Personne ne vient au Père sinon par moi."

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