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Billet de blog 16 juin 2014

La troisième voie

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Billet original : La troisième voie

« Vous avez entendu qu'il a été dit : “Œil pour œil”, et : “Dent pour dent”. 

« Or moi je vous dis de ne pas résister au mauvais. Mais, qui te gifle sur la joue droite, tourne vers lui l'autre aussi ! Qui veut te citer en justice et prendre ta tunique, laisse-lui aussi le manteau ! Qui te requiert pour un mille, va avec lui, deux ! A qui te demande, donne ! Qui veut t'emprunter, ne te détourne pas de lui ! »

Matthieu 5, 38-42

Nous nous approchons maintenant de l'amour des ennemis, que nous verrons demain. Matthieu avait initié le thème à partir du "tu ne tueras pas", recommandant de non seulement ne pas tuer, mais même de ne développer aucune animosité intérieure à l'encontre de qui que ce soit. Ne pas être hostile ne signifie pas pour autant avoir une attitude bienveillante ! il s'agissait de ne pas être 'contre', nous allons arriver maintenant à être 'pour'. Mais pas d'un seul coup encore, Matthieu prépare d'abord le terrain avec "ne pas résister". Cela semble assez logique : d'abord ne pas répondre à l'hostilité par l'hostilité, puis ne même pas s'y opposer par résistance passive, et enfin arriver à une réponse inverse. Mais cette logique n'est qu'apparente, car elle suppose qu'aimer ses ennemis serait les approuver et épouser leur cause, ce qui n'est pas du tout le cas. D'ailleurs, les exemples que nous donne Matthieu aujourd'hui vont beaucoup plus loin que seulement "ne pas résister". Ils semblent justement aller dans le sens de donner raison à l'autre, et c'est pour ça que nous nous cabrons spontanément contre leurs suggestions, ou que certains les lisent au pied de la lettre et s'enferment dans une névrose masochiste absolument pas libératrice, ni pour eux, ni pour l'autre.

En réalité, les attitudes du genre "tendre l'autre joue" ne peuvent pas se comprendre si on n'a pas d'abord franchi le pas de l'amour des ennemis. Il faut déjà être très très fort en soi, persuadé profondément de la présence en l'autre du Père, et d'un lieu en lui où il n'est pas que celui qui nous a giflé, pour oser s'aventurer dans ces démarches qu'on appelle du terme générique de non-violence active. Car tendre l'autre joue n'a pas pour but de lui permettre d'épuiser à bon compte ses impulsions de violence sans qu'il n'ait besoin de se poser de question. C'est au contraire la seule raison pour laquelle cette tactique peut avoir un effet sur l'autre : si elle le désarçonne, si elle lui inocule un doute sur la justesse de son attitude. Cela demande tout un art, toute une compréhension psychologique, toute une maîtrise, disons-le, spirituelle même. Jamais il ne nous est demandé de nous écraser au profit de l'ego d'un autre. Jésus lui-même, quand il était interrogé par Hanne et qu'un soldat le gifla, ne tendit pas l'autre joue ! mais l'obligea à se demander si les raisons de cette gifle étaient fondées. Et Jésus, contrairement à la présentation qu'en fait surtout Jean pour des raisons théologiques qui le regardent, et dans une moindre mesure Luc, n'a pas voulu mourir sur la croix, ni n'a cherché à faciliter son arrestation par le sanhédrin.

L'agneau qui se serait laissé conduire à l'abattoir sans rien dire, ce n'est pas Jésus. Certes, si on se fie aux évangiles, il ne donne pas l'impression de s'être guère débattu. Ce n'est plus le Jésus des grands discours ou des maximes décisives, qui ridiculisait ses adversaires. Mais c'est parce qu'il savait aussi que, quoi qu'il dise, son sort avait été décidé à l'avance. Ce n'était donc pas la peine, dans ces conditions, qu'il leur donne le plaisir du taureau dans l'arène qui s'épuise sous les banderilles. Il a alors fait le service minimum, en témoignage contre eux : refuser d'acquiescer à ce qu'on voulait lui coller sur le dos. Le cas de la Passion de Jésus est un cas extrême, mais même là il n'est pas question d'aller épouser la cause de ses tortionnaires dans une sorte de syndrome de Stockholm ! Il ne s'agit jamais de se renier. Il ne s'agit pas non plus de compromis, cette solution où chacun renonce à une partie de ses prétentions pour trouver un terrain d'entente qui, au final, se révèle souvent décevant et pour les uns et pour les autres. Il s'agit de tout autre chose, d'une sortie par le haut, où tous trouvent mieux que ce qu'ils pensaient pouvoir jamais trouver. Mais nous y reviendrons demain.

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