Nous sommes tous ce ministre qui doit une somme absolument ahurissante, incommensurablement démesurée, à son roi. Qu'on soit croyant (et croyant en quoi ?) ou pas, peu importe, tout ce que nous sommes, nous l'avons reçu. Nous y avons certes apporté notre concours : même la plus fantastique et perfectionnée des machines, si elle refuse de se mettre en route, n'accomplira strictement rien. Oui, avec ce que nous avons reçu, nous y avons ajouté notre bonne volonté, notre envie d'en faire quelque chose, notre intelligence, notre fantaisie encore, et que sais-je de plus ? mais même tout ceci nous a aussi été donné, en réalité.
Soyons donc honnêtes, et soyons-en reconnaissants, comme on voudra : à Dieu, à la Nature, à l'univers, à nos parents, nos éducateurs, nos conjoints, nos enfants, notre patron, nos collaborateurs, nos collègues, les employés aux guichets (quand il y en a encore...), les commerçants, les artisans, toute l'humanité, et nos amis les animaux, et les arbres de la forêt, le temps qu'il fait, la vie, la mort aussi. Nous sommes le produit de tout cela, y compris nos capacités de tout ordre, physiques, manuelles, intellectuelles, morales, psychiques, et spirituelles encore.
Alors, si nous en sommes vraiment conscients, nous ne pourrons pas en vouloir à qui que ce soit de quoi que ce soit. Certes encore, ce sont des saints qui sont capables d'aller jusqu'à remercier qui les aura agressés ou escroqués, les remercier de leur avoir permis d'approfondir ce détachement de soi, cette reconnaissance de leur vraie nature, de leur être essentiel au-delà de tout avoir.
Que faire alors de tous ces dons que nous avons reçus ? sinon de les donner à notre tour ? Peut-être pas tout-à-fait sans discernement, non plus. Il ne s'agit pas d'essayer de remplir des tonneaux sans fond, cela ne sert à rien évidemment, mais parfois on peut en avoir l'impression à tort aussi... et c'est ce qu'il faut alors savoir accepter : dans le doute, non pas abstiens-toi, au contraire, donne, et donne encore, pardonne, donne au-delà, si tu veux être parfait comme "ton père du ciel", comme celui ou ce qui t'a tout donné.
Agrandissement : Illustration 1
alors s'étant approché Pierre lui a dit
« Seigneur ! combien de fois mon frère péchera-t-il contre moi
et je lui pardonnerai ?
jusqu'à sept fois ? »
Jésus lui dit
« je ne te dis pas jusqu'à sept fois
mais jusqu'à soixante-dix fois sept !
c'est pourquoi le royaume des cieux est semblable à
un homme
un roi
voulut régler ses comptes avec ses ministres
et il commença à régler
et on lui en amena un qui devait dix mille talents
et il n'avait rien pour rendre
et le seigneur ordonna qu'il soit vendu
avec la femme et les enfants et tout ce qu'il avait
pour rendre
aussi le ministre tomba-t-il à terre
et il se prosternait devant lui en disant
"patiente avec moi !
et je te rendrai tout"
alors ayant été remué jusqu'aux entrailles
le seigneur de ce ministre le délia
et lui remit sa dette
mais étant sorti ce ministre trouva un de ses pairs
qui lui devait cent deniers
et l'ayant saisi il l'étranglait en disant
"rends ce que tu dois !"
étant alors tombé à terre
son pair le suppliait en disant
"patiente avec moi !
et je te rendrai"
mais il ne voulait pas et s'en étant allé
il le jeta en prison
jusqu'à ce qu'il ait rendu ce qu'il devait
alors ayant vu ce qui s'était passé
ses pairs en furent fort attristés
et ils vinrent et ils expliquèrent à leur seigneur
tout ce qui s'était passé
alors l'ayant appelé à lui son seigneur lui dit
"méchant ministre
je t'avais remis toute cette dette
parce que tu m'avais supplié
ne devais-tu pas toi aussi avoir pitié de ton pair
comme moi-même j'avais eu pitié de toi ?"
et en colère son seigneur le livra aux tortionnaires
jusqu'à ce qu'il ait rendu tout ce qu'il devait
et c'est ainsi que mon père du ciel fera pour vous
si vous ne remettez pas chacun à son frère
du fond de vos cœurs »
(Matthieu 18, 21-35)