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Billet de blog 16 septembre 2014

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Ressusciter, oui, mais ...?

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Billet original : Ressusciter, oui, mais ...?

Or, ensuite, il va dans une ville appelée Naïn. Et ses disciples font route avec lui, et une foule nombreuse. Il est proche de la porte de la ville, et voici : on portait en terre, mort, le fils unique de sa mère, et elle était veuve. Une foule de la ville, assez dense, était avec elle. 

Quand le Seigneur la voit, il est remué jusqu'aux entrailles pour elle. Il lui dit : « Ne pleure plus. » Il s'approche, touche le brancard. Les porteurs s'arrêtent. Il dit : « Jeune homme ! je te dis : éveille-toi ! » Le mort se dresse, assis, il commence à parler. Il le donne à sa mère. 

Une crainte les saisit tous, ils glorifient Dieu en disant : « Un prophète, grand, s'est éveillé parmi nous : Dieu a visité son peuple ! » Cette parole sort dans la Judée entière à son sujet et dans tout le pays d'alentour.

Luc 7, 11-17

"Les morts ressuscitent !" : telle est la conclusion qu'ont dû tirer les foules qui ont assisté à cet événement. Les morts ressuscitent, c'est un des leitmotiv des évangiles, ajouté en finale des muets qui parlent, des aveugles qui voient, des boiteux qui marchent, etc... Ces 'signes' font allusion à différents passages d'Isaïe, mais Isaïe n'avait quand même pas osé la résurrection des morts ! D'ailleurs, si Luc nous rapporte cet épisode, qu'il est de plus le seul à connaître, c'est précisément parce que dans l'épisode qui suit immédiatement il va utiliser cet argument sur les signes du Royaume qui se manifestent par Jésus, en réponse à une question que se pose Jean-Baptiste. Luc veut être cohérent, s'il fait dire à Jésus "les morts ressuscitent", il veut qu'il y ait eu au moins une 'résurrection' racontée auparavant, contrairement à Matthieu (11, 2-6) qui n'avait pas fait attention à ce 'détail'. Nous avons donc une 'résurrection' qui n'est rapportée que par Luc, qui est opportunément située juste avant un passage qu'elle sert à justifier : les probabilités de réalité historique de cet épisode sont à priori très minces.

Il convient aussi de bien s'entendre sur ce terme de 'résurrection' utilisé ici, ainsi que dans le cas de la fille de Jaïre (Marc 5, 35-43, Matthieu 9, 23-26, Luc 8, 49-56), et bien sûr de Lazare (Jean 11). D'abord il faut noter que ce sont les seuls cas rapportés par les évangiles. L'affirmation "les morts ressuscitent" est donc une généralisation se basant sur un seul cas dans chaque évangile, à part évidemment Luc avec ce fils de la veuve de Naïn. Il faut ensuite comprendre qu'il ne s'agit pas de résurrection dans le même sens que la résurrection de Jésus. Ici, ces 'ressuscités' sont en fait plutôt 'réanimés', c'est-à-dire qu'ils ont été morts un moment, ils ne le sont plus ensuite, mais ils le redeviendront un jour... contrairement à Jésus. Il y a là une ambiguïté, pas vraiment volontaire à l'origine, puisque les premiers chrétiens pensaient à un Royaume déjà là ou très proche, et dans lequel la mort n'existerait plus. C'est Paul qui dit par exemple que lors du retour de Jésus, les morts ressusciteront d'abord et entreront dans le Royaume, suivis de ceux qui seront encore vivants (1 Thessaloniciens 4, 15-17). Les rédacteurs des évangiles pouvaient donc encore croire que le fils de la veuve de Naïn, la fille de Jaïre et Lazare avaient bénéficié de la même résurrection que Jésus. Pour nous, nous pouvons être sûrs qu'ils sont bien morts depuis. Ces 'résurrections' ne nous parlent alors que de manière très lointaine de ce qui a pu arriver à Jésus, et, pour le dire franchement, ont peu de chances de s'être réellement passées ainsi. Le plus vraisemblable est qu'il a pu s'agir de cas de mort apparente, tout à fait possibles pour le fils de la veuve et la fille de Jaïre, où la mort supposée est récente, et, pour le cas de Lazare, nous avons sans doute affaire à une exagération de Jean pour les besoins de son propos.

Mais peut-être convient-il de nous interroger aussi sur ce que nous entendons par la résurrection de Jésus. Les évangiles parlent du tombeau vide, puis d'apparitions, et enfin d'une disparition, définitive, jusqu'à un retour supposé, définitif lui aussi, dans un avenir qui, pour les premiers chrétiens, devait être proche. Ce sont des descriptions qui, elles aussi, ont été dictées par cette conception qu'ils avaient d'un Royaume comme fin de toute mort terrestre. Nous pouvons voir que, depuis, soit un tel Royaume a pris un sacré retard, soit il y avait là une erreur d'appréciation dès le départ. Nous ne croyons en fait plus vraiment à un tel Royaume, et pourtant nous avons gardé, par exemple, l'attente du retour définitif de Jésus, alors qu'il n'a de raison d'être que dans cette conception ancienne des premiers chrétiens. D'une manière générale, je crois, nous avons des idées assez confuse sur ce que peut avoir été la 'résurrection' de Jésus. Nous avons un corps qui a disparu, puis un Jésus qui est apparu, et nous en concluons que c'est ce corps disparu qui a été réanimé ! Mais pensons-nous vraiment que, dans la résurrection, nous aurons encore besoin de manger, de respirer, ou même de voir avec nos yeux et entendre avec nos oreilles ? Et pourquoi pas, pendant qu'on y est, de faire des enfants ? La réponse à tout ceci est bien évidemment : non, et par conséquent, dans la résurrection, nous n'avons plus de corps semblable à celui de cette vie-ci. Nous pouvons alors en conclure que, la disparition du corps de Jésus, si elle a effectivement eu lieu (ce que je crois personnellement, mais c'est une autre question), n'était pas une nécessité, et que les apparitions, dont il n'y a pas de raisons de douter puisque Jésus n'est pas le premier ni le dernier à être apparu à des vivants après sa mort, n'ont pas de rapport avec ce qui est arrivé à son corps...

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