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Billet de blog 15 octobre 2024

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Qui t'a fait qui tu es ?

C'est bien vous, ça, les pharisiens : l'extérieur de la coupe et du plat, vous le purifiez, mais votre intérieur est rempli de rapine et de mauvaiseté... Imbéciles ! Celui qui a fait l'extérieur n'a-t-il pas fait aussi l'intérieur ?

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Ici commence, chez Luc, une série de malédictions prononcées contre les pharisiens, dans la plus pure tradition prophétique. On pourrait vouloir en conclure que ces pharisiens étaient les pires des coreligionnaires de Jésus, mais ce serait une erreur, pour au moins deux raisons, la première étant que le pharisaïsme n'était pas un mouvement monolithique. Ce qui les unissait était de considérer que la Torah, prise telle quelle, n'était pas suffisante pour diriger sa vie, qu'il y avait besoin, à partir des "commandements" qu'elle énonce, de développer toute une casuistique, autrement dit des considérations secondaires, qui encadreront la mise en application de ces directives.

Mais à partir de ce principe général (que les sadducéens, eux, ne semblaient pas accepter), les options pouvaient varier du tout au tout, comme par exemple dans le sens à donner au motif possible pour le divorce, à savoir que la femme soit un objet de honte pour l'homme : pour les uns, cette notion de honte ne pouvait se référer qu'au fait qu'elle ait commis l'adultère, voire qu'elle se soit adonnée à la prostitution, quand d'autres acceptaient comme raison que l'homme ait simplement fait connaissance d'une femme qu'il trouve plus attirante... Le terme générique pharisien, qui n'était absolument pas synonyme d'hypocrite, recouvrait donc des réalités extrêmement variées, et Jésus était très certainement lui-même un pharisien, au vu de toutes ses interprétations très personnelles de sa propre religion...

La deuxième raison pour laquelle on ne doit pas conclure, de ces malédictions contre les pharisiens, que ces derniers étaient les pires adversaires de Jésus, est qu'en réalité, s'il s'adresse ainsi à eux, c'est qu'il pense qu'ils peuvent entendre son message, contrairement aux sadducéens notamment, mais aussi certainement aux esséniens, qui eux sont tellement verrouillés en eux-mêmes, que ce serait en pure perte que d'essayer de les en faire sortir. En dehors de leur stupide question avec l'histoire de la femme mariée successivement à sept frères, la seule fois qui nous soit rapportée où Jésus s'est trouvé face à eux, c'est lors de l'interrogatoire avec Hanne ou Caïphe, où il savait très bien que, quoi qu'il dise, les jeux étaient joués d'avance !

Cette série de malédictions, Luc nous les présente ici, avec ce mince prétexte d'un déjeuner offert par un pharisien, où ce dernier s'offusque, au moins intérieurement, de ce que Jésus n'ait pas "purifié" ses mains. Justement, ces histoires de purifications, lui il les conteste totalement, et c'est l'objet de cette première malédiction, que nous voyons aujourd'hui : pour ce qui est de vous purifier, vous les pharisiens, de nous purifier, nous tous, "donnons simplement le dedans en juste offrande", le "dedans" dont il est question pouvant autant être le contenu des coupes et des plats du repas, autrement dit d'une manière générale nos "possessions", autant que notre intérieur, rempli de rapines et de méchancetés, dont il ne s'agit évidemment pas d'en faire bénéficier d'autres, mais au contraire de nous en débarrasser...

C'est qu'il faut noter l'esprit dans lequel nous sommes invités à faire ces "offrandes", tant de nos avoirs que de notre être-même. Il ne s'agit pas simplement d'un don, aussi généreux qu'on puisse l'estimer d'un point de vue extérieur, il ne s'agit en réalité que de justice. Nous rendons-nous compte de ce que tout ce qui se trouve dans le monde et qui constitue la source de nos avoirs, ce n'est pas nous qui l'avons créé, mais cela nous est donné ; le monde entier est un don, et moi-mêmes aussi suis un don qui m'a été fait à moi-même, je ne suis pas non plus la source de mon être propre, je l'ai reçu. Offrir alors, ne serait-ce qu'une partie de ce que j'ai, le partager avec d'autres, n'est donc que pure justice, de même que de rendre grâce pour ce fait en soi tellement extraordinaire de ma simple existence.

Tout est don reçu, et en rendre, ne serait-ce qu'une partie symbolique, n'est que justice. Rien ne nous y oblige cependant, mais c'est là, et là seulement, que peut s'originer notre liberté.

Illustration 1

et tandis qu'il parlait
    un pharisien l'invite à déjeuner chez lui
alors étant entré il s'allongea
    mais le pharisien s'étonna en voyant
qu'il n'avait pas d'abord fait d'ablutions
avant le déjeuner
    alors le Seigneur lui a dit

    « c'est bien vous ça les pharisiens
l'extérieur de la coupe et du plat
    vous le purifiez
mais votre intérieur
    est rempli de rapine et de mauvaiseté
imbéciles ! celui qui a fait l'extérieur
    n'a-t-il pas fait aussi l'intérieur ?
donnez seulement le dedans en juste offrande
    et voici que tout est pur pour vous »

(Luc 11, 37-41)

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