S'il peut sembler difficile de croire encore de nos jours à une fin du monde, une fin des temps, du moins pas avant de nombreux milliards d'années, rien ne m'empêche pour autant de lire ces prédictions concernant cet événement mythique comme me parlant de la fin de mon monde et de mes temps personnels, autrement dit de ma mort. Nous avons effectivement chacune et chacun une représentation tout-à-fait personnelle de ce qu'est l'univers, une manière tout-à-fait personnelle de vivre le temps qui scande notre vie, et tout ceci se terminera certainement dans un jour plus ou moins proche, que nous verrons éventuellement plus ou moins approcher, ou pas, mais de mon attitude à ce sujet, dès aujourd'hui, peut-être beaucoup de choses peuvent-elles dépendre.
On ne sait pas ce que signifie exactement : celle ou celui qui sera laissé.e et celle ou celui qui sera pris.e. Être laissé.e signifie-t-il être laissé.e en vie, ou au contraire être laissé.e pour subir le cataclysme ? être pris.e signifie-t-il être pris.e par la mort, ou au contraire être pris.e dans l'arche de Noé ou dans la famille de Lot qui fuit Sodome avant qu'elle ne périsse ? mais peu importe, il reste que, dans un cas on disparaît, on meurt, sans rémission, sans possibilité de "résurrection" ou autre survie après la mort (dans ces récits anciens, la notion de résurrection n'existait pas encore, la mort était la fin de tout), soit on traverse l'épreuve, éventuellement non sans quelques dommages, non sans quelque purification, mais l'essentiel est là, on ne disparaît pas.
À l'approche de ce cataclysme, "on mangeait, on buvait, on se mariait, on était mariée, on achetait, on vendait, on plantait, on bâtissait" : Noé comme Lot et leur famille s'adonnaient évidemment eux aussi à toutes ces activités ; il ne s'agit pas de se mettre tous à vivre comme des ermites, des anachorètes, mais la question est de savoir si nous ne faisons que ça, si c'est là notre seul horizon, et on pourrait finalement dire pour simplifier : est-ce que nous sommes matérialistes, est-ce que ce qui nous préoccupe est uniquement d'avoir, avoir à manger, à boire, des vêtements, une maison, une télé, une voiture, etc., tout ce qui peut nous assurer le maximum de confort pour notre corps, ou est-ce qu'il y a autre chose qui nous interroge ?
Dans le premier cas, alors notre mort sera certainement notre fin définitive, et en conséquence nous la redoutons, forcément, puisque nous pensons n'être que notre corps, qu'il est notre seul souci dans cette vie. Nous savons bien alors que tel sera le terme de notre histoire, et effectivement, à notre mort, comme pour tout le monde, il nous arrivera ce que nous avons pensé au cours de notre vie. Si nous ne croyons à rien d'autre que le monde matériel, alors la fin de notre être matériel est notre fin totale aussi. Si nous croyons à la réincarnation, alors nous nous réincarnerons, si nous croyons à un purgatoire, alors nous irons dans un purgatoire. Tout ceci, en tout cas, dans un premier temps, car c'est là en quelque sorte le monde de nos idées, de nos pensées, lesquelles survivent à la mort de notre corps.
Ensuite seulement, après ce que la tradition chrétienne appelle parfois la "seconde mort", la mort du psychisme (de l'âme), vient la réalité de notre destin ultime, dont on ne peut pas dire grand chose, puisque toute représentation que nous pouvons nous en faire dans cette vie-ci reste du domaine de notre mental, de nos pensées, et cessera à la fin de ce premier temps qui suit la mort de notre corps. Les chrétiens croient en une résurrection dont ils seraient bien en peine de définir exactement ce qu'elle serait, tout comme pour le nirvana des bouddhiste ou la moksha des hindouistes, et en fait pour toute croyance, quelle qu'elle soit. Mais une fois arrivés à ce point-là de la réflexion, cela nous semble-t-il encore vraiment si important ?
Une chose en tout cas est certaine : le corps meurt, un corps mort n'est plus un corps, mais un cadavre, aussitôt dépecé par les vautours ou tout autre nettoyeur de ce qui n'a plus aucune utilité en soi.
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« et comme il arriva aux jours de Noé
ainsi en sera-t-il aussi aux jours du fils de l'homme
on mangeait on buvait
on se mariait on était mariée
jusqu'au jour où Noé est entré dans l'arche
et vint le cataclysme
et il les a tous perdus
de même comme il arriva aux jours de Lot
on mangeait on buvait
on achetait on vendait
on plantait on bâtissait
mais au jour où Lot sortit de Sodome
il a plu du feu et du soufre du ciel
et il les a tous perdus
il en sera de la même manière
au jour où le fils de l'homme est révélé
ce jour-là
qui sera sur la terrasse et ses biens dans la maison
qu'il ne descende pas les prendre !
et qui sera dans le champ
de même qu'il ne revienne pas en arrière !
rappelez-vous la femme de Lot !
qui chercherait à sauver sa vie la perdra
et qui la perdrait la fera vivre
je vous dis
en cette nuit ils seront deux sur un seul lit
l'un sera pris et l'autre laissé
elles seront deux à moudre ensemble
l'une sera prise et l'autre laissée »
alors répondant on lui dit
« où ? seigneur ! »
et il leur a dit
« où est le cadavre là aussi
les vautours se rassembleront »
(Luc 17, 26-37)