Pour Mickaël
Tout le monde connaît ce proverbe chinois... Quand le sage montre du doigt la lune à un sot, en lui disant "regarde, la lune c'est cet objet rond et lumineux", le sot, qui regarde le doigt du sage, soit se dit "ce type est complètement givré, il appelle rond ce qui a la forme d'un trait, et lumineux ce qui ne l'est pas", soit croit que ce qu'on appelle rond c'est ce qui est long, et lumineux ce qui est éteint. En tout cas, ce n'est pas le sage qui est sot, si ce n'est peut-être d'avoir voulu jeter des perles aux cochons ?
"Ne dites rien de moi à personne !" commande Jésus à ses disciples quand ceux-ci veulent faire de lui le "messie", ce personnage plus ou moins fantasmatique, attendu, espéré, à son époque (et de nos jours encore) par ses coreligionnaires. Qu'aurait-il dit s'il avait su qu'après sa mort, ce ne serait plus seulement comme ce messie, qu'ils le considéreront, mais qu'ils iront, peu à peu, jusqu'à le prendre pour Dieu lui-même ?
Jésus a voulu leur montrer Dieu, et voilà que les sots ont pris le doigt pour ce qu'il voulait montrer.
Je lisais hier sous la plume de Marie-Émile Boismard, exégète dominicain au-dessus de tout soupçon d'hérésie, que : "Dieu nous est plus présent que nous-mêmes. Si nous savons descendre au plus profond de nous-mêmes, dans notre acte d’être même, c’est l’Être essentiel que nous pouvons atteindre. Et nous l’atteignons, non pas comme une idée abstraite, mais comme une présence. À cet effort pour le trouver, en nous-mêmes, Dieu (en tant que l'Étant) répond en nous faisant sentir, expérimenter, sa présence au plus intime de nous-mêmes."
Comment mieux dire, ce que disait aussi Gandhi comme reproche au christianisme, que si on veut affirmer que Jésus était à la fois homme et Dieu, alors on doit l'affirmer aussi de tout être humain. Pourquoi avoir voulu faire de Jésus un être radicalement différent de nous ? A-t-on cru pouvoir se défausser ainsi sur lui d'une charge qui nous semblait trop lourde ? Mais c'est en fait le contraire qu'on a obtenu, on s'est compliqué ce qui en réalité est beaucoup plus simple. A-t-on voulu, une fois de plus et selon un vieux pli qui résistait, extérioriser ce qui est pourtant tout proche et plus que proche : en nous, le plus intime de nous-même.
Agrandissement : Illustration 1
Jésus sort avec ses disciples
vers les villages de Césarée de Philippe.
Sur le chemin il interrogeait ses disciples en leur disant :
« Qui les hommes disent-ils que je suis ? »
Ils lui disent :
« Jean le baptiseur.
D'autres : ‘Élie’.
D'autres : ‘Un des prophètes’. »
Et lui les interrogeait :
« Et vous ? Qui dites-vous que je suis ? »
Pierre répond et lui dit :
« Tu es le messie ! »
Il les rabroue :
qu'à personne ils ne parlent de lui !
Il commence à les enseigner :
« Le fils de l'homme doit beaucoup souffrir,
et être rejeté
par les prêtres, les anciens et les scribes,
et être tué,
et, après trois jours, se lever. »
En clair il disait la parole.
Pierre le prend à part
et commence à le rabrouer.
Mais il se retourne et, voyant ses disciples,
il rabroue Pierre et dit :
« Va-t-en, derrière moi, satan !
Car tes idées ne sont pas celles de Dieu,
mais celles des hommes ! »
(Marc 8, 27-33)