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Billet de blog 17 janvier 2025

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Conflits d'intérêts

Sommes-nous responsables des malheurs qui peuvent nous frapper dans nos vies ? Les pauvres sont-ils pauvres, les malades sont-ils malades, les handicapés sont-ils handicapés, parce qu'ils ont commis des fautes et en sont donc punis ainsi ?

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On a envie de se dire : qu'est-ce que vient faire cette histoire de péchés ici ? Cet homme, ce paralytique, comme tous les malades qui se présentent ou sont présentés à Jésus, ce qui le motive, ce qu'il souhaite, la raison pour laquelle il est venu, c'est évidemment pour être guéri. C'était bien la peine alors que ses dévoués porteurs aient déployé ces trésors d'efforts et d'ingéniosité — l'avoir monté sur le toit-terrasse, avoir défait une partie des branchages colmatés d'argile pour y faire un trou suffisamment grand pour y passer le brancard, et descendre le tout avec son bonhomme dessus pour le faire atterrir au beau milieu de l'assemblée, pile sous le nez de Jésus ! Tout ça pour ça : tes péchés sont pardonnés !?

De ce point de vue, cette histoire est effectivement curieuse. D'une part, il est certain qu'il a longtemps été fait dans le judaïsme (comme dans toute l'humanité) une sorte d'amalgame automatique entre malheurs personnels et péché : si on souffrait, que ce soit de maladies ou de pauvreté, c'est qu'on était forcément fautif de quelque chose, et inversement, si on était gratifié d'une bonne santé et de nombreux biens, c'est que Dieu nous récompensait ainsi de nos vertus. Un raisonnement simpliste, que la réflexion avait commencé à essayer de dépasser, notamment à partir du cas des jeunes martyrs morts pour défendre leur foi : ces derniers n'ont pas pu profiter d'une belle vie alors qu'ils ont eu un comportement certainement héroïque au regard de Dieu. Deux conséquences en découlaient alors, d'une part qu'ils bénéficieraient certainement d'une vie d'un autre ordre après leur mort (c'est le début de la croyance en la résurrection), et d'autre part aussi que, d'une manière générale, il n'y a pas de lien direct entre péché et malheurs terrestres.

Dans l'épisode de l'aveugle-né, dans l'évangile de Jean, Jésus nous est dit être de cet avis : ce ne sont ni l'aveugle, ni ses parents, qui ont péché. Ici, en parlant tout d'abord à ce paralytique du pardon de ses péchés, ne semble-t-il pas cependant pencher vers l'avis contraire ? Si nous nous rappelons de plus que la prédication du Baptiste était déjà orientée exclusivement sur la question des péchés (baptême pour le pardon des péchés), et que la prédication de Jésus aussi, dans un premier temps, ne s'était pas encore démarquée de celle de son mentor, on peut effectivement se poser la question : n'avons-nous pas ici affaire à un épisode comme transitionnel entre deux périodes ? On trouve d'ailleurs dans l'évangile de Jean aussi, un autre épisode avec un paralytique, au bord d'une piscine, dans laquelle il ne peut pas se glisser assez vite au moment où cela pourrait le guérir, et c'est Jésus qui le fait "miraculeusement", ajoutant ensuite "ne pèche plus, qu'il ne t'arrive pire", ce qui semble bien sous-entendre que sa paralysie avait un rapport avec le péché...

On ne peut donc exclure que Jésus lui-même ait évolué dans sa pensée sur ce sujet. Ou serait-ce que, dans certains cas la maladie ou les handicaps puissent être des conséquences du péché, et dans d'autres qu'il n'y ait aucun lien ? Ceci nous oblige alors à commencer par tenter une définition de ce que peut être cette notion, le péché. Pour ma part, je la vois ainsi : c'est de croire que nous sommes notre propre origine, et de nous comporter en conséquence. Dis ainsi, cela semble évidemment absurde : consciemment, nous savons bien que ce sont nos parents qui nous ont donné la vie, et au-delà de nos parents, c'est l'univers qui nous a créés. Mais ça, c'est le raisonnement qui nous le dit. Quand nous sommes venus à l'existence, nous ne savions rien de tout cela, nous ne savions qu'une chose, c'est que nous, nous étions là, et que le monde entier était prié de se mettre à notre service, au service de nos besoins, tant physiologiques qu'affectifs, et ceci restera vrai, aussi, tout du long de notre vie : spontanément, nous aurons toujours tendance à faire passer nos intérêts personnels avant toute autre chose.

Et pourtant, intellectuellement au moins, si j'y réfléchis, je sais bien qu'il n'y a a priori aucune raison que mon existence personnelle soit plus importante que celle de n'importe qui d'autre... mais mon organisme, lui, est programmé pour prolonger sa propre vie à n'importe quel prix... Il y a alors là une source potentielle de conflits inconscients, lesquels peuvent effectivement se traduire par des maladies voire même des handicaps. Source potentielle de conflits inconscients, mais aussi source potentielle de comportements altruistes, de ce qu'on peut appeler réellement l'amour, celui qui est capable d'aller jusqu'à s'effacer au profit de l'autre ou des autres, s'il comprend que c'est là ce qui vaut le mieux pour l'intérêt général, pour l'intérêt de tous ; s'il le comprend, mais à condition aussi qu'il l'accepte et sans absolument aucune réticence, du plus profond de son être même.

Illustration 1

et étant entré de nouveau à Capharnaüm après quelques jours
    on sut qu'il était à la maison
et beaucoup se rassemblèrent
au point qu'il n'y avait plus de place même pas à la porte
    et il leur disait la parole    
et on vient lui amenant un paralytique porté à quatre
et ne pouvant le lui présenter à cause de la foule
    ils ont défait le toit d'où il était
et ayant fait un trou
    ils descendent le grabat où gisait le paralytique

    et ayant vu leur foi Jésus dit au paralytique
« mon enfant ! tes péchés sont remis »
    or quelques scribes sont assis là
    et ils pensent dans leurs cœurs
« qu'est-ce qu'il dit là ? il blasphème !
    qui peut remettre les péchés sinon le seul Dieu ? »

et aussitôt
ayant su en son esprit qu'ils raisonnaient ainsi en eux-mêmes
    Jésus leur dit
« pourquoi raisonnez-vous ces choses dans vos cœurs ?
quel est le plus facile
    dire au paralytique "tes péchés sont remis" ?
    ou dire "relève-toi ! prends ton grabat ! et marche !" ?
aussi afin que vous sachiez que le fils de l'homme
a le pouvoir de remettre les péchés sur la terre... »
    il dit au paralytique
« c'est à toi que je dis
    relève-toi !
    prends ton grabat !
    et va dans ta maison ! »

et il se releva
et aussitôt ayant pris le grabat il sortit aux yeux de tous
si bien que tous sont hors d'eux-mêmes
    et ils glorifient Dieu en disant
« nous n'avons jamais vu rien de tel ! »

(Marc 2, 1-12)

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