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Billet de blog 17 février 2015

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Confiance !

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Billet original : Confiance !

Ils ont oublié de prendre des pains, et, sauf un seul pain, ils n'en ont pas avec eux dans la barque.  Il leur recommande et dit : « Voyez ! Gardez-vous du levain des pharisiens et du levain d'Hérode. » Ils faisaient réflexion l'un à l'autre : qu'ils n'ont pas de pains. 

Il le connaît et leur dit : « Pourquoi faire réflexion que vous n'avez pas de pains ? Vous ne réalisez pas encore ? Vous ne comprenez pas ? Vous avez le cœur endurci ! Vous avez des yeux et ne regardez pas ! Vous avez des oreilles et n'entendez pas ! Vous ne vous souvenez pas ? Quand j'ai partagé les cinq pains pour les cinq mille, combien de couffins pleins de parts avez-vous enlevés ? » Ils lui disent : « Douze. »  Et les sept pour les quatre mille ? Combien de paniers remplis de parts avez-vous enlevés ? » Il disent : « Sept. »  Il leur disait : « Vous ne comprenez pas encore ? »

Marc 8, 14-21

Ce passage n'est pas très clair. Il y a vraisemblablement à sa base un jeu de mots. En araméen, en effet, "levain" se dit "hâmirâh", tandis que "enseignement, discours, parole" se dit "'amirâh". Étant donné que Jésus vient d'avoir affaire à des pharisiens qu'il a déboutés, il est vraisemblable qu'il met ici en garde les disciples d'entrer dans le même état d'esprit que ces pharisiens : méfiez-vous de leur "discours", de leur mode de raisonnement, ne tombez pas dans les mêmes travers qu'eux. Mais les disciples sont pour leur part préoccupés d'une autre question : qu'est-ce qu'on va manger ? et, croyant entendre le mot "levain", ils pensent que Jésus fait allusion à ce pain dont ils ont peur de manquer... C'est en tout cas ce qu'explique Matthieu (16, 5-12) dans sa version parallèle, faisant dire à Jésus, après le rappel des deux multiplications des pains : "Ce n'est pas à propos de pain que je vous ai dit : défiez-vous du levain des pharisiens". Et alors, toujours selon Matthieu, les disciples "comprennent qu'il n'avait pas dit de se défier du 'levain' des pains, mais de l''enseignement' des pharisiens"...

Il n'en reste pas moins que, même si Jésus n'avait pas du tout voulu parler de pain, les réflexions qu'ils se font alors entre eux (chez Matthieu, les réflexions qu'ils se font seulement dans leurs têtes mais qu'il devine grâce à ses super-pouvoirs...) lui permet de comprendre la méprise. Le rappel des deux multiplications de pains peut donc signifier qu'ils ne devraient pas se faire de souci pour des questions de nourriture : puisque Dieu a déjà pourvu dans ces deux occasions à leurs besoins, ils doivent faire confiance, il continuera de pourvoir. Luc (12, 1s), qui n'a pas de version parallèle de ce passage, mais qui a quand même la phrase "Défiez-vous du levain des pharisiens", s'en sert d'ailleurs comme introduction à tout un chapitre sur les vertus d'une pauvreté qui s'en remet à Dieu pour tous nos besoins. Cette idée, en tout cas, est certainement conforme à toute une partie de l'enseignement de Jésus, et encore plus à sa propre vie, qu'il avait entièrement remise entre les mains du Père, jusqu'au dernier abandon, où c'est son Esprit lui-même qu'il remit...

Mais nous devons quand même nous méfier d'une mauvaise manière de comprendre une telle invitation de la part de Jésus. Garder confiance quand nous nous trouvons dans une situation de manque est une chose, compter sur Dieu pour nous sortir systématiquement d'affaire par un "petit" miracle, et hop ! on n'en parle plus, commence à se rapprocher dangereusement du "discours" des pharisiens : dans les deux cas, on est dans une sorte de mise en demeure adressée à Dieu de faire ce qu'on lui demande de faire... Ce genre d'attitudes est celui dans lequel Jésus a quand même refusé catégoriquement d'entrer lors de ses tentations dans le désert, avec même précisément celle de transformer des pierres en pain ! Garder confiance ne doit pas être une excuse pour devenir complètement irresponsables : "aide-toi, le ciel t'aidera", formule de sagesse purement humaine et bien antérieure à Jésus, reste valable et compatible. Des multiplications des pains, si tant est qu'elles se soient réellement produites, il n'y en a eu quand même que deux. Tout le long du ministère de Jésus, les disciples ne se sont pas nourris de cette façon-là, ni ne se sont contentés d'amour et d'eau fraiche, mais ont été soutenus financièrement, notamment par la fortune de certaines des femmes qui les accompagnaient, selon Luc (8, 3). Et plus tard, un Paul (2 Thessaloniciens 3, 10) instituera pour ses communautés la règle que tous doivent travailler pour gagner leur pain, ceux qui ne le comprendraient pas étant invités alors à s'abstenir aussi de manger...

Nous allons interrompre ici, provisoirement mais pour un peu plus de trois mois (nous aurons donc d'ici là complètement oublié où nous en étions, mais peu importe), notre lecture à peu près suivie de Marc, puisque demain commence le Carême, lequel se prolongera ensuite par le temps Pascal. Nous aborderons ce Carême pour nous préparer à Pâques dans le même état d'esprit que nous avions abordé l'Avent qui nous préparait à Noël. De même qu'il ne sert à rien que Jésus soit né il y a deux mille ans si le Christ ne naît pas en nous, de même il ne sert à rien que Jésus ait été ressuscité si nous ne le sommes pas nous aussi. Et il ne s'agit pas d'attendre seulement notre mort pour savoir ce qu'il en sera... La résurrection, c'est dans cette vie-ci que ça commence. Le Carême a souvent pour nous cette image d'efforts qu'il s'agirait de faire. C'est un peu vrai, mais si nous le prenons de cette façon-là, nous risquons fort de passer complètement à côté de l'essentiel. Car ce ne sont pas à proprement parler des efforts, qui nous sont demandés, mais de mourir à nous-mêmes, ce qui peut être très différent... C'est donc ce que nous essaierons de voir au cours des un peu plus de six semaines qui viennent.

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