On lui demande un "signe" du ciel : peu importe que ce soient des pharisiens ou n'importe qui d'autre qui lui demandent cela. Le fait est que, en Galilée, parmi les notables, parmi ceux qui étaient susceptibles de vouloir discuter religion avec Jésus sur le fond, on trouvait certainement plus de pharisiens que de sadducéens ou d'esséniens ou n'importe quelle autre tendance. C'est la raison pour laquelle c'est aussi d'eux que Jésus aura eu le plus souvent à se démarquer, et c'est d'eux qu'il aura le plus souvent été la cible de telles controverses, mais ce ne sont pas eux qui le livreront à Pilate au bout du compte, ce sont Caïphe, Hanne, les chefs des prêtres, des sadducéens... Ces derniers, d'ailleurs, ne lui demanderont même pas qu'il leur donne un tel signe !
Donner un signe du ciel : personne ne peut faire ça ! Les guérisons qui se produisent par son intermédiaire, les autres faits éventuellement extraordinaires, rien de tout ceci n'est réellement fait par Jésus, par l'homme Jésus ; tout ceci, c'est Dieu (le ciel) qui le fait, non l'homme. L'homme n'en est que l'instrument entre les mains de Dieu : cela passe par les mains de l'homme, mais cela ne vient pas de lui, en sorte qu'il ne lui est d'aucune façon possible de fournir un tel signe que celui qu'on lui demande. Si le ciel le voulait à ce moment-là, certainement se produirait-il, mais, sur leur demande, cela ne s'est pas produit, et Jésus ne peut que le constater : leur demande n'était pas justifiée.
Mais c'était couru d'avance ! la Torah le dit et redit déjà "tu ne mettras pas YHWH ton Dieu à l'épreuve". Jésus l'avait dit au diable lors des tentations au désert (quelle que soit l'historicité de cet épisode fortement allégorique...), mais tout Juif le sait parfaitement. Qu'un Hérode ait pu vouloir voir Jésus faire sous ses yeux un de ses miracles, comme une sorte de tour de magie, est bien plausible, mais cela l'est beaucoup moins de la part de pharisiens, qui sont censés avoir une assez bonne connaissance de la Torah, sinon eux-mêmes directement, au moins avec l'assistance de leurs scribes, leurs spécialistes de cette Torah.
C'est donc en ceci que consiste en vérité cette mise à l'épreuve : ils ne s'attendent pas à ce qu'il obtempère à leur demande, ils ne lui demandent pas ça afin de bien vouloir lui faire confiance, mais au contraire : si jamais il acceptait d'essayer de se prêter à leur suggestion, ils sont certains que cela échouerait, mais ils auraient ainsi mis en évidence la prétention de Jésus à se prendre pour Dieu lui-même, à pouvoir lui commander, lui ordonner de faire ce que lui, Jésus, voudrait qu'il fasse.
Le piège était grossier, Jésus s'en est sorti facilement, ce qui ne veut pas dire que ces pharisiens se soient alors précipités pour devenir ses disciples ! Ils prennent note qu'il ne se met pas lui-même au même rang que Dieu, ce qui serait le blasphème suprême, celui qui leur permettrait de le lapider sur le champ, comme on voit certains sur le point de le faire dans l'évangile de Jean. Non, cela, ils ne peuvent pas le lui reprocher, mais cela ne leur donne pas non plus de raison positive de se rallier à lui. La question reste ouverte, pour eux, même si cette façon de l'avoir abordée semble indiquer qu'ils étaient quand même avec un a priori défavorable, mais ils peuvent encore changer d'optique à l'avenir, ce n'est pas impossible.
En attendant, Jésus n'a pas de raison de rester là, il ne cherchera pas à les influencer, il s'en va donc un peu plus loin, ailleurs.
Agrandissement : Illustration 1
et les pharisiens sortirent
et ils se mirent à discuter avec lui
lui demandant un signe du ciel
pour le mettre à l'épreuve
et ayant gémi dans son esprit il dit
« pourquoi cette génération cherche-t-elle un signe ?
amen je vous dis
si jamais il est donné à cette génération un signe... »
et les ayant laissés
et s'étant de nouveau embarqué
il s'en alla de l'autre côté
(Marc 8, 11-13)