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Billet de blog 17 mars 2025

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Ne pas juger

Ne pas juger l'autre, mais ne pas se juger soi-même non plus : nous ne pouvons pas nous mettre à la place de l'autre, nous ne pouvons pas savoir, et nous-même non plus, nous ne comprenons pas toujours (litote) pourquoi nous agissons comme nous agissons.

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Ne pas juger, ne pas condamner : attention ! s'il s'agit ici de ne pas juger ni condamner les personnes, en aucun cas, il n'en va pas de même pour les actes. Et similairement pour ce qui est de pardonner, il s'agit de toujours pardonner aux personnes (ou du moins de s'y efforcer si on veut être "comme le père"), mais pas de pardonner les actes s'ils sont condamnables. Il ne s'agit donc pas d'autoriser n'importe quoi, le meurtre, le vol, l'agressivité, la spoliation, et tout ce qui fait violence à l'autre. Les actes peuvent être évalués à l'aune de ce qu'il faut bien appeler une morale — même si cette morale peut varier selon les cultures et évoluer au fil du temps —, mais qu'une personne s'y conforme plus ou moins bien ou mal dans les faits ne permet en aucun cas de juger qu'elle soit à jamais incapable de changer de comportement.

La personne est sacrée, et si nous ne sommes pas capables de faire cette distinction entre elle et ses actes ou comportements, nous témoignons par le fait même que nous nous faisons des illusions sur nous-même, que nous nous croyons nous-mêmes parfaits, ce qui n'est évidemment en aucune manière possible, et nous nous exposons donc à être traités par d'autres de cette même façon dont nous procédons à leur égard. Et c'est là que nous avons déjà mis le doigt dans l'engrenage sans fin de la violence, ou, pour être plus précis, c'est dans un tel état que nous naissons, cela nous est naturel de confondre ainsi en l'autre la personne qu'elle est au plus fondamental d'elle-même sans même le savoir la plupart du temps (une manifestation absolument unique de Dieu lui-même) avec les actes qu'elle commet et qui peuvent bien sûr (mais pas toujours, Dieu merci !) être en désaccord avec cette nature réelle, essentielle, profonde, en elle.

C'était une personne qui, suite à un accident de la circulation causé par un chauffard alcoolique invétéré, après plusieurs mois de coma en était quand même ressortie, mais amnésique de sa vie antérieure, et, dans l'accident, elle avait perdu son nourrisson tout nouveau-né. Et les années passaient, et ce qui faisait tenir cette personne était la seule perspective d'attendre que celui qu'elle appelait "l'assassin" de son enfant sorte de prison pour le tuer : ce serait sa vengeance. Et de nombreuses années s'étaient passées ainsi, toujours amnésique, et animée par ce seul projet, après quoi d'ailleurs elle avait l'intention de se donner la mort à elle-même aussi... Elle avait tout essayé ce qui lui semblait possible pour vaincre cette amnésie, mais rien n'y faisait, et puis un jour, comme par une grâce (venant d'où ?), il y eut comme une lumière qui se fit en elle, elle comprit qu'elle devait renoncer à cette vengeance, que c'était à elle-même qu'elle se faisait du tort, et une certaine paix l'habita. Puis, quelques jours plus tard, un premier souvenir d'avant le coma revenait...

J'ai eu la chance que cette personne me fasse assez confiance pour me partager son histoire, et j'espère ne pas la trahir dans ce que j'en ai rapporté ici, mais c'est pour moi la plus belle illustration de ce qu'est fondamentalement le pardon, et de l'importance qu'il y a pour nous, pour soi, à savoir pardonner. On notera, particulièrement, que le pardon n'entraîne pas nécessairement de réconciliation avec l'autre, car cette possibilité dépend en fait surtout et aussi de celui-là. Le pardon est bien avant tout une histoire entre soi et soi, et c'est en premier à soi-même qu'on fait du tort en refusant de pardonner.

Illustration 1

soyez pleins de compassion
    comme votre père est plein de compassion
    
ni ne jugez ! et vous ne serez pas jugés
ni ne condamnez ! et vous ne serez pas condamnés
pardonnez ! et vous serez pardonnés
donnez ! et il vous sera donné
    une mesure
belle
tassée
secouée
débordante
    qu'on donnera dans votre sein

car c'est de la mesure dont vous mesurez
    qu'il sera mesuré en retour pour vous

(Luc 6, 36-38)

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