Il y a très peu de récits où Jésus fait revenir à la vie une personne décédée. Le plus connu est certainement celui concernant Lazare, du fait qu'on nous dit qu'il y avait quatre jours déjà qu'il était mort, et même qu'il "sentait" déjà. Cet épisode-là n'est rapporté que dans l'évangile de Jean (chapitre 11), pas par les trois synoptiques, mais l'évangéliste Jean est un homme très proche du "grand prêtre" Hanne, sans doute même de sa famille, il est donc bien placé pour connaître ce qu'il se passe au sein du sanhédrin, et il nous dit que ce dernier va décider de mettre à mort aussi Lazare (pas seulement Jésus), parce que trop de gens ont entendu parler de ce qui lui était arrivé. Il y a donc eu au moins un nombre important de personnes à être persuadées de la réalité de ce retour à la vie d'un mort. Peut-être le récit qu'on en a dans l'évangile a-t-il été exagéré, embelli, mais il est possible aussi que Lazare se soit trouvé tout simplement en catalepsie prolongée et mis ainsi au tombeau...
Après Lazare, l'autre cas le plus connu est celui de la fille de Jaïre, rapporté quant à lui par les trois synoptiques (Matthieu 9, 18-26 ; Marc 5, 21-43 ; Luc 8, 40-56). Ici, il n'est pas question de décès depuis quatre jours puisque, à part Matthieu qui prétend que la fille vient juste de périr quand son père vient solliciter Jésus de faire quelque chose, chez Marc comme chez Luc ce supposé décès ne survient même que le temps que Jésus arrive au domicile ; c'est donc en tout cas très récent. On peut évidemment là aussi penser à une catalepsie, et non une mort au sens strict : on sait que de tels faits se produisaient il n'y a encore pas si longtemps, de personnes considérées à tort comme mortes et qui revenaient ensuite à la vie, et il est bien possible que nombre d'entre elles aussi se soient "réveillées" spontanément dans leur tombe et aient fini par y périr étouffées ou d'inanition.
Et puis le dernier cas : celui de ce fils unique d'une veuve. Luc est le seul à rapporter cette histoire. Bien sûr là encore on peut supposer que cette mort n'était qu'apparente, ce qui n'enlève cependant pas tout mérite à la capacité de Jésus à faire cesser de tels états ! Autant pour les guérisons de malades et infirmes, on peut évoquer que ces derniers avaient la volonté de guérir et que c'est la réputation de guérisseur de Jésus qui jouait le rôle essentiel, il n'était alors qu'un catalyseur, un libérateur de dynamismes internes aux personnes concernées. Mais là, avec de telles personnes qui sont comme coupées de toute relation avec l'extérieur, avec le monde ?
Mais surtout, ce qui caractérise le cas de ce fils unique d'une veuve, c'est que personne n'a rien demandé à Jésus. Dans toutes les guérisons, pour tous les malades ou infirmes dont il est question dans les évangiles, il y a toujours une demande, soit d'eux-mêmes, soit de leurs proches ; alors qu'ici, rien de cela, c'est Jésus lui-même, tout seul, qui décide tout, il ne s'enquiert pas de la foi de la veuve (ce qui est aussi assez constant dans ses guérisons), il agit tout de suite, il fait arrêter la procession mortuaire et dit au mort supposé de se lever, et voilà, il rend son fils à sa mère. Si on doute que cette histoire soit réelle, Luc a pourtant pris soin d'y faire figurer un nombre impressionnant de témoins, puisqu'il y avait d'un côté tous ses disciples, "ainsi qu'une foule nombreuse", qui l'accompagnaient, et de l'autre "une foule importante de la ville", donc deux foules qui se sont rencontrées et qui ont toutes deux assisté à la scène ! excusez du peu...
Alors on est bien sûr très émus et touchés de cette délicate attention de Jésus pour une pauvre veuve qui perd son seul soutien dans la vie, qui va se retrouver dépendante de la seule charité publique. On peut aussi s'interroger si ce "jeune homme" ne trouvait pas sa responsabilité de fils unique d'une veuve trop lourde à porter, raison pour laquelle il était tombé dans cet état ? Et puis enfin, comment ne pas penser à un autre censément fils unique d'une veuve et qui va bientôt finir sur une croix ? Jésus étant en effet supposément le seul fils de Marie, et Joseph étant vraisemblablement déjà décédé avant le commencement du ministère public de leur fils, voilà qu'une rencontre organisée par le hasard donne à Jésus un avant goût de ce qui attend sa mère. Est-ce cela qui a inspiré à Luc cette scène ? comme une préfiguration de ce que sera sa propre résurrection pour Marie ?
Agrandissement : Illustration 1
et le lendemain il alla dans une ville appelée Naïn
et faisaient route avec lui ses disciples
ainsi qu'une foule nombreuse
et lorsqu'il approcha de la porte de la ville
alors voici
était porté au tombeau un mort
fils unique de sa mère
et elle était veuve
et une foule importante de la ville était avec elle
alors l'ayant vue
le Seigneur fut ému aux entrailles pour elle
et il lui a dit
« ne pleure pas ! »
et s'étant approché il a touché le brancard
— aussi les porteurs s'arrêtèrent-ils —
et il a dit
« jeune homme ! je te le dis
lève-toi ! »
et le mort s'est dressé sur son séant
et commença à parler
et il le donna à sa mère
une peur s'empara alors de tous
et ils glorifiaient Dieu en disant
« un grand prophète s'est levé parmi nous »
et
« Dieu a visité son peuple »
et cette parole à son sujet
sortit dans toute la Judée
ainsi que dans tout le pays alentour
(Luc 7, 11-17)