Anon (avatar)

Anon

alias Xavier Martin-Prével.

Abonné·e de Mediapart

1432 Billets

0 Édition

Billet de blog 17 octobre 2024

Anon (avatar)

Anon

alias Xavier Martin-Prével.

Abonné·e de Mediapart

Comment mieux tuer la vie

En s’institutionnalisant, le christianisme peut-il être autre chose qu'une trahison de celui dont il se dit l'héritier, sur lequel il s'affirme fondé ?

Anon (avatar)

Anon

alias Xavier Martin-Prével.

Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Bâtir un tombeau, n'est-ce pas en quelque sorte vouloir figer ce qui a été vivant ? et donc confirmer cette mort ? c'est ainsi seulement que pour ma part je comprends cette histoire des scribes — ou spécialistes de la Torah — qui bâtissent des tombeaux pour les prophètes que leurs pères ont assassinés. On peut bien sûr ajouter que, ce faisant, se préoccupant de soit-disant réhabiliter le passé, ils s'évitent en même temps d'écouter ce que Dieu a à leur dire dans le présent, en pensant tout particulièrement à Jésus lui-même, qui est censé leur dire ainsi : "eh ! vous ! écoutez-moi ! faites attention à ce que je dis !", mais cette dernière interprétation devrait alors être plutôt attribuée aux premiers chrétiens, lesquels seraient alors à leur tour en train de construire un tombeau pour celui qui pourtant en est sorti !

Ériger un tombeau, une stèle, un monument, un mémorial, un livre d'histoire, c'est en effet forcément une façon, même involontaire, de figer dans certains traits, choisis de manière subjective, la personne ainsi momifiée. La mémoire qu'ont construite les premiers chrétiens, ainsi que leurs successeurs au long des âges, au sujet de leur héros ne peut évidemment pas avoir échappé à cette règle — sans même aller chercher ceux qui pensent qu'il n'a pas existé du tout...! — et, indépendamment des doutes, assez compréhensibles, sur son destin effectif après sa mort (son corps s'est-il littéralement volatilisé du tombeau, était-il ainsi devenu capable de dématérialisation et rematérialisation à volonté ?), même si tout ceci était bien vrai, cela permettait-il pour autant de le diviniser, alors que tout indique dans les évangiles qu'il avait toujours refusé qu'on le fasse ?

Toujours, effectivement, Jésus renvoyait vers celui qu'il appelait le Père, vers Dieu donc. Même chez Jean, si il dit que "le Père et moi sommes un", il ne s'identifie pas ainsi à lui, et cette affirmation ne peut pas faire oublier que par ailleurs c'est toujours lui, Jésus, qui dit ou fait ce que ce Père lui dit de dire ou faire, et jamais l'inverse ! Il n'est pas jusqu'à l'expression "fils de l'homme" qu'au fil des âges ses "héritiers" n'aient cherché à lui faire dire l'inverse de ce qu'elle signifie : un être humain, totalement humain, car seuls celles et ceux qui ont été engendrés par des humains sont des humains, tout comme seuls les "fils d'âne" sont des ânes, etc. Non, en utilisant ainsi le plus souvent cette expression pour se désigner lui-même, Jésus, bien loin de soit-disant sous-entendre sa supposée divinité, au contraire ne faisait qu'affirmer son humanité exactement la même que la nôtre.

Il n'y a en fait, dans l'ensemble de tout le canon des écritures chrétiennes (le "Nouveau Testament") aucun appui sérieux à cette divinisation ultérieure du héros. Ce qui ne veut pas dire que tous les faits extraordinaires qui lui sont attribués soient automatiquement des fabulations ! parce que de tels faits, loin d'être impossibles, bien que sortant de la réalité ordinaire, semblent bien s'être produits, et pouvoir se produire de nouveau, dans d'autres circonstances et pour d'autres personnes. Rien que les faits de guérisons inexplicables se constatent régulièrement, mais des manifestations post-mortem aussi, quoique peut-être un peu plus rarement, et d'une manière générale, à peu près tout ce qu'on peut imaginer est possible, en théorie du moins, parce que pour que cela se réalise, encore faut-il qu'il y ait pour cela une raison qui, pour la plupart d'entre nous, nous dépasse totalement :)

En ayant alors fait de Jésus l'égal de Dieu, et de son incarnation un événement absolument unique dans toute l'histoire de l'humanité — au lieu de se contenter de lui reconnaître un destin tout-à-fait exceptionnel et peut-être même indépassable, mais non différent par nature du nôtre —, le christianisme a en réalité escamoté son humanité. Dieu ne s'est pas incarné une seule et unique fois dans toute notre histoire commune en lui, en ce seul homme, car en fait Dieu s'incarne en absolument chacune et chacun de nous. Ce qui fait la différence entre Jésus et nous (ou en tout cas entre Jésus et moi), ce n'est pas que lui seul serait fils naturel de Dieu quand nous ne serions que des fils adoptifs (sic !), mais c'est "seulement" que lui a manifesté cette incarnation, nous a montré le vrai visage de Dieu, à un degré proprement exceptionnel, quand nous (ou en tout cas moi) ne faisons tout au plus que balbutier ce même langage.

C'est ainsi que l'institution chrétienne, mais heureusement pas tous les saints qui ont surgi en son sein, a enlevé la clef, n'est pas entrée, et a empêché de le faire beaucoup de ceux qui, pourtant, auraient voulu, et même pu, le faire. Mais cette institution peut toujours s'adresser à son idole en lui disant : "Pardonne-nous, Seigneur, nous ne savions pas ce que nous faisions", et lui l'entendra.

Illustration 1

« honte à vous !
    car vous bâtissez les sépulcres des prophètes
    et ce sont vos pères qui les ont tués
vous êtes donc témoins et vous approuvez
    les œuvres de vos pères
car eux ils les ont tués et vous vous bâtissez
    c'est pourquoi la Sagesse de Dieu a dit
"je leur enverrai prophètes et envoyés
    et ils en tueront et persécuteront"
en sorte que soit requis de cette génération-ci
    le sang de tous les prophètes
    répandu depuis la fondation du monde
    depuis le sang d'Abel
    jusqu'au sang de Zacharie
    lui qui a été assassiné entre l'autel et la Maison
oui je vous dis
    cela sera requis de cette génération-ci

honte à vous ! les spécialistes de la Torah
    car vous avez enlevé la clef de la connaissance
vous-mêmes n'êtes pas entrés
    et ceux qui entraient vous les avez empêchés »
    
et lui étant sorti de là
    les scribes et les pharisiens commencèrent
à le harceler
    et à le faire parler sur de nombreux sujets
à l'affût
    pour capturer quelque chose de sa bouche

(Luc 11, 47-54)

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.