Ne craignez pas ceux qui tuent le corps ! Faut-il avoir une certitude absolue de notre survie après la mort pour pouvoir accepter aussi facilement cette perspective ? C'est en tout cas dans ce sens-là que semble le dire le texte, évoquant comme destin possible après la mort d'être jeté "dans la géhenne", ce qui s'est appelé par la suite l'enfer. Il y aurait donc cette vie-ci, sur terre, que nous connaissons, et il y aurait une survie après notre mort, dont une des conditions qui nous est rappelée ici serait celle de supplices éternels. Ce sont là les perspectives classiques soutenues par le christianisme, peu ou prou depuis ses origines, avec des raffinements qui sont venus s'ajouter par la suite touchant à divers cercles, divers degrés, tant infernaux que célestes...
Personnellement, je ne crois pas à un tel cadre concernant notre destin après la mort. Je crois à une forme de survie de ce que nous aurons été au cours de l'ensemble de notre existence, mais pas ainsi, pas sous forme personnelle. Je crois à une sorte de survie, mais seulement basée sur le modèle des cellules composant notre corps. Chacune de nos cellules peut estimer qu'elle a concouru à la survie globale de notre corps, et que cette survie globale du corps est, d'une certaine manière, sa survie à elle aussi. Mais ce n'est bien sûr que d'une certaine manière, la cellule, elle, individuellement, ne survit pas, c'est seulement sa contribution à un moment donné et pour un certain temps à l'organisme entier qui demeure.
Mais c'est aussi ce qu'on appelle le modèle holographique, selon lequel chaque personne à la fois reflète et influe sur l'humanité entière, globalement. Tout ce que je fais tout du long de ma vie change ainsi l'ensemble de l'humanité et me survivra, mais personnellement, en tant que membre autonome de cette humanité globale, non, en mourant je disparaîtrai, tout comme la cellule individuelle en mourant disparaît. Mais est-ce important ? qu'est-ce que cela m'apporterait ? s'il y a des expériences que je voudrais faire, qu'est-ce qui m'empêche de les faire dès maintenant ? à nouveau personnellement, je ne vois pas ce que je pourrais souhaiter faire, vivre, expérimenter, etc., qui ne me serait pas accessible dès cette vie-ci. Non, je ne vois vraiment pas.
Il y a un autre modèle important que celui du ciel et de l'enfer qui court sur l'après-vie, c'est celui des vies successives, des réincarnations, et nombre de personnes pensent se souvenir de vies qu'elles auraient vécues antérieurement à leur vie en cours. Mais à mon sens elles font une légère confusion ; ce qui se produit pour elles dans de tels cas, c'est qu'elles accèdent à cette mémoire globale de notre humanité à laquelle chacune de nos vies contribue qu'elle le veuille ou non, et bien sûr ce faisant elles tombent sur des vies du passé qui ont plus ou moins de points communs avec la leur actuelle, mais ce n'est donc pas à proprement parler une vie qu'elles ont vécue personnellement antérieurement. il n'y a pas de survie individuelle, personnelle, autre qu'au sein de cette entité commune qu'est notre humanité prise comme un tout.
Dans le christianisme, c'est là l'image que Paul avait développée sous le terme de corps mystique du Christ, ce corps dont chaque chrétien serait un membre. Paul avait donc pressenti cette réalité de l'unité globale de l'humanité, simplement il l'avait confondue avec la seule personne de Jésus du fait de l'empreinte réellement extraordinaire que ce dernier y avait marquée. Ce que Paul a appelé le corps mystique du Christ, c'est plus simplement (?) cette entité globale que forme notre humanité, et cette image a ensuite été combinée avec les arrière-plans métaphysiques du judaïsme de l'époque, à savoir essentiellement la croyance en la résurrection personnelle, individuelle.
Mais chacune et chacun, bien entendu, a le droit de croire en ce qu'il ou elle veut.
Agrandissement : Illustration 1
alors que s'étaient rassemblées les multitudes de la foule
au point de se piétiner les uns les autres
il commença à dire à ses disciples
« avant tout gardez-vous du levain des pharisiens
qui est hypocrisie !
car il n'y a rien de caché qui ne sera découvert
ni de secret qui ne sera connu
quoi que ce soit que vous ayez dit dans les ténèbres
sera entendu dans la lumière
et que vous ayez prononcé à l'oreille dans les chambres
sera proclamé sur les toits
aussi mes amis je vous dis
ne craignez pas ceux qui tuent le corps
et après cela ne peuvent rien faire de plus !
mais je vais vous indiquer qui craindre
craignez qui après avoir tué
a le pouvoir de jeter dans la géhenne !
oui je vous dis
celui-ci craignez-le !
est-ce que cinq moineaux ne sont pas vendus deux sous ?
et pas un seul d'eux n'est oublié devant Dieu
mais même les cheveux de votre tête
ont tous été comptés
ne craignez pas !
vous êtes précieux plus que beaucoup de moineaux
(Luc 12, 1-7)