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Billet de blog 18 mars 2023

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Je..., je..., je...

Certains, convaincus d'être des justes, regardent comme rien le reste des hommes

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Qu'est-ce que prier ? Nous en avons ici deux exemples. Tous les deux s'adressent à Dieu, tous les deux entrent donc dans une certaine forme de relation avec lui. C'est peut-être là le premier point : prier, ça commence par quelque chose comme un face-à-face avec un autre ; un autre qu'on ne voit pas, mais dont on pense qu'il est quand même là, présent à nous, présent pour nous.

Et tous les deux lui parlent. Le premier a beaucoup de choses à lui dire, aussi lui parle-t-il longuement de tout ce qui fait sa vie : il lui explique en long, en large et en travers, à quel point elle est exemplaire, à quel point il est un homme, peut-être pas absolument parfait mais tout comme, et tout ce qu'il fait de bien pour ça. Curieusement, s'il a besoin de lui dire tout ça, ça doit être parce que le Dieu auquel il s'adresse n'est pas parfait, lui, puisqu'il ne le saurait pas déjà... On remarquera, d'ailleurs, que cet homme est le sujet de toutes ses phrases : je..., je..., je... Le second, quant à lui, n'a qu'une seule toute petite phrase, mais dont le sujet est Dieu.

Celui qui n'est plein que de lui-même, repart, certainement satisfait de s'être montré une nouvelle fois à lui-même comme tout va bien pour lui. Qu'y faire ? Dieu ne s'impose à personne. Pour qu'il y ait rencontre, il faut lui laisser un minimum d'espace.

Il est légitime, lorsque nous entrons en prière, que nous commencions par sortir tout ce que nous avons envie de dire. C'est même indispensable, justement pour que ce minimum d'espace puisse se faire en nous. Il faut alors y aller franchement : on vide son sac, on dit tout, on peut l'engueuler, on peut pleurer, et pourquoi pas même se vanter ! si on en a besoin, il faut le faire.

Mais il ne faut pas s'arrêter là. Ça, c'est juste le préliminaire. La prière proprement dite, c'est-à-dire la rencontre avec l'autre, ne commence qu'à partir de là, à partir du moment où nous avons évacué tout ce qui encombre notre moi. C'est là seulement que cet autre, avec lequel nous sommes censés entrer en relation, va pouvoir intervenir à son tour... Sinon, on a fait comme ces gens qui viennent vous voir, qui vous racontent toute leur vie sans vous laisser la possibilité d'en placer une, et qui repartent en vous disant : "Super, qu'est-ce que ça fait du bien d'avoir de vrais amis, qu'est-ce qu'on se comprend bien, tous les deux ! Allez, on se revoit bientôt pour remettre ça, ciao !"

Illustration 1

Et encore,
pour certains qui, convaincus d'être eux-mêmes des justes,
    regardent comme rien le reste des hommes,
    il dit cette parabole-ci :

« Deux hommes montent au temple pour prier,
l'un pharisien, et l'autre taxateur.

    Le pharisien se tient debout et prie ainsi en lui-même :
"Ô Dieu, je te rends grâces
    de ce que je ne suis pas comme le reste des hommes,
    rapaces, injustes, adultères
ou encore comme ce taxateur !
Je jeûne deux fois la semaine,
    je paie la dîme de tout ce que j'acquiers."

Le taxateur se tient à distance :
il ne veut même pas lever les yeux au ciel,
    mais il se frappe la poitrine et dit :
"Ô Dieu, soit propice pour moi, le pécheur !"

    Je vous dis :
celui-ci descend justifié dans son logis,
celui-là, non !

Car tout homme qui se hausse sera humilié,
    qui s'humilie sera haussé. »

(Luc 18, 9-14)

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