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Billet de blog 18 avril 2023

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Plus ça va, moins je comprends

Il faut le croire. Il faut y croire, croire que c'est possible, croire dans le sens d'être certain, être enraciné dans cette certitude.

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Nicodème se répèterait-il ? en est-il encore à se demander comment retourner dans le ventre de sa mère pour en naître de nouveau ? cela serait surprenant. Il connaît ses psaumes, notamment celui qui dit (Psaume 51(50), 13) : "ne me reprends pas ton esprit saint". Il n'y a pas de doute pour lui, nous tenons notre vie de l'Esprit — l'Esprit de YHWH, qui est YHWH lui-même —, qui habite en nous. Il sait bien aussi que c'est ce même Esprit qui parle, ou du moins a parlé, par les prophètes ; "a parlé" : parce qu'il semble que YHWH n'ait plus suscité de prophètes dans son peuple depuis plusieurs centaines d'années, maintenant.

À moins que : Jean, dit le baptiseur ? se pourrait-il qu'il soit un authentique prophète ? beaucoup le disent... Ou encore celui-ci, ce Jésus qui vient de Nazareth ? ce dernier accomplit vraiment des signes surprenants... Mais comment comprendre ce qu'il vient de lui dire ? Que l'Esprit nous habite tous, par le seul fait que nous sommes des "fils de l'homme" — autrement dit : des êtres humains —, c'est une chose ; mais ce Jésus semble dire que nous pouvons tous en faire l'expérience concrète ! que nous serions tous appelés à devenir des prophètes !?

Bien sûr, cela aussi a été annoncé, par Joël (3, 1-2) : " Alors, après cela, je répandrai mon esprit sur tout être de chair, vos fils et vos filles prophétiseront, vos anciens seront instruits par des songes, et vos jeunes gens par des visions. Même sur les serviteurs et sur les servantes je répandrai mon esprit en ces jours-là." Se pourrait-il que ce temps soit venu ? Évidemment, si le "règne de Dieu" arrive, est imminent, comme l'annoncent, et ce Jean, et ce Jésus, c'est bien là ce qui doit se produire : que dois-je donc faire ? est-ce que cela va être automatique pour moi, puisque je suis fils d'Abraham ? ou pas ?

La première réponse de Jésus est ironique : c'est toi qui est censé être savant, tu es un rabbi, un maître enseignant, et même un grand rabbi, respecté dans tout Israël, et c'est à moi, bouseux mal dégrossi sortant de son obscure province à moitié païenne, que tu poses la question ? On ne sait si cette ironie est acerbe, mais on pensera plutôt qu'elle fait partie des techniques d'enseignement spirituel, qui nécessitent souvent de bousculer l'autre, de le désarçonner, pour le sortir de ses ornières et œillères ; de le provoquer, pour le faire bouger...

Et ensuite, peut-être sommes-nous un peu déçus ? mais non, Jésus n'a pas d'instructions précises à donner : pas d'exercice de zazen ; pas de yoga du souffle, ni de la parole, ni des doigts, ni de quoi que ce soit ; pas de dhikr ni de samā' ; pas de chapelet, d'eau bénite, d'ave et de pater. Non pas que tout cela ne puisse servir à rien, mais parce que ce ne sont que des moyens éventuels, pour aider à s'approcher de l'expérience de la Présence de l'Esprit, mais qui ne sont pas l'essentiel.

Le mieux que Jésus puisse faire pour Nicodème, c'est ce qu'il fait : il témoigne. Il faut le croire. Il faut y croire, croire que c'est possible. L'obstacle le plus grand en nous à la réalisation de cette promesse, c'est que nous n'y croyions pas vraiment. Car il ne s'agit pas ici de croyance au sens qu'a ce mot dans notre société laïcisée, au sens de vague sentiment ou opinion : je crois, donc en fait je ne suis pas sûr du tout, c'est juste ce dont j'aurais envie que soit la réalité, juste un vague désir. Non, il s'agit ici de croire dans le sens d'être certain, être enraciné dans cette certitude.

C'est là que toutes les pratiques religieuses diverses peuvent servir à quelque chose, et particulièrement les pratiques qui mettent en jeu le corps. Parce qu'une telle foi, qui soit une certitude inébranlable, — qui, en fait, ne peut que provenir, déjà, de cette Présence de l'Esprit en nous —, ne se décrète pas par la seule volonté de notre intellect. D'une certaine manière, nous avons besoin que notre pensée, notre activité mentale, nos sentiments, nos sensations, tout notre psychisme, toute notre âme, se mettent à l'écoute, ou au moins en pause, pour laisser la place à cet Autre, qui, alors seulement, pourra se révéler comme aussi le nous-même plus intime que nous-même.

Illustration 1

(    Jésus dit à Nicodème :
« Le souffle, où il veut souffle,
    et sa voix tu l'entends,
mais tu ne sais d'où il vient ni où il va :
ainsi en est-il de tout homme né du souffle. »)

    Nicodème répond et lui dit :
« Comment cela peut-il se faire ? »
    Jésus répond et lui dit :
« Tu es l'enseignant d'Israël et tu ne connais pas ces choses ?

Amen, amen, je te dis :
    nous parlons de ce que nous savons,
    et nous témoignons de ce que nous avons vu,
et notre témoignage, vous ne le recevez pas !

Je vous ai dit les choses terrestres,
    et vous ne croyez pas !
Alors, que je vous aie dit les choses célestes,
    comment croiriez-vous ? »

C'est que nul n'est monté au ciel,
    sinon celui qui était descendu du ciel,
le fils de l'homme.

Et comme Moïse a haussé le serpent dans le désert
    de même doit être haussé le fils de l'homme,
pour que tout homme qui croit en lui
    ait vie éternelle.

(Jean 3, 9-15)

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