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Billet de blog 19 mai 2014

Demain ou aujourd'hui ?

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Billet original : Demain ou aujourd'hui ?

« Si vous m'aimez, vous garderez mes commandements. Et moi je prierai le Père, et il vous donnera un autre Paraclet qui soit avec vous pour l'éternité, l'Esprit de vérité, que le monde ne peut recevoir parce qu'il ne le voit pas et ne le connaît pas. Vous le connaissez, vous : il demeure chez vous et il sera en vous.  Je ne vous laisserai pas orphelins, je viens à vous. Encore un peu et le monde ne me verra plus, mais vous, vous me verrez, car je vis et vous vivrez. En ce jour-là vous connaîtrez que je suis en mon Père et vous en moi et moi en vous. Qui a mes commandements et les garde, c'est celui-là qui m'aime. Qui m'aime sera aimé de mon Père et moi je l'aimerai et me manifesterai à lui. » 

Jude (pas l'Iscariote) lui dit : « Seigneur, qu'est-il arrivé pour que tu doives te manifester à nous et non au monde ? »  Jésus répond et lui dit : « Qui m'aime gardera ma parole, et mon Père l'aimera, et nous viendrons à lui, et nous ferons demeure chez lui. Qui ne m'aime pas ne garde pas mes paroles. La parole que vous entendez n'est pas de moi, mais du Père qui m'a donné mission. Demeurant près de vous, je vous ai dit ces choses. Mais le Paraclet, l'Esprit saint à qui le Père donne mission en mon nom, celui-là vous enseignera tout : il vous rappellera tout ce que je vous ai dit. »

Jean 14, 15-26

L'élément le plus important de ce texte est cette mention du 'Paraclet', l'Esprit. Jean a déjà fait mention de l'Esprit, mais il est mentionné ici explicitement en liaison avec le départ prochain de Jésus. Il y a à ce sujet une ambiguïté, jamais clairement levée à mon sens, sur la différence entre ce qu'on pourrait appeler l'Esprit d'avant la résurrection et l'Esprit d'après la résurrection. Ici, donc, Jean nous parle de la venue de l'Esprit comme envoyé par Jésus une fois qu'il sera ressuscité, tout en affirmant que les disciples le connaissent pourtant déjà : "il demeure chez vous". Ce langage correspond de fait à la réalité qu'ont vécue les disciples. Personne ne conteste que l'Esprit dont ils ont fait l'expérience est le même que celui qui planait sur les eaux du premier chapitre de la Genèse, et que celui qui "a parlé par les prophète" comme le dit le symbole de la foi. Simplement, c'est eux qui n'étaient pas encore capables de le recevoir consciemment (il demeurait chez eux, mais ils ne le savaient pas). On peut donc comprendre que tout se soit passé pour eux "comme si" : c'est comme si Jésus avait envoyé l'Esprit, mais en réalité il était déjà là, et c'est donc, plus simplement, que le choc qu'a représenté pour eux la mort de Jésus, et la fin de leurs représentations terre-à-terre du Royaume, leur a ouvert l'esprit aux réalités dont Jésus leur parlait et qu'ils ne comprenaient pas.

Deuxième ambiguïté que nous voyons dans le texte d'aujourd'hui, mais qui elle, au contraire, a été peut-être excessivement clarifiée dans l'enseignement officiel des Églises : il n'y a ici, dans le texte de Jean, pas de distinction claire entre Jésus ressuscité et l'Esprit. Jean parle effectivement ici presque indistinctement du Paraclet qui va venir et de Jésus qui va aussi revenir, du Paraclet qui sera avec les disciples pour l'éternité et de Jésus qui sera aussi avec eux pour l'éternité. On peut noter, d'ailleurs, que Jean ne dit pas dans son évangile que Jésus, après sa résurrection et les apparitions, part ensuite définitivement "au ciel". Comme nous l'avions vu vendredi,  pour Jean, Jésus ressuscité demeure en un lieu qui est à la fois le ciel, mais qui est aussi ici pour ceux qui croient en lui. En fait, cette conception n'est même pas spécifique de Jean, c'est aussi celle de Matthieu, et sans doute de Marc encore, avant que ne lui soit ajoutée tardivement la finale actuelle de son évangile. Il n'y a que Luc qui campe vraiment la scène de l'ascension et du départ de Jésus "à la droite du Père", et, logiquement, il n'y a aussi que Luc qui décrive la venue de l'Esprit comme un événement nettement distinct de la résurrection, avec son récit de la Pentecôte. La conception initiale, des premières générations de chrétiens, ne faisait donc pas de distinction claire entre la présence de Jésus ressuscité et l'ouverture à l'Esprit. Vivre dans l'Esprit était la même chose que vivre avec Jésus mystérieusement présent.

Cette conception des premiers chrétiens avait, à mes yeux, un avantage essentiel : elle ne crée pas de distinction aussi tranchée que celle que nous nous représentons de nos jours entre l'au-delà et l'ici-bas. La participation à la vie de l'Esprit est déjà participation au "ciel", c'est déjà le Royaume. C'est ainsi que se concevaient les premières communautés, notamment celles que nous révèle la source Q : ils vivaient déjà dans le Royaume, travaillant seulement à le faire grandir en convertissant, guérissant et chassant les esprits impurs, comme Jésus l'avait fait de son vivant avec eux. Nous avons perdu tout ceci : nous ne guérissons plus grand monde, et, spontanément, nous considérons que le Royaume est essentiellement le lieu auquel nous espérons accéder lorsque nous mourrons. Je ne plaide pas ici pour un retour à ces pratiques, à la mode des charismatiques ! ces mouvements sont, je crois, essentiellement de dangereux déchaînements de forces complètement incontrôlées, par ceux qui s'imaginent en être des acteurs. Le Royaume ne peut pas se réduire à cette vision qu'en avaient les disciples d'un monde terrestre parfait, d'où auraient disparu toutes maladies et infirmités, et où nous banquetterions sans fin, plongés dans une éternité de délices... Le Royaume est bien mieux que ça, il est un état dans lequel nous sommes capables de vivre en acceptant que nos déficiences ne sont pas des obstacles, jusque et y compris au point que Jésus a pu accepter de mourir.

L'intervention de Jude est ici intéressante à ce sujet. Sa question pose justement la différence entre le Royaume extérieur tel que se le représentaient les disciples (un événement universel, le Messie restaure la souveraineté d'Israël, qui est reconnu par les nations comme le peuple élu), et le Royaume intérieur prêché par Jésus (la découverte du Père). C'est ce que signifie ce "tu ne te manifestes qu'à nous et non au monde". Toute la différence est là. Est-ce que nous nous représentons le Royaume comme le pays de Cocagne où il n'y aura plus jamais d'effort à faire, où tout nous sera donné, où il n'y aura plus de pleurs, plus de mort ? Ou, est-ce que le Royaume est une manière d'être dans le monde qui permet d'en vivre les tensions d'une manière différente et dans un sens différent ?

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