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Billet de blog 18 octobre 2017

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Du Je de désir

Métapsychologie doltoïenne

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Qu'aurait pu penser l'athée Sigmund Freud de Françoise Dolto avec son concept de sujet, acteur de sa propre conception biologique, présent au monde depuis la nuit des temps ? Voici, par exemple, comment elle développe cette idée dans "L'image inconsciente du corps", dans la 3ème partie "Pathologie des images du corps et clinique analytique", au paragraphe intitulé "D’engendreurs en engendrés : la souffrance d’imaginaire en réalité : les dettes et les héritages" :

« C’est le sujet du désir — en tant non seulement que témoin, mais aussi qu’acteur de son histoire, par l’intermédiaire du corps — qui prend chair dans ce corps au jour de la conception de chacun, et qui reconduit son contrat de vivant, d’inspiration en inspiration, après que, d’expiration en expiration, il ait risqué, en confiance, ce contrat de vivant. On peut dire que c’est de seconde en seconde que le narcissisme d’un sujet reconduit le contrat du sujet désirant avec son corps. C’est cela vivre, pour un être humain.

« Ce contrat qui lie le sujet à son corps est la mystérieuse énigme de chaque être humain. Lorsqu’il parle, chacun parle de lui-même sous le couvert du mot « Moi » distinct de « Toi » et « Eux », mais, en même temps, ce sujet qui parle de lui au nom de « Je » peut ou désavouer le Moi, ou le prendre en charge consciemment (et peut-être ailleurs). Et encore, dans son sommeil, il est, ce sujet, le témoin autre de ce « Moi » immobile, on pourrait dire végétatif ; et, dans le même temps, le travail de ré-assumation de son corps se fait chez le sujet, que le désir, pendant la veille, avait fatigué : c’est donc que le narcissisme de base veille à reconduire quotidiennement, dans le vivant, son contrat, à reconduire cette énigme. Ce « Je » ensommeillé, qui ne pourrait même pas dire le « Je » grammatical d’une phrase, ce « Je » ensommeillé qui veille, on ne sait où, en permettant au corps la réfection de ses forces, ce « Je » est témoin du désir de tous ces désirants qui remontent à la nuit des temps, de s’être engendrés de mère en fille, de père en fils, depuis que le monde est monde.

« Cette énigme, l’enfant humain l’aborde autour de ses trois ans. Il croit, l’innocent, que l’adulte, image de lui achevée, va lui donner réponse à toutes les questions qu’il se pose ; mais l’adulte, lui, attend de ses enfants réponse à l’énigme du sens de sa vie, réponse à l’énigme des échecs du Moi par rapport au désir du Je. Et c’est cette maldonne, cette mal-compréhension où chacun attend de l’autre une réponse que personne ne peut lui donner, qui fait le problème des relations enfants-parents. Ils ne peuvent accepter facilement leur impuissance : l’enfant, celle de ses parents, et les parents, celle de leur enfant (impuissance à leur donner la satisfaction que leur désir imaginaire voudrait trouver dans la réalité). »

Que dire de plus, sinon que le Je ici développé par Françoise Dolto ressemble étrangement à l'atman hindou, au Soi christique, à l'étincelle divine présente en chacun de nous ?

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