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Billet de blog 18 novembre 2024

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Trompettes de la renommée

Voici un homme qui crie aux portes de Jéricho ; aurait-il dans l'idée de rejouer, contre la foule qui lui dit de se taire, l'histoire antique, où ce furent des trompettes autour de la ville qui en firent tomber les murailles ?

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Jéricho : dernière étape avant l'arrivée à Jérusalem, et aussi dernière guérison, dernier miracle, comme si, à Jérusalem, il n'était pas possible que s'y produise le moindre signe de la bienveillance de Dieu : seule la résurrection sera proposée aux Judéens comme invitation à la conversion. Ce disant, je sais que je semble omettre l'épisode du figuier maudit, mais celui-ci n'est ni une guérison (!), ni un miracle (mot dont l'origine remonte à la notion d'émerveillement : on ne s'émerveille pas d'une mort, fut-ce celle d'un arbre...), et évidemment pas non plus un signe de bienveillance de la part de Dieu ! Toutes ces caractéristiques font d'ailleurs qu'on ne peut que classer ce figuier maudit dans la catégorie des allégories, des paraboles, et non des faits.

Jéricho, épisode charnière donc, entre la geste galiléenne, où le provincial Jésus était chez lui et avait suscité, au moins dans les débuts, l'enthousiasme des foules, et la finale judéenne, au cœur de l'intelligentsia, de la capitale, des chefs, de ceux qui savent, qui sont pragmatiques, qui ne peuvent prendre le risque qu'un électron libre provoque, même involontairement, l'intervention des légions romaines et le massacre qui s'en suivrait. Et dernière guérison, rapportée par les trois évangiles synoptiques, les trois qui racontent l'histoire du point de vue principal des Galiléens, selon les souvenirs de ces aficionados qui l'ont suivi depuis les débuts en Galilée, quand l'évangile de Jean parle, lui, pour l'essentiel, des quelques occasions où il était quand même monté à Jérusalem avant le drame final.

Les trois témoignages de Matthieu, Marc et Luc, diffèrent ici sur quelques points inconciliables. Pour Luc, la guérison s'est produite avant l'entrée à Jéricho, quand pour Matthieu et Marc c'est en repartant de la ville. Pour Matthieu, il y avait deux aveugles, quand pour Marc et Luc il n'y en avait qu'un. Ce qui est intéressant, d'une manière générale, dans ces différences entre les trois synoptiques, c'est que cela veut dire qu'au moins ils ne se contentent pas de se copier les uns sur les autres ; chacun témoigne, ou rapporte un témoignage, et comme pour tout témoignage, y compris dans la vie la plus courante, ils ne sont jamais concordants : ceci est donc plutôt un indice de sincérité de la part des auteurs de ces récits, et nous permet de tenir que, ce qui concorde entre eux, a de très fortes probabilités de correspondre à ce qui s'est effectivement passé.

Ensuite, les différences peuvent s'expliquer pour des raisons diverses (Luc est le seul à raconter l'épisode de Zachée, qui va suivre immédiatement, et il est vraisemblable qu'il ait voulu que ce soit sur ce dernier événement que se termine cette étape à Jéricho, il a donc pour cette raison déplacé la guérison de l'aveugle avant l'arrivée ; Matthieu de son côté était un de ces spécialistes de la Torah qu'on appelle aussi légistes ou scribes, laquelle Torah spécifie que, pour qu'un témoignage soit valide, il doit y avoir au moins deux témoins concordants, et c'est la raison pour laquelle il met souvent deux malades ou infirmes dans des récits où les autres n'en mettent qu'un), et il reste donc d'à peu près certain la guérison d'un aveugle à la sortie de Jéricho, dont il est de plus précisé chez les trois que ledit aveugle se met aussitôt à suivre Jésus.

Cette dernière précision aussi est intéressante. Je ne crois pas qu'il y ait dans les synoptiques d'autre cas de malades ou d'infirmes guéris par lui dont on nous dise qu'ils se mettent alors à le suivre. On a le cas du possédé, dont les démons avaient été expulsés dans des cochons, et qui voulait suivre Jésus, qui ne le lui a pas permis, mais c'était un "étranger", un goïm, et on peut penser que c'est pour cette raison que cela lui a été refusé. D'une manière générale on peut supposer qu'un certain nombre de guéris se sont alors bien mis à le suivre, mais il n'en reste pas moins que notre aveugle de Jéricho semble être le seul pour lequel le récit le souligne. Comme une invitation à en faire autant, pendant qu'il en est encore temps, plutôt que de se calquer sur le refus et le rejet qui va suivre de la part des Judéens dans leur ensemble ?

Illustration 1

    et il arriva qu'en approchant de Jéricho
un aveugle était assis au bord du chemin
    à quémander
et ayant entendu une foule passer
    il demandait
« qu'est-ce que c'est ? »
    et on lui annonça
« c'est Jésus le Nazôréen qui passe là »
    et il cria en disant
« Jésus ! fils de David ! aie pitié de moi ! »

    et ceux qui allaient devant l'engueulèrent
pour qu'il se taise
    mais lui criait encore plus fort
« fils de David ! aie pitié de moi ! »
    alors s'étant arrêté
Jésus commanda qu'on le lui amène
    et quand il fut proche il lui demanda
« que veux-tu que je fasse pour toi ? »
    et il a dit
« seigneur ! que je voie de nouveau ! »
    et Jésus lui a dit
« vois de nouveau ! ta foi t'a sauvé »

et aussitôt il vit de nouveau
    et il le suivait en glorifiant Dieu
et tout le peuple qui avait vu
    donna louange à Dieu

(Luc 18, 35-43)

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