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Billet de blog 19 mars 2025

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Vous ne savez pas ce que vous demandez

Qui veut devenir grand parmi vous sera votre serviteur, et qui veut être premier parmi vous sera votre esclave, de même que le fils de l'homme n'est pas venu pour être servi mais pour servir, et donner sa vie en rançon pour beaucoup.

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Nous avons ici pour commencer ce qu'on appelle généralement la troisième "annonce de la Passion". C'est un point commun entre les trois évangiles synoptiques, que chacun comporte ces trois annonces qui viennent ponctuer le récit un peu comme les trois coups au théâtre avant le lever de rideau. Ici, dans les évangiles, ce lever de rideau sera ce drame final, la mort du héros, suivie de sa "résurrection". Et chacune de ces trois annonces est suivie d'une scène qui, par contraste, montre à quel point les disciples, et tout particulièrement les douze qui n'ont rien à envier aux foules sur ce point-là, sont complètement à côté de la plaque, incapables de sortir de leur attente à eux, celle d'un messie politico-militaire.

C'est ainsi qu'après la première annonce, Pierre avait vivement protesté auprès de Jésus, l'engueulant même, peut-être en partant d'un bon sentiment, estimant que Jésus cédait sans doute à un petit coup de mou ou de blues pour parler d'une manière aussi défaitiste, et il avait fallu que Jésus le traite de satan pour le remettre à sa place, mais cela ne signifie pas qu'il avait pour autant changé d'avis. On le verra bien à la deuxième annonce, où cette fois les douze se mettent sans transition à se disputer pour savoir lequel d'entre eux est le plus grand, comme s'ils avaient été sourds, comme s'ils n'avaient pas entendu ce qu'il avait dit. Et cette fois-ci, la troisième, c'est pire encore, puisque deux d'entre eux tentent de prendre de court les dix autres en venant lui demander d'avoir les deux meilleures places dans le futur gouvernement...

Ils ne comprennent vraiment pas ! Pour eux, il n'y a pas d'autre perspective possible qu'un royaume terrestre, la souveraineté du peuple hébreu sur sa terre donnée par YHWH, c'est ça la promesse, avec sans doute aussi une notion d'éternité, mais pour eux, cette vie éternelle, c'est celle-là que nous connaissons tous et qui se prolonge, qui dure et qui dure, infiniment, chez eux, dans leurs frontières ; cette éternité n'est même pas une perspective universelle : peut-être que les autres nations pourront y accéder aussi, chacune chez elle, chacune pour son propre compte, peut-être, mais ce n'est pas leur problème à eux peuple choisi, peuple préféré de YHWH. On peut ainsi mesurer le fossé entre eux et ce messie qui leur annonce que, lui, non, il va mourir. C'est juste impossible à comprendre, pour eux, impensable, un non-sens absolu, que celui qui est censé les introduire à la vie éternelle commence par la perdre !

Comment comprendre une telle "espérance" à ce point mythologique ? c'est pourtant celle-là même qui explique ce qu'est cet état d'Israël tel qu'il a été fabriqué de toutes pièces il y a moins d'un siècle. Sans ce mythe, il n'y avait aucune raison pour que ce "foyer pour les Juifs", dont l'idée pouvait se comprendre, doive nécessairement s'implanter en ce lieu-là précis, sur cette terre-là, sans tenir aucun compte des deux mille ans d'histoire qui s'étaient déroulés entre temps... Quelle folie ! que de morts, que de souffrances infligées à d'autres, au nom d'une chimère. Car il ne faut pas s'y tromper, au-delà de tous les calculs purement politiques d'hommes qui n'ont pas le moindre sentiment religieux réel, s'il n'y avait derrière eux ces ultra-orthodoxes bas du plafond avec leur croyance à leur YHWH père noël de contes de fée...

Illustration 1

et en montant à Jérusalem Jésus a pris avec lui les douze à part
    et en chemin il leur a dit
« voici que nous montons à Jérusalem
et le fils de l'homme sera livré
    aux chefs des prêtres et aux scribes
et ils le condamneront à mort
et ils le livreront aux païens
    pour le bafouer et le fouetter et le mettre en croix
et le troisième jour il sera réveillé »
    
alors s'approcha de lui la mères des fils de Zébédée avec ses fils
se prosternant et lui demandant quelque chose
    et il lui a dit
« que désires-tu ? »
    elle lui dit
« dis que ces deux fils à moi siègent
un à ta droite et un à ta gauche dans ton royaume »
    et répondant Jésus a dit
« vous ne savez pas ce que vous demandez
pouvez-vous boire la coupe que moi je vais bientôt boire ? »
    ils lui disent
« nous le pouvons »
    il leur dit
« oui ma coupe vous la boirez mais siéger à ma droite et à ma gauche
    ce n'est pas à moi de le donner
    mais c'est pour qui cela a été préparé par mon père »

et ayant entendu les dix furent indignés par les deux frères
    alors les ayant appelés à lui Jésus a dit
« vous savez que les chefs des nations leur commandent
et que les grands ont autorité sur elles
    il n'en sera pas ainsi pour vous !
mais qui veut devenir grand parmi vous sera votre serviteur
et qui veut être premier parmi vous sera votre esclave
    de même que le fils de l'homme n'est pas venu pour être servi
    mais pour servir et donner sa vie en rançon pour beaucoup »

(Matthieu 20, 17-28)

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