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Billet de blog 19 avril 2025

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Après cela...

Les quatre évangélistes s'efforcent de nous donner des détails sur ce qu'il est advenu du corps de Jésus une fois sa mort survenue, avec sans doute comme arrière-pensée (en vain ?) de pouvoir établir ensuite qu'il avait bien disparu miraculeusement du tombeau le surlendemain...

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Les quatre évangélistes sont d'accord que c'est Joseph d'Arimathie qui a obtenu de Pilate l'autorisation de prendre le corps de Jésus, qu'il l'a ensuite enserré dans des "linges" ou un "drap", et qu'il l'a déposé dans un "tombeau", consistant vraisemblablement en une cavité creusée dans du rocher. À part Marc, les trois autres précisent que ce tombeau était neuf, qu'il n'y avait pas d'autre corps qui y aurait déjà été déposé, ce qui peut avoir deux significations : que le corps de Jésus n'y aura pas contracté d'impureté (rituelle) par sa proximité avec un cadavre, mais aussi qu'il sera plus facile d'établir la disparition du corps, parce que le tombeau sera complètement vide, alors que s'il y avait eu d'autres cadavres, il aurait fallu les compter pour déjà savoir qu'il en manquait un ou non, et ensuite être sûr que c'était bien celui de Jésus qui manquait, qu'on ne confondait pas avec un autre des "habitants" du tombeau...

Il y a une petite nuance aussi à propos des "linges" ou du "drap". Chez les synoptiques, il s'agit d'un "sindon", mot qui désigne une pièce de tissu assez grande, du genre de taille pouvant effectivement correspondre à un drap, ce qui par ailleurs cadre parfaitement avec le linceul dit de Turin. Chez Jean, il est question d'un "othonion", et même de plusieurs, lesquels pourraient désigner des bandelettes (comme pour les momies chez les Égyptiens, mais il ne semble pas que ç'ait été la façon de procéder des Juifs), ou encore des pièces de tissu plutôt de la taille d'une serviette. Mais il n'y a pas lieu de tirer ici des plans sur la comète : qui a raison ? qui a tort ? il suffit comme souvent de regarder l'usage des deux mots dans la Septante (la traduction en grec de la bible hébraïque, déjà faite avant l'époque de Jésus) pour voir que le même mot hébreu a pu y être traduit par l'un ou l'autre des deux mots grecs, sans qu'il n'y ait vraiment de différence entre le sens de l'un ou de l'autre. Et si Jean mentionne plusieurs linges, c'est alors sans doute qu'il veut mentionner, outre le drap, le linge plus petit qui a servi à maintenir la mâchoire inférieure fermée, et dont il parlera de nouveau lors de la découverte du tombeau vide.

C'est donc une nuance, en fait juste une précision supplémentaire donnée par Jean. Autres différences plus importantes : chez Jean, Joseph d'Arimathie est épaulé par Nicodème, dont l'évangéliste a déjà parlé à deux reprises (lors d'un entretien de nuit avec Jésus dans les débuts de son ministère, puis quand il a essayé de s'opposer à la décision du sanhédrin de mettre Jésus à mort), mais dont les synoptiques ne semblent pas même connaître l'existence, et par contre ces derniers mentionnent tous trois la présence d'un groupe de femmes ; pour Matthieu elles étaient simplement là, Marc précise qu'elles "regardaient où il était mis", et Luc encore plus disert, qu'elles ont suivi de près Joseph dans ses opérations, qu'elles ont "observé le tombeau et comment avait été mis le corps", puis qu'elles se sont mises à préparer des aromates pour quand elles reviendraient après le shabbat ; Luc est bien l'évangéliste le plus attentif aux femmes...!

Alors Nicodème ? ou les femmes ? ce n'est pas nécessairement exclusif. On voit mal que Jean ait inventé l'existence de Nicodème, ni pourquoi même il lui aurait attribué plus d'actions que celles qu'il décrit. D'un autre côté, on voit mal aussi pourquoi les synoptiques auraient inventé la présence des femmes, même si on peut soupçonner Luc d'avoir légèrement extrapolé (sans que ce soit forcément pour autant excessif par rapport à la réalité) l'attention de leur présence à ce moment-là. Tous, synoptiques comme Jean, reconnaissent que ce sont elles qui, les premières, ont constaté la disparition du corps, même Jean, lequel d'ailleurs y donne un rôle de tout premier plan à Marie Madeleine ; mais peut-être simplement, sans vouloir nier leur présence à l'ensevelissement, préfère-t-il mettre en valeur justement plutôt ce rôle unique et essentiel de Madeleine, la première auquel Jésus soit apparu, et qu'il a ensuite instituée apôtre des apôtres en la chargeant d'aller convaincre les "hommes" ?

Quant aux synoptiques qui ne mentionnent pas Nicodème, peut-être est-ce, là aussi simplement, qu'ils ne le connaissaient ni d'Ève ni d'Adam, comme on dit, qu'ils ne savaient pas du tout qui il était, d'où il sortait, alors qu'il en allait autrement de Joseph d'Arimathie ? En somme, l'absence de mention d'un personnage ne vaut pas preuve qu'il n'ait pas été présent... Mais surtout, tout ceci reste secondaire, par rapport à ce qu'il va se passer ensuite, ou même ce qu'il se passe déjà sans que rien ne s'en sache, car il est douteux que le destin post-mortem, de Jésus comme de quiconque d'autre, soit si fortement dépendant du destin de ce qui, une fois que la mort de ce qui fut le corps se soit effectivement produite, ne mérite plus le nom de corps, mais est devenu un cadavre, un conglomérat d'organes, un amas de cellules, mais sans plus d'unité entre tous ces composants.

S'il y a survie après la mort, elle ne peut d'aucune manière être liée ainsi au destin de ce qui fut un corps, et donc certainement la "résurrection" de Jésus était-elle déjà effective avant même qu'on descende ledit corps de la croix...

Illustration 1

alors parce que c'était la Préparation
    afin que les corps ne restent pas sur la croix le shabbat
    car il était grand le jour de ce shabbat-là
les Judéens demandèrent à Pilate que leurs jambes soient brisées
    et qu'ils soient enlevés
les soldats vinrent donc et brisèrent les jambes du premier
    et de l'autre qui avait été crucifié avec lui
mais en arrivant à Jésus comme ils virent qu'il était déjà mort
    ils ne lui brisèrent pas les jambes
mais un des soldats de sa lance perça son côté
    et aussitôt sortirent du sang et de l'eau
et celui qui a vu a témoigné et son témoignage est vrai
et lui sait qu'il dit la vérité afin que vous aussi vous croyiez.
    car ces choses sont arrivées afin que l'Écrit soit accompli
"aucun de ses os ne sera brisé"
    et un autre Écrit dit encore
"ils verront celui qu'ils ont transpercé"
    
après ces choses Joseph d'Arimathie
    qui était un disciple de Jésus mais en secret par peur des Judéens
demanda à Pilate de prendre le corps de Jésus et Pilate le permit
alors il vint ainsi que Nicodème
    celui qui était venu à lui de nuit le premier
portant un mélange de myrrhe et d'aloès d'environ cent livres
    et ils prirent le corps de Jésus
    et le serrèrent dans des linges avec les aromates
comme c'est la coutume des Judéens pour ensevelir
    et il y avait un jardin au lieu où il avait été crucifié
    et dans le jardin un sépulcre neuf dans lequel personne jamais n'a été mis
et à cause de la Préparation des Judéens et comme le sépulcre était proche
    c'est là qu'ils mirent Jésus

(Jean 19, 31-42)

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