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Billet de blog 20 mai 2015

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Je vais et je viens

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Billet original : Je vais et je viens

« Je ne suis plus dans le monde. Et eux sont dans le monde. Et moi, je viens vers toi. Père saint, garde-les en ton nom que tu m'as donné pour qu'ils soient uns comme nous. Quand j'étais avec eux, moi je les gardais en ton nom que tu m'as donné et j'ai veillé et aucun d'eux ne s'est perdu sinon le fils de la perdition en sorte que l'Écrit s'accomplisse. Mais maintenant je viens vers toi et je parle ainsi dans le monde pour qu'ils aient en eux ma joie en plénitude. 

« Moi, je leur ai donné ta parole, et le monde les a pris en haine, parce qu'ils ne sont pas du monde, comme moi je ne suis pas du monde. Je ne prie pas pour que tu les enlèves du monde, mais pour que tu les gardes du mauvais. Ils ne sont pas du monde comme moi je ne suis pas du monde. Sanctifie-les dans la vérité : ta parole est vérité. 

« Comme tu m'as envoyé dans le monde, moi aussi je les ai envoyés dans le monde. Et pour eux je me sanctifie afin qu'ils soient eux aussi sanctifiés en vérité. »

Jean 17, 11-19

"je viens vers toi" : on nous l'a dit à plusieurs reprises, Jésus vient du Père et va vers le Père. On comprend généralement ceci comme étant deux temps, séparés par la vie terrestre ; il y a d'abord eu l'incarnation du Fils de Dieu venu du ciel, puis il y aura son ascension et son retour au ciel, et entre les deux son séjour parmi nous où il a révélé qui était vraiment ce Père. Sauf que chez Jean, ce n'est pas si simple. Certes, dans son prologue, il parle du Verbe qui était auprès de Dieu et qui a planté sa tente parmi nous ; mais ce n'est pas chez lui qu'on trouve une conception virginale. On ne trouve pas non plus d'ascension, chez Jean ! Certes, là encore, Jésus va parler de sa montée vers le Père, mais cela ne l'empêche à la fin de partir sur les chemins en demandant à Pierre de le suivre, tout en parlant du disciple que Jésus aimait qui, lui, peut bien demeurer jusqu'à sa venue ! Et là, bien sûr, nous corrigeons mentalement : il doit s'agir de son retour à la fin des temps...

Mais il n'y a pas de "retour à la fin des temps" de Jésus, chez Jean. Jésus va, "monte", vers le Père, mais ce n'est pas un départ hors de portée des disciples, c'est une montée dans laquelle il les entraîne, eux tous, et le monde, avec lui. Si le disciple que Jésus aimait est dit pouvoir demeurer, c'est parce que lui est plutôt "en" Jésus, dans ce mouvement vers le Père, tandis que Pierre est plutôt "à sa suite". Cette façon alors dont Jésus, finalement, ralentit sa marche pour que Pierre puisse suivre, peut être encore considérée comme une venue de Jésus vers Pierre, tout comme il continue de venir vers toutes les générations suivantes. Le vient et va (du point de vue du monde, ou va et vient du point de vue du Père) de Jésus sont comme deux mouvements concomitants de toute éternité : de tous temps il vient vers le monde pour lui révéler le Père, et de tous temps il entraîne vers le Père ceux à qui il l'a révélé. Et ce qui fait la différence entre les uns et les autres, c'est la venue de l'Esprit.

À partir de là, il faut reconnaître cependant que nous parlons plus de la figure mythique du Fils, que de l'homme seul, Jésus. L'Esprit s'est manifesté aux hommes bien avant la venue de Jésus, les faisant entrer dans la connaissance du Père dans d'autres traditions spirituelles que le judaïsme. Notre origine divine, les spiritualités orientales la connaissaient depuis longtemps, quand Jésus est venu la révéler aux disciples. Mais il ne semble pas, pourtant, qu'il y ait eu d'autres cas d'"instructeurs" dont le corps ait atteint cet état de spiritualisation qui lui a permis d'être sublimé dans sa mort ! ou alors ils ont été très discrets... On peut alors considérer que Jésus joue quand même un rôle très spécifique dans ce qu'on pourrait appeler l'économie de l'Esprit, et donc dans la figure du Fils. Nous sommes bien sûr tous appelés à devenir, chacun, le Fils : "qu'ils soient uns, comme nous", "qu'ils aient en eux ma joie en plénitude", "qu'ils soient eux aussi sanctifiés en vérité". Mais, sur ce chemin, peut-être Jésus reste-t-il le guide le plus sûr, celui qui peut nous accompagner le plus loin ?

En tout cas, nous aussi nous sommes pris dans ce double mouvement — nous aussi venons de Dieu et allons vers Dieu — qui n'est en réalité qu'un seul et même mouvement. Car c'est en nous recevant de lui que nous le manifestons, l'incarnons, c'est en devenant "petits" que nous devenons "grands", c'est en mourant que nous vivons : tout ce langage qui peut sembler si paradoxal ne parle pourtant que de ce plus grand paradoxe qu'est un Dieu qui va vers lui-même, un Dieu qui devient, qui a une histoire — sans commencement ni fin, mais non pas sans direction ni sans sens —, un Dieu lancé dans une aventure que nous écrivons, chacun, personnellement, par nos vies.

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