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Billet de blog 20 janvier 2025

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L'épouse et l'époux

Jésus : prolongation ou rupture d'avec le judaïsme ? le christianisme, tenté parfois de s'inscrire dans la rupture, a globalement choisi de se maintenir dans une supposée prolongation de ce dernier, s'en revendiquant héritier...

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Trois mini-paraboles qui veulent situer Jésus par rapport à la tradition religieuse dans laquelle il est né et a grandi. La première emprunte explicitement au langage imagé de cette tradition. À l'époque, en effet, cela fait des siècles que l'image de l'époux et l'épouse a été développée — le plus célèbre des textes sur le sujet étant le Cantique des cantiques, ou Cantique de Salomon. Dans cette image, l'époux représente Dieu (YHWH), et l'épouse est Israël. On est donc bien au-delà de la simple notion de peuple élu, choisi, parmi tous les peuples : il y a bel et bien alliance, mais cette alliance n'est pas un contrat quelconque d'intérêts bien compris de part et d'autre, cette alliance est similaire à celle d'un couple lié par leur amour mutuel et partagé de part et d'autre.

La première de ces trois mini-paraboles parle donc de ces épousailles qui sont en train de se produire, de se réaliser. Mais qui exactement y tient le rôle de l'époux ? En première approximation on serait tenté de dire que c'est Jésus qui serait l'époux, puisqu'on parle d'un temps où il sera enlevé, et on aurait ainsi une confirmation de la théologie future qui assimilera Jésus à Dieu. Mais une telle façon de voir les choses pose un gros problème : Dieu serait capable d'épouser puis, ensuite, de se séparer de son épouse ? Ce n'est pas du tout dans ce sens-là qu'a été développée cette image des épousailles de Dieu avec son peuple, bien au contraire, elle signifie exactement l'inverse, que ces épousailles seront la fin des relations conflictuelles entre eux...

Une autre manière de lire le texte est alors de considérer que cette restriction sur l'époux qui aura été enlevé est un ajout qui a été fait ultérieurement, qu'à l'origine la parabole ne parlait que des épousailles de Dieu avec Jésus ; c'est Jésus seul qui tient le rôle de l'épouse, et ses disciples sont ces invités de la noce qui se réjouissent de ce qui arrive, de ce qui est arrivé, à leur maître. Évidemment, lue ainsi, l'image des épousailles change en partie de sens par rapport à celui qu'elle avait dans la tradition judaïque : il ne s'agit plus d'épousailles avec tout le peuple, il n'est plus question d'alliance globale avec toute une nation, mais d'alliances possibles, de noces pleines et entières et consommées, mais au cas par cas en quelque sorte, ici avec Jésus, et possiblement avec chacune et chacun.

Une telle lecture de cette parabole-ci est alors plus en accord avec les deux autres qui suivent : il y a rupture par rapport aux attentes et espérances du judaïsme, ce que signifient sans ambiguïté les deux images, tant du rapiéçage voué à l'échec d'un vieux vêtement à l'aide d'un morceau de tissu neuf que du vin nouveau mis dans des outres vieilles et qui entraîne la perte et du vin et des outres. Ces deux images-là ne peuvent pas être lues autrement que signifiant : ce que Jésus apporte n'est pas compatible avec le judaïsme. Non pas que les Juifs ne puissent pas atteindre à la compréhension de Jésus, mais qu'il y a cependant pour eux un saut à effectuer, un changement radical de perspectives, un décentrage, et de fait, ils seront très peu nombreux à le faire, y compris parmi ceux qui s'étaient attachés à lui de son vivant.

On ne rafistole pas le vieux vêtement (le judaïsme) avec quelques pièces tirées du tissu neuf (Jésus), ça ne peut qu'accélérer la ruine de ce vieux vêtement. On ne met pas du vin nouveau (Jésus) dans une vieille outre (le judaïsme), ça ne peut que faire éclater l'outre et le vin aura été perdu pour rien. C'est quand même assez clair ! Noter cependant que je ne dis pas que le tissu neuf ou le vin nouveau seraient le christianisme, car là est peut-être la nouveauté essentielle dans ces histoires d'épousailles : il ne s'agit plus de celles de Dieu avec un seul peuple, mais pas plus avec tous les peuples et toute l'humanité globalement ; il s'agit de ses noces avec chacune et chacun individuellement, personnellement. Voilà le changement radical apporté par Jésus au judaïsme dans lequel il était né. Il n'est plus question de se réclamer d'une religion, quelle qu'elle soit, seule compte cette relation personnelle avec cet au-delà ; qu'on l'appelle d'ailleurs Dieu ou comme on veut, peu importe.

Illustration 1

et les disciples de Jean et les pharisiens jeûnaient
    et on vient et on lui dit
« les disciples de Jean et les disciples des pharisiens
    jeûnent
alors pourquoi tes disciples ne jeûnent-ils pas ? »
    et Jésus leur a dit

« les invités de la noce où l'époux est avec eux
    ne peuvent pas jeûner
aussi longtemps qu'ils ont l'époux avec eux
    ils ne peuvent pas jeûner
mais viendront des jours
    où l'époux leur aura été enlevé
et alors ils jeûneront en ce jour-là
    
personne ne coud une pièce de tissu neuf
    sur un vieux vêtement
sinon l'ajout tire sur lui
    (le neuf sur le vieux)
et une déchirure pire se produit
    
et personne ne met du vin nouveau
    dans de vieilles outres
sinon le vin
    fera éclater les outres
et le vin se perd
    ainsi que les outres
mais
    "vin nouveau en outres neuves" ! »

(Marc 2, 18-22)

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