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Billet de blog 20 février 2025

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Rien ne va plus

Après la guérison quelque peu poussive de l'aveugle, c'est l'heure du virage à 180 degrés, ou du rétropédalage d'urgence, ou du moins le faudrait-il, mais quand la vitesse acquise a déjà dépassé la cote d'alerte...

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Voici  donc cette première "annonce de la passion". Jésus a compris : les gens, la foule, ne seront pas capables de dépasser leur attente d'un messie politico-militaire. Ce n'est pas de leur faute, cela fait partie de leur culture, de leur adn, de leur conception de Dieu. Ils ne peuvent pas sortir de cette fable qu'ils se sont inventée d'être des privilégiés, des préférés, des chouchous. Les élites, elles, probablement n'y croient plus vraiment, mais cela les arrange de laisser perdurer ces illusions, après tout c'est à cette religion qu'ils doivent et leur fortune et leur pouvoir, et, tant pour cette raison qu'aussi par réalisme, car elles sont bien conscientes de la puissance de Rome, il n'est pas question qu'elles laissent le moindre risque que ce trublion, même à son corps défendant, ne soit à l'origine d'une insurrection, comme cela a bien failli se passer déjà une première fois à la multiplication des pains.

Le questionnement des disciples, ici, est voulu, non pour savoir ce que pense de lui tant la foule que ses disciples — cela il le sait — mais précisément pour que l'annonce qui suit provoque le plus grand choc possible. La réponse de Pierre (: "le messie") est de fait exactement la même que celles prêtées aux gens en général : ces différentes variantes (la puissance du Baptiste venue l'appuyer, Élie revenu du ciel où il était monté tout vivant, la puissance d'un quelconque des autres prophètes) faisaient toutes partie des spéculations courantes sur qui serait le messie, puisqu'il faudra bien qu'il puisse justifier de son rôle unique dans toute l'histoire de YHWH avec "son" peuple. Dans le fond, quand Pierre répond "le messie", c'est par prudence, pour ne pas se mouiller plus que nécessaire. Il est à noter à ce propos qu'il n'y a que chez Matthieu que Jésus félicite Pierre de sa réponse, alors qu'ici chez Marc, comme chez Luc, c'est au contraire aussitôt la douche froide : il les engueule !

Il "les" engueule : ce sont bien tous qui pensent comme Pierre, n'en déplaise de nouveau à Matthieu. Et après la gueulante, vient le coup de massue : non, il n'est pas le messie, puisqu'il va être torturé et mis à mort. Il n'y a pas là besoin de dons de prophétie, c'est juste une évidence, qu'à moins qu'il ne s'enfuie d'Israël, son sort est scellé. Et là encore la réaction de Pierre vaut en réalité pour tous : il leur est absolument impossible d'envisager une telle perspective, et on doit se représenter qu'ils ne l'accepteront en fait jamais. Ils ne peuvent pas comprendre qu'avec les prodiges dont ils ont été témoins (ne serait-ce d'ailleurs même que les seules guérisons), il ne puisse pas convaincre le sanhédrin de Jérusalem qu'il est bien le messie : c'est un truisme, il est bien un prophète, et même le plus grand des prophètes qui soit jamais paru en Israël. La trahison qui est alors attribuée à Judas seul sera bien plutôt la leur à tous.

Non pas, bien évidemment, le faire arrêter pour de l'argent...:( cette histoire là ne tient pas debout. Non ! mais le mettre dans une situation où il sera bien obligé de faire quelque chose s'il veut s'en sortir. Ils n'ont pas cru un instant à cette annonce par avance de sa mort, et pas plus aux autres annonces qui suivront. Encore une fois, ce n'est même pas de leur faute, cela ne leur était tout simplement pas possible, cela leur aurait réellement demandé une révolution copernicienne, qu'Israël ne soit plus le centre du monde spirituel, de même d'ailleurs que si on demande à un chrétien d'envisager que sa religion ne soit peut-être pas la seule à connaître le seul vrai Dieu, etc. Ils étaient dans une impasse, un cul-de-sac, et le seul moyen à leur disposition pour sortir du dilemme était de le mettre au pied du mur : allait-il se laisser abattre comme un agneau, ou, pour sauver sa peau, ne chercherait-il pas plutôt à convaincre ses adversaire en accomplissant sous leur yeux un de ses hauts faits "surnaturels" ?

Il n'y a pas de suspense, nous savons comment l'histoire s'est finie, au moins par la mort effectivement prédite par le héros. Il n'a pas cané, il n'a pas fait appel à ses super-pouvoirs (si tant est qu'il l'aurait pu). Quant à la conclusion de l'affaire, chacun est libre de la tirer pour son propre compte.

Illustration 1

et il est parti Jésus avec ses disciples
vers les villages de Césarée de Philippe
    et en chemin il interrogeait ses disciples en leur disant
« qui disent-ils les hommes que je suis ? »
    et ils lui répondent en disant
« "Jean le baptiseur"
mais d'autres "Élie"
ou d'autres "un des prophètes" »
    et lui les interrogeait
« mais vous ? qui dites-vous que je suis ? »
    répondant Pierre lui dit
« toi ! tu es le messie ! »
    mais il les engueula
    qu'à personne ils ne le disent de lui !
    
    et il se mit à les enseigner
« le fils de l'homme va beaucoup souffrir
et être rejeté
    par les anciens et les chefs des prêtres et les scribes
et être mis à mort
et après trois jours se lever »

et c'est en toute clarté qu'il disait la parole
alors l'ayant pris à part
    Pierre se mit à l'engueuler
mais s'étant retourné et ayant regardé ses disciples
    il engueula Pierre et il lui dit
« va-t-en derrière moi ! satan
    car tu ne penses pas les pensées de Dieu
    mais celles des hommes »
    
(Marc 8, 27-33)

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