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Billet de blog 21 mai 2014

Tronc commun

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Billet original : Tronc commun

« Moi, je suis la vigne véritable, et mon Père est le vigneron. Tout sarment en moi qui ne porte fruit, il l'enlève ; et tout porte-fruit, il l'émonde, pour qu'il porte plus de fruit. Vous, déjà, vous êtes émondés à cause de la parole que je vous ai dite. Demeurez en moi, et moi en vous. Comme le sarment ne peut porter fruit de lui-même s'il ne demeure dans la vigne, ainsi vous non plus, si en moi vous ne demeurez. 

« Moi, je suis la vigne, vous les sarments. Qui demeure en moi et moi en lui porte beaucoup de fruit : séparés de moi, vous ne pouvez rien faire. Mais si quelqu'un ne demeure pas en moi, il est jeté dehors comme le sarment, et se dessèche. On les rassemble, on les jette au feu, et ils brûlent. Si vous demeurez en moi, si mes paroles demeurent en vous, demandez ce que vous voudrez et cela arrivera pour vous. En ceci mon Père est glorifié : que vous portiez beaucoup de fruit, et vous serez mes disciples.»

Jean 15, 1-8

Il faut relire ce texte en se mettant dans le contexte qui l'a créé : une petite communauté, isolée des autres communautés chrétiennes (qu'elle considère être à la limite de l'hérésie), et transposer à une situation similaire de nos jours, avec un guru assenant à sa petite cour qu'elle doit rester branchée sur lui, sinon elle finira dans le feu éternel. C'est clairement un discours de secte, et nous en serions tous offusqués. Certains disent que le christianisme n'est qu'une secte qui a mieux réussi que d'autres, et devant de tels enseignements, on ne peut qu'admettre qu'ils ont raison, au moins en partie. Tant que nous considérerons que notre voie est la seule possible, nous resterons ni plus ni moins une secte, nombreuse certes, mais quand même une secte.

Nous ne sommes plus tout-à-fait au temps du "hors de l'Église, point de salut", c'est-à-dire en fait, pour beaucoup, qu'ils n'osent plus le proclamer, mais dans le fond cela reste ce qu'ils pensent tout bas. Nous sommes dans un entre deux. C'est l'évolution de la société qui nous a imposé de rabattre nos prétentions à ce sujet. La démocratie, la laïcité, nous interdisent de maintenir un tel discours, mais dans nos têtes nous continuons de penser tout bas que le Royaume ce sera quand toute l'humanité sera entrée dans l'Église. Que ceux qui suivent d'autres religions font peut-être partie du corps mystique du Christ sans le savoir. N'importe quoi, n'importe quelle solution, qui nous permette de résoudre cette tension entre la résistance du monde à notre hégémonie impossible et notre certitude que la voie sur laquelle nous sommes est la seule : il n'y a eu qu'un Jésus, il n'y aura jamais qu'un Jésus, qui est aussi, et lui seul, le Fils. Quand on a dit ça, effectivement, il n'y a plus de place pour quoi que ce soit d'autre...

Le point crucial est clairement là : cette identification de Jésus comme étant le Fils unique de Dieu. Qu'on renonce à cette affirmation, ce qui ne veut pas dire nécessairement qu'on dise pour autant qu'elle est fausse, mais qu'on laisse la question ouverte, et cela suffit pour sortir du dilemme. Et, dans le fond, cela signifie seulement d'en revenir à la foi des premières communautés, qui ne s'étaient pas encore souciées de définir et figer à ce point les choses, trouvant plus urgent de vivre que de dire. De fait, qu'est-ce que ça change à l'agir chrétien que Jésus soit Dieu ou non ? Est-ce que cela empêche de célébrer l'eucharistie ? non ! les premières communautés le faisaient déjà. Est-ce que cela empêche d'aimer nos prochains jusque y compris nos ennemis ? non plus ! Est-ce que cela empêche de découvrir Dieu comme Père ? toujours non ! Alors, c'est quoi le problème, à part justement qu'on n'a plus d'arguments pour dire que notre foi est nécessairement supérieure à toute autre, pour pouvoir faire du prosélytisme en paroles et non en actes, et, finalement, pour éviter de vivre ce que nous prétendons enseigner ?

Mais tu nous changes toute la religion ! Non, c'est celle des premiers chrétiens. Mais tu sapes l'autorité de deux mille ans de traditions, tu dénigres l'action de l'Esprit dans son accompagnement de l'Église ! Non, je ne dis pas que ce qui a été vécu pendant deux mille ans était erroné, je demande seulement un changement de regard, une interprétation différente. D'avoir voulu trop définir a sans doute été une erreur, malgré laquelle l'essentiel de ce qui a été vécu pouvait quand même être authentique. Qui va revendiquer les excès qui ne sont, justement, imputables qu'à cet excès : inquisition, croisades, colonialisme ? Ce que je dis, je crois, est le contraire d'une dévalorisation, c'est retrouver une lecture qui puisse être assumée de notre foi et de l'histoire de nos Églises, en sachant reconnaître les manquements qui les ont déformées. Manquements par excès de définition, ce n'est dans le fond que le vieil adage : "le mieux est l'ennemi du bien".

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