La paix, donner sa paix : il est certain qu'il y a des personnes qui rayonnent la paix, ce qui peut être communicatif, jusqu'à un certain point, et puis ensuite, l'effet contagieux s'estompant, par contrecoup on réalise combien on en est loin soi-même, ce qui peut nous décourager, à tort, mais il y a en tout cas une étape de cette sorte à dépasser. Il faut alors chérir le souvenir de cette paix relative et provisoire qu'on a vécue un moment ou un temps, si on veut espérer y atteindre de nouveau, et cette fois par soi-même. Enfin, pas exactement par soi-même, parce qu'une telle paix se reçoit toujours, elle ne vient pas de nous, mais nous avons quand même à, en quelque sorte, faire le ménage en nous-même, pour que nous puissions la recevoir, pour que nous soyons en mesure de l'accueillir.
Voici donc ce que Jésus voudrait transmettre à ses disciples, avant de les quitter, avant que, grâce à cette paix phénoménale qui l'habite au plus profond de son cœur, il soit capable d'affronter ce qui vient vers lui, cette mort, qu'il aurait aimé, aimerait encore, éviter, mais telle est la situation, s'il ne passe pas par là, les quelques disciples qui le suivent encore en resteront toujours là, comme des suiveurs, incapables de s'engager réellement, entièrement, sur le même chemin que lui ; ils resteront des imitateurs, et non des émules, ils resteront dans l'orbite de sa paix à lui, au lieu d'accéder à leur propre paix, celle reçue directement de Dieu, la seule qui puisse donner une telle confiance en la vie, en l'univers, d'où que nous venions, qui que nous soyons.
Tout ceci nous est pourtant dit en clair dans cet évangile. Être chrétien, ce n'est pas rester indéfiniment à la traîne de celui qui a ouvert et témoigné de cette voie, Jésus, mais faire comme lui, entrer à notre tour dans la même relation que lui à celui qu'il appelait le Père, que le disciple devienne semblable à son "maître", ce qui peux même éventuellement l'amener à accomplir des œuvres plus grandes que les siennes, avec juste une précision cependant, qu'en réalité de telles œuvres ne sont ni les siennes ni les nôtres, mais celles du Père... Et on supposera avec raison que, si la communauté johannique qui nous a légué cet évangile affirme cela, c'est que c'était ce qu'elle vivait, à des degrés sans doute variés selon les personnes, mais de manière suffisamment assurée pour en faire cette profession de foi qu'elle nous a transmise.
Telle est donc la spécificité de cet évangile par rapport au synoptiques, d'être le plus mystique, celui dont la théologie, quoi qu'on pourrait en penser, se prête le moins à la déification exclusive de Jésus. On notera cependant que la communauté qui a donné cet évangile a fini par exploser au début du deuxième siècle, seulement une partie de ses membres décidant alors de se rattacher au courant qui allait durer jusqu'à nos jours, à ce courant plus proche des synoptiques, et surtout façonné par la prédication de Paul, Paul qui n'avait pas connu Jésus de son vivant, seulement dans des visions, et qui était de ce fait beaucoup plus enclin à identifier à Dieu celui qu'il n'avait jamais connu que comme pur esprit...
Agrandissement : Illustration 1
je vous laisse la paix
je vous donne ma paix
ce n'est pas comme le monde la donne
que moi je vous la donne
que votre cœur ne soit pas affolé ni terrifié !
vous avez entendu que moi je vous ai dit
je m'en vais et je viens à vous
si vous m'aimez vous vous réjouirez
que j'aille vers le Père
car le Père est plus grand que moi
et je vous ai dit maintenant avant que cela arrive
afin que quand cela arrivera vous croyiez
je ne parlerai plus beaucoup avec vous
car il vient le chef du monde
et en moi il n'a rien
mais c'est afin que le monde sache que j'aime le Père que
ainsi que le Père m'a commandé
ainsi je fais...
levez-vous ! que nous partions d'ici
(Jean 14, 27-31)