Qu'il est difficile de faire comprendre ce qu'est l'expérience mystique, l'expérience de la présence de Dieu en nous. Est-ce seulement possible ? Est-ce même souhaitable ? Jésus s'y est essayé pendant trois ans. Trois années au long desquelles des "signes" — les miracles — se sont produits.
Les miracles, ce sont des expériences de la présence de Dieu en-dehors de nous. Les miracles, ça existe, et ils ne devraient être appréhendés que comme des signes. Mais cette extériorité-même fait que globalement ils détournent plutôt, ils font obstacle, à l'expérience intérieure. C'est ce qui est arrivé à Jésus.
Au bout de trois ans de ce régime, de signes et d'enthousiasme des foules qui ne retiennent que ce qui les arrange — du pain à satiété, et surtout la santé (comme on dit lors des vœux de début d'année) —, Jésus ne sait plus comment s'en dépatouiller. Les gens le prennent pour le Messie ; si ça se trouve demain ils vont le prendre pour Dieu lui-même ? Que peut-il faire pour mettre fin à tout ça ? S'il meurt, s'il se laisse attraper par les autorités qui ne veulent que sa perte, ça pourrait faire atterrir tous ces illuminés, non ?
Comment faire comprendre ce qu'est l'expérience mystique, l'expérience de la présence de Dieu en soi ? Est-ce seulement possible ? Est-ce même souhaitable ?
On pourrait dire que c'est comme d'accueillir un enfant, par exemple. Oui, l'expérience de cette présence est fragile. Elle est tellement vulnérable, ténue, discrète. Elle est pourtant là depuis toujours, depuis le commencement de notre existence, et même avant. Oui, même avant.
"Avant même de te façonner dans le sein de ta mère, je te connaissais" dit Dieu à Jérémie selon la Bible. Françoise Dolto, qui a révolutionné le regard que nous portons sur l'enfant, disait — au nez et à la barbe de son putatif pygmalion Sigmund — que notre conception résultait, notamment, de notre propre désir... "Avant qu'Abraham fut, je suis !" affirme Jésus.
Comment faire comprendre ce qu'est l'expérience mystique, l'expérience que, par moi, c'est Dieu lui-même qui se manifeste ? Est-ce seulement possible ? Est-ce même souhaitable ?
Agrandissement : Illustration 1
En sortant de là, ils font route à travers la Galilée,
et il ne veut pas que personne le sache,
car il enseignait ses disciples. Il leur disait :
« Le fils de l'homme
est livré à des mains d'hommes.
Ils le tueront.
Et, tué, après trois jours il se lèvera. »
Mais eux ne comprennent pas le dit,
et ils craignent de l'interroger.
Ils viennent à Capharnaüm.
Arrivé à la maison, il les interrogeait :
« En chemin, quelles réflexions faisiez-vous ? »
Ils se taisaient.
Car entre eux ils s'étaient disputés en chemin :
qui est le plus grand ?
Il s'assoit, il appelle les douze et leur dit :
« Qui veut être premier,
qu'il soit, de tous, dernier,
et, de tous, serviteur. »
Il prend un petit enfant et le met au milieu d'eux.
Il le serre dans ses bras et leur dit :
« Qui accueille un de ces petits enfants en mon nom,
c'est moi qu'il accueille.
Et qui m'accueille,
ce n'est pas moi qu'il accueille,
mais celui qui m'a envoyé. »
(Marc 9, 30-37)