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Billet de blog 21 février 2025

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À qui perd gagne

Les enfants, les tout petits, n'ont pas vraiment la notion de "moi" ; leur conscience réflexive ne va pas jusque là avant leurs deux ou trois ans. C'est peut-être en cela qu'il nous est recommandé de leur être semblables...

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Cette notion paradoxale de sauver son âme en la perdant et de la perdre en la sauvant, se trouve à plusieurs reprises dans les évangiles, y compris à plusieurs reprises dans le même évangile (deux fois chez Matthieu et trois fois chez Luc...). C'est dire que cette idée aura frappé ceux qui l'ont entendue, ou aussi qu'elle aura été souvent émise, un peu comme un leitmotiv, et qu'elle a donc une place essentielle, sinon centrale, dans l'enseignement, dans le message, que Jésus voulait transmettre.

Mais tout d'abord, quel est le mot exact utilisé ? La plupart des traductions françaises ont : "vie" ; perdre sa vie si on veut la sauver, sauver sa vie si on accepte de la perdre. Parmi ces traductions, cependant, quelques unes hésitent, utilisant une fois "vie" et une autre fois "âme". Le mot grec est "psyché", ce qui signifie bien "âme", mais il est vrai que ce mot, pour nous de nos jours, n'a pas exactement le même sens que dans l'anthropologie biblique, pour laquelle l'être humain est une "âme vivante", autrement dit une âme, oui, mais qui anime un corps, inséparablement tout du long de sa vie. Nous naissons, nous sommes même conçus, ainsi, à la fois corps et âme, corps et psychisme ; cette âme ne nous préexistait pas, nous ne sommes pas dans la conception grecque d'une chute, d'une déchéance, des âmes censément éternelles dans la matière périssable. L'anthropologie biblique n'est pas gnostique.

Ceci étant bien établi, alors on peut comprendre le choix d'avoir traduit "psyché" par "vie", mais il reste cependant un point à préciser. La question est effectivement de bien comprendre que dans cette âme vivante, ou ce corps animé, toujours dans l'anthropologie biblique, il y a quand même une sorte de hiérarchie : il n'est absolument pas question de dire que ce serait le corps qui aurait, en quelque sorte, produit l'âme, produit le psychisme, comme voudrait nous le faire croire notre science moderne. S'il est certain que les deux sont intimement liés, s'il est certain que notre physiologie a énormément d'influence sur notre psychologie, on n'ira pas jusqu'à dire que nos pensées ne seraient qu'un sous-produit de notre cerveau, pas plus que nos sentiments ne seraient qu'un sous-produit de nos hormones, etc.

Car, encore et toujours selon l'anthropologie biblique, nous ne sommes pas que corps et âme, mais nous sommes aussi esprit, où "esprit" ne signifie pas la même chose que "âme". Il faut ici se rapporter au récit, où il est dit que YHWH avait façonné de la poussière en forme d'être humain (corps = poussière), et que c'est en insufflant dans ses narines le souffle de vie (esprit = souffle de Dieu), que cet être humain devint une âme vivante. Il y a un sens : c'est l'esprit, le souffle de Dieu, qui nous habite et qui est à l'origine de notre être, y compris de notre âme, de notre psychisme.

Et c'est simplement cela, "perdre son âme", ou "perdre sa vie" : cesser de nous croire, de nous vivre, comme si nous avions été notre propre origine, comme si nous nous étions faits nous-mêmes. Ceci, physiquement, nous sommes relativement prêts à l'admettre : ce sont notre mère et notre père qui nous ont transmis ou donné ce corps qui fait partie de notre être, nous savons que nous avons là un héritage génétique que nous avons reçu, pour le meilleur et pour le pire. Mais notre psychisme ? n'avons-nous pas tendance à penser que ça, c'est nous qui l'avons développé, c'est nous qui nous sommes cultivés, avons développé nos goûts et notre pensée, nos conceptions sur ce que sont le monde, la nature, les êtres humains, etc., etc. Et c'est en partie vrai. Mais cette capacité-là aussi, nous a été donnée, ne vient pas de nous non plus, tout comme, d'ailleurs, à partir du donné physiologique hérité de nos parents, nous avons pu éventuellement en cultiver une partie ou en négliger une autre...

Et voilà tout. C'est à partir de là, quand on se vit ainsi, comme reçus corps et âme, qu'on est entré dans le règne de Dieu.

Illustration 1

et ayant appelé à lui la foule avec ses disciples
    il leur a dit
« si quelqu'un veut marcher derrière moi
    qu'il renonce à lui-même !
    et qu'il prenne sa croix !
    et qu'il me suive !
en effet si quelqu'un désire sauver son âme
    qu'il la perde !
et s'il perd son âme
pour moi et pour la bonne nouvelle,
    il la sauvera
en effet à quoi sert à un homme
    de gagner le monde entier
    et d'abîmer son âme ?
en effet que donnerait un homme
    comme prix de son âme ?

en effet si quelqu'un aurait honte de moi et de mes paroles
    dans cette génération adultère et pécheresse
le fils de l'homme aussi aura honte de lui
quand il entrera dans la gloire de son père avec les saints anges »
    et il leur disait
« amen ! je vous dis
    qu'il en est certains de ceux qui se tiennent ici
    qui ne goûteront pas à la mort
avant d'avoir vu le règne de Dieu venu avec puissance »

(Marc 8,34 - 9,1)

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