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Billet de blog 21 mars 2025

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Déclaration de guerre ?

Il est difficile de savoir dans quelle mesure ce passage nous rapporterait les paroles authentiques de celui auquel elles sont attribuées, mais elles expriment certainement pour le moins ce qu'il devait penser, alors...

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Il n'y a pas vraiment de mystère dans la signification de cette parabole, du moins pour quiconque connaît un peu la culture juive, ce qui était le cas de tous ceux qui l'entendaient : la vigne de ce seigneur, c'est Israël, c'est le peuple supposément choisi ou élu, le chouchou de YHWH, et les fermiers, ce sont les prêtres et les rois d'Israël, tous ceux qui étaient responsables de ce peuple, tous ceux qui se devaient de les guider en leur donnant l'exemple. Mais voilà, ces fermiers, au lieu de mener ce peuple pour qu'il donne du fruit à YHWH, ne lui ont en fait fait servir que leurs intérêts propres. Et YHWH, tout au long des siècles, n'a eu de cesse que de leur envoyer ses serviteurs les prophètes, mais ceux-ci ont systématiquement été raillés, insultés, tués.

Le seigneur, alors, en dernier recours, finit par envoyer son fils, son fils unique. Il faut faire attention que ceci ne parle pas de la notion de Fils deuxième personne de la Trinité. Jésus n'était pas chrétien ! Ce fils unique désigne simplement le messie que tous attendaient. Fils de Dieu au même titre que tous les prophètes et les rois, et unique parce que "LE" messie que tous attendaient à l'époque (et maintenant encore) devait être le dernier envoyé par YHWH, celui qui inaugurerait le royaume et donc la fin des temps. On voit donc que, par cette parabole, Jésus semblait bien s'attribuer ce rôle, même si en même temps il ne le comprenait sûrement pas dans le même sens que la plupart, pour ne pas dire à peu près tous, ses coreligionnaires.

La suite du dialogue va alors plus loin : puisque c'est le messie lui-même qui est rejeté par le peuple "élu", la conclusion ne peut plus en être éludée, ce peuple n'est plus le peuple élu, ce sera désormais un autre "peuple", une autre nation. Le développement ultérieur du christianisme s'orientera cependant, non vers ce choix d'un autre peuple, mais tentera plutôt de se dégager de ce concept trop étroit d'une religion et d'un Dieu aux dimensions trop restreintes, vers une religion, donc, aux visées universelles, se voulant destinée à tout être humain quelles que soient sa culture et ses origines, en sorte qu'il n'est pas question non plus de dire que les Juifs en seraient exclus, simplement ils ne sont plus des privilégiés dans les attentions de YHWH.

Cette histoire est cependant celle de toutes les religions, aussi universelles qu'elles puissent se prétendre dans leur intention et leur visée. À la base de toute religion, en effet, il y a des expériences authentiques de la transcendance (qu'on lui donne d'ailleurs le nom de Dieu ou pas), il y a des expériences de cet au-delà du monde tel que nous le percevons ordinairement, mais, précisément parce que ces expériences dépassent notre appréhension commune de ce qui est, elles ne peuvent être qu'imparfaitement communiquées et comprises, et en même temps, paradoxalement peut-être, ceux qui en reçoivent le témoignage sont quand même persuadés qu'il y a bien là quelque chose d'authentique ! Il y a quelque chose, mais on ne le comprend pas vraiment, il y a une part d'obscur sinon de mystérieux.

Qu'y faire ? c'est là, dans ce hiatus, que s'originent toutes les perversions des religions, y compris celles du christianisme, pour les chrétiens qui s'imaginent encore que leur religion est forcément la moins sujette à cette règle, sinon la seule vraie, la seule qui puisse les mener au but. Il n'y a réellement pas de bonne religion (même s'il peut y en avoir de franchement mauvaises...), car le seul chemin possible vers Dieu, c'est chacun le sien, c'est à chacun de faire cette expérience personnelle de la transcendance, expérience qui ne peut être que la sienne propre, absolument unique. Toute religion qui prétendrait autre chose, c'est celle-là, à la rigueur, qui ne mériterait même plus d'être considérée comme une religion, telle celle des fermiers de cette parabole.

Illustration 1

    « écoutez une autre parabole !
il y avait un homme maître de maison qui planta une vigne
et il l'entoura d'une clôture et y fora un pressoir et bâtit une tour
    et il la loua à des fermiers et partit au loin
puis quand approcha le temps des fruits
    il envoya ses serviteurs aux fermiers pour recevoir ses fruits
mais les fermiers ayant pris ses serviteurs
    en battirent un et tuèrent un autre et lapidèrent un autre encore
de nouveau il envoya d'autres serviteurs
plus nombreux que les premiers mais ils leur firent de même
    et finalement il leur envoya son fils en disant
"ils respecteront mon fils"
    mais les fermiers en voyant le fils se dirent entre eux
"c'est l'héritier ! allez ! tuons-le ! et nous aurons son héritage"
    et l'ayant pris ils le jetèrent hors de la ville et le tuèrent
alors quand il viendra le seigneur de la vigne
    que fera-t-il à ces fermiers-là ? »

    on lui dit
« ces hommes de mal il les perdra de male mort
    et la vigne il la louera à d'autres fermiers
qui lui rendront les fruits en leur temps »
    Jésus leur dit :
« n'avez-vous jamais lu dans les Écrits
    "la pierre rejetée par les bâtisseurs elle est devenue tête d'angle
    ceci est venu du Seigneur et c'est une merveille à nos yeux" ?
c'est pourquoi je vous dis que le royaume de Dieu vous sera enlevé
et il sera donné à une nation qui en produira les fruits »

et ayant entendu ses paraboles les grands prêtres et les pharisiens
    surent que c'était d'eux qu'il parlait
mais souhaitant se saisir de lui ils craignirent les foules
    parce qu'elles le tenaient pour un prophète

(Matthieu 21, 33-46)

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