Anon
Accompagnement spirituel
Abonné·e de Mediapart

562 Billets

0 Édition

Billet de blog 22 mai 2014

Joie sans mélange

Anon
Accompagnement spirituel
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Billet original : Joie sans mélange

« Comme m'a aimé le Père, moi aussi je vous ai aimés. Demeurez dans mon amour. Si vous gardez mes commandements, vous demeurerez dans mon amour, comme moi j'ai gardé les commandements de mon Père et je demeure dans son amour. 

« Je vous ai dit ces choses pour que ma joie soit en vous et que votre joie soit en plénitude. »

Jean 15, 9-11

Nous avions avant-hier la paix de Jésus, voici aujourd'hui sa joie ! Le moins qu'on puisse dire, c'est que le thème de la joie n'est guère central dans la proclamation chrétienne. On peut la voir pourtant, au sortir de messes dominicales, parfois au cours de certaines eucharisties festives. Ce n'est donc pas qu'elle nous soit complètement étrangère, mais elle est étrangement assez absente des paroles de nos rituels, et peu abordée par notre théologie. Il est vrai qu'il faudrait commencer par mieux définir de quelle joie il s'agit ici pour Jean. Est-ce la joie de la fête foraine, ou des sorties en boîte du week-end ? Est-ce la joie de l'enfant qui a fait plaisir à ses parents, ou d'une promotion professionnelle longtemps attendue ? Ces joies peuvent s'approcher de celle dont parle l'évangéliste, elles peuvent y participer, mais elles ne suffisent pas à la définir. Pour comprendre vraiment de quelle joie nous parlons, nous allons devoir un peu anticiper, et sauter au chapitre 16 versets 20 à 24, où Jean développe pleinement le thème.

Dans ce passage, il s'agit à nouveau de la tristesse des disciples due au départ de Jésus, et celui-ci leur demande d'endurer et faire confiance. C'est comme une femme qui accouche, leur dit-il. Avant, elle est dans la peur et les tremblements, pensant qu'elle n'y arrivera pas et qu'elle va y passer. Après, elle est dans cette joie d'avoir mis au monde un nouvel être ! Nous voyons qu'il ne s'agit donc pas d'une petite joie de rien du tout ! Pas une joie exubérante, en général. Mais une joie profonde, qui la dépasse, parce qu'elle a participé à l'œuvre de création de Dieu. Une joie reçue, qui la traverse, venant de plus loin qu'elle, mais qui est bien la sienne aussi. Le thème qu'a utilisé l'auteur pour parler de cette joie nous entraîne alors presque automatiquement à cet autre thème qu'il avait abordé au début de son évangile, celui de la seconde naissance. Oui, ce n'est pas dans ce contexte que nous sommes actuellement. Ici, dans ce discours d'adieu de Jésus, la joie dont il est question est celle que les disciples éprouveront quand ils retrouveront Jésus revenu ressuscité. C'est à cet événement que le texte de Jean le lie plus spécifiquement. Mais nous avons vu que, pour Jean, retour de Jésus et venue de l'Esprit sont deux événements très similaires et parallèles, presque interchangeables. La comparaison avec la femme qui accouche nous autorise donc à l'interpréter aussi ainsi : cette joie, c'est celle que nous éprouvons lorsque nous naissons de l'Esprit, et non plus seulement de la chair.

Et voici qui explique, peut-être, pourquoi ce thème de la joie a peu été retenu dans les thèmes du discours chrétien tel que nous le connaissons aujourd'hui. Le thème de la paix est pourtant aussi lié à la seconde naissance, à la venue de l'Esprit. Paix et joie en sont donc deux fruits, mais ils ne nous sont généralement pas donnés en même temps. En premier vient la paix, comme une assise, comme une base, de notre nouvelle condition. Sur cette assise, c'est tout l'homme ancien qui va progressivement se trouver pacifié. C'est rarement une opération instantanée ! peut-être en a-t-il été ainsi pour les disciples du temps de Jésus, ou pour certains, d'un seul coup complètement renouvelés. Sans doute cela se produit-il encore parfois, mais je crois que, le plus souvent, il nous faudra du temps. Cela a été mon cas, personnellement, et alors la joie ne vient que progressivement aussi, plus tard. Et vraisemblablement est-ce là la raison pour laquelle le thème de la joie de Jésus est nettement moins prégnant dans le discours chrétien que celui de sa paix. Cette joie profonde, donc, pas exubérante, mais qui permet de garder son humour dans les mauvais moments, et qui nous évite de devenir ces barbons austères de toute la somme de leur savoir, comme s'ils portaient à eux seuls tout le poids du monde. Cette joie qui nous permet de retrouver l'esprit d'enfance de celui qui s'émerveille de tout, parce que tout dans sa vie devient effectivement sujet à l'émerveillement. Voilà cette joie de Jésus, puissions-nous tous y parvenir !

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — École
L’univers sexiste, homophobe et autoritaire de Stanislas, le « meilleur » lycée de France
De nombreux témoignages et des documents obtenus par Mediapart montrent ce qui est proposé par ce prestigieux établissement catholique. Une quinzaine d'anciens élèves racontent les « humiliations » et les « souffrances » vécues. 
par David Perrotin et Lorraine Poupon
Journal — Éducation
Dorlotée sous Blanquer, l’école privée prospère
L’enseignement privé n’a guère eu à souffrir du quinquennat écoulé, protégé par la figure tutélaire d’un enfant du système, le ministre Jean-Michel Blanquer lui-même. La gauche, tout à la défense d’un service public malmené, tâtonne sur sa remise en cause.
par Mathilde Goanec
Journal
Rapport du médiateur de Pôle emploi : ces règles qui pourrissent la vie des chômeurs
Sanctions « de plus en plus sévères et disproportionnées », « aberrations » derrière certaines mesures gouvernementales ou encore préconisations restées lettre morte : le médiateur national de Pôle emploi publie son rapport 2021, sans masquer son agacement.
par Cécile Hautefeuille
Journal — Social
En convalescence financière, le bailleur social Semcoda distribue des primes à ses dirigeants
Malgré sa santé économique fragile, le plus gros bailleur social de la région Auvergne-Rhône-Alpes vient de distribuer à ses dirigeants des primes critiquables car elles intègrent des résultats exceptionnels liés à des ventes de logements. Les salariés, eux, n’ont pas perçu d’intéressement depuis plusieurs années.
par Mathieu Périsse (Mediacités Lyon)

La sélection du Club

Billet de blog
États-Unis : le patient militantisme anti-avortement
[Rediffusion] Le droit à l'avortement n'est plus protégé constitutionnellement aux États-Unis. Comment s'explique ce retour en arrière, et que peuvent faire les militantes des droits des femmes et les démocrates ?
par marie-cecile naves
Billet de blog
Roe VS Wade, ou la nécessité de retirer le pouvoir à ceux qui nous haïssent
Comment un Etat de droit peut-il remettre en cause le droit des femmes à choisir pour elles-mêmes ? En revenant sur la décision Roe vs Wade, la Cour suprême des USA a rendu a nouveau tangible cette barrière posée entre les hommes et les femmes, et la haine qui la bâtit.
par Raphaëlle Rémy-Leleu
Billet de blog
Quel est le lien entre l’extrême droite, l’avortement et les luttes féministes ?
La fuite du projet de décision de la Cour suprême qui supprimerait le droit à l'avortement aux Etats Unis en est l'exemple. L’extrême droite d’hier comme d’aujourd’hui désire gouverner en persécutant un groupe minoritaire sur des critères raciaux pour diviser les individus entre eux. Quant aux femmes, elles sont réduites à l’état de ventres ambulants.
par Léane Alestra
Billet de blog
Le combat pour l'avortement : Marie-Claire Chevalier et le procès de Bobigny (1)
[Rediffusion] Marie-Claire Chevalier est morte le 23 janvier, à 66 ans. En 1972, inculpée pour avoir avorté, elle avait accepté que Gisèle Halimi transforme son procès en plaidoyer féministe pour la liberté de disposer de son corps. Pas facile d’être une avortée médiatisée à 17 ans, à une époque où la mainmise patriarcale sur le corps des femmes n’est encore qu’à peine desserrée.
par Sylvia Duverger