Si je prends des briques de Lego de toutes les formes possibles, de toutes les tailles, de toutes les couleurs, que je les mets dans un grand sac, j'aurais beau secouer ce sac aussi longtemps que je voudrais, jamais ces briques ne s'assembleront pour former quelque chose de vivant. La raison en est toute simple : les briques de Lego n'ont pas en elles cette capacité. Mais pourtant, c'est une telle supposition que fait le matérialisme : la vie, la cellule vivante, serait née de la combinaison fortuite de telles "briques", absolument inertes en elles-mêmes, que seraient les particules élémentaires. Le même matérialisme suppose ensuite que de la combinaison fortuite de ces nouvelles briques que sont les cellules seraient sorties la pensée et la conscience...
S'imaginer ainsi que, de rien, puisse sortir quelque chose, ressort d'une pensée magique ! S'il est vrai que tout ce que contient notre univers est constitué de ces particules élémentaires, alors cela implique inéluctablement que toutes les propriétés qu'il a produites étaient déjà présentes, au moins en germe, en potentialité, dans ces particules. La vie, la conscience, sont nécessairement des propriétés de la "matière" ; en fait, la spiritualité est une propriété intrinsèque de ce qu'on appelle l'énergie du vide, cette énergie qui a commencé de se manifester avec le big-bang et qui continue depuis de soutenir en permanence le développement de notre univers.
C'est une évidence : rien ne peut sortir de rien. Du vide, du vrai vide, du néant, rien ne pourrait sortir ; c'est donc que ce qui nous apparaît comme du vide est en réalité plein de tout un potentiel ; mais ce potentiel n'est pas seulement le potentiel de particules, d'atomes, de soleils, de planètes, de molécules, mais aussi potentiel de cellules, de vie, de plantes, d'animaux, de pensée, de réflexion, de conscience. Une "évidence", c'est ce qui devrait sauter aux yeux, si ceux-ci sont simplement ouverts, s'ils ne sont pas obscurcis par des présupposés, ce qu'on doit considérer comme des croyances, des a priori, tel celui-ci qu'on appelle généralement le matérialisme.
Les deux péricopes — celle des trésors et celle de l'œil — que Matthieu a rassemblées ici, à la suite l'une de l'autre, se retrouvent aussi chez Luc, mais séparées (respectivement Luc 12, 33-34 et Luc 11, 34-36), ce qui signifie qu'elles n'avaient pas nécessairement de rapport l'une avec l'autre, mais on voit donc qu'elles peuvent quand même s'éclairer l'une l'autre : on ne cherchera à amasser des trésors sur la terre que si on n'est pas capable de voir que la vie et la conscience ont beaucoup plus de valeur par elles-mêmes que tout l'or et l'argent du monde. Tout est là, la vue, la compréhension des choses, l'intelligence de l'évidence, laquelle suppose que cette intelligence ne soit pas obscurcie, tordue, par ces fausses croyances que les hommes se complaisent à se transmettre les uns aux autres de génération en génération depuis la nuit des temps...
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ne vous amassez pas de trésors
sur la terre !
où ver et rouille détruisent
et où voleurs percent et volent
mais amassez-vous des trésors
au ciel !
où ni ver ni rouille ne détruisent
et où voleurs ne percent ni ne volent
car où est ton trésor
là sera aussi ton cœur
la lampe du corps c'est l'œil
si donc ton œil est simple
tout ton corps sera lumineux
mais si ton œil est retors
tout ton corps sera ténébreux
alors si la lumière qui est en toi
est ténèbre
que de ténèbre !
(Matthieu 6, 19-23)