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Billet de blog 22 mars 2023

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Pour qui il se prend, celui-là ?

Certaines personnes ont, dans certaines circonstances, cette façon de parler, en vous abordant, par exemple : "et comment il va, aujourd'hui ?"

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Comment doit-on comprendre tous ces passages, surtout chez Jean, où Jésus semble parler de lui à la troisième personne ? Il faut mettre à part les cas où il le fait en se nommant "le fils de l'homme" ; ces cas-là correspondent à une façon sémitique de s'exprimer bien identifiée : "un fils d'homme" ou "un fils de l'homme" signifie simplement "un homme", et dire "le fils de l'homme" peut être équivalent à "moi". La phrase est alors, logiquement, mise à la troisième personne.

Nous n'avons pas d'équivalent en français d'une telle façon de s'exprimer, en disant "il" pour "je". Nous avons par contre, parfois, un "tu" qui est remplacé par "il" : certaines personnes ont, dans certaines circonstances, cette façon de parler, en vous abordant, par exemple : "et comment il va, aujourd'hui ?" Même si on sait alors très bien que c'est à nous que s'adresse le "il", il n'en reste pas moins que cela crée une sorte de mise à distance, implicite. L'usage sémitique du "il" ("le fils de l'homme") pour "je", pourrait-il expliquer que Jésus se soit mis à user aussi d'autres "il" ("le Fils") pour parler de lui ? ce serait en tout cas une extension de l'usage sémitique qui lui serait propre.

À l'appui d'une telle hypothèse viendraient les exégètes tel Claude Tresmontant, qui soutient que nos évangiles ne seraient que la compilation de notes écrites sur le vif des paroles et gestes de Jésus. Tresmontant observe que le judaïsme avait une forte culture de l'écrit, qu'il était relativement courant d'utiliser un stylet avec des tablettes recouvertes de cire, et les évangiles ne seraient en quelque sorte que des "cahiers" sur lesquels ces notes, les originales ou leurs copies ultérieures, auraient été réunies. Et, si nous avons du mal parfois à suivre l'enchaînement des longs discours rapportés spécifiquement par Jean, ce serait parce que "l'étudiant" — comme tout étudiant moderne, dans un amphi bondé, avec un prof qui enchaîne son cours sans se soucier de savoir si ses élèves ont le temps de noter ou pas ce qu'il dit — n'aurait donc rapporté que des bribes, largement "caviardées" de lacunes, et à nous de nous débrouiller avec ça...

La majorité des exégètes considère plutôt que, particulièrement en ce qui concerne ces grands discours de Jean avec ces alternances de "je" et de "le Fils", il s'agit de réflexions que se fait l'évangéliste qui viennent s'intercaler entre des paroles qui, elles, ont plus de chance de se baser sur ce que Jésus a effectivement dit. Un tel exemple est très net dans l'épisode avec Nicodème (Jean 3, 1-21) où, du verset 1 au verset 15 Jésus parle en "je" ou avec l'expression "le fils de l'homme", et du verset 16 au verset 21 il est question de Dieu et "le Fils", et cela semble bien être une réflexion théologique de l'évangéliste pour prolonger les paroles précédentes rapportées comme étant de Jésus.

Dans un texte comme celui d'aujourd'hui, les choses sont cependant plus compliquées : les passages du "je" à "le Fils" et inversement s'entrelacent beaucoup plus, et si on essaie de faire abstraction des passages en "le Fils" pour en rester à ce qui ne remonterait qu'à Jésus lui-même, il ne reste en fait pas grand chose, et qui ne fait guère de sens. Soit les "étudiants" ont manqué particulièrement beaucoup de matière, soit ?

Je n'irai pas plus loin pour l'instant sur ces questions, auxquelles nous aurons l'occasion de revenir dans les jours qui viennent. Je retiendrai aujourd'hui surtout cette affirmation que le jugement est un attribut du "Fils" parce qu'il est "fils d'homme", et que, cependant, si le jugement du Fils est juste, c'est parce qu'il fait la volonté du "Père". Et je l'interpréterai ainsi : nous, les hommes, ce n'est pas Dieu qui peut nous juger, parce qu'il n'est pas homme ; seuls nous-mêmes le pouvons, mais seulement dans la mesure où nous sommes unis à Dieu.

Illustration 1

Après avoir guéri le paralytique un jour de sabbat,
    Jésus répond aux Juifs qui le lui reprochent :
« Mon Père jusqu'à présent œuvre
    et moi aussi, j'œuvre. »

Aussi les Juifs cherchaient d'autant plus à le tuer :
    non seulement il avait enfreint le sabbat,
mais encore il disait Dieu son propre père,
    se faisant lui-même égal à Dieu.

    Jésus répond donc et leur dit :
« Amen, amen, je vous dis :
le Fils ne peut rien faire de lui-même
    qu'il ne le voie faire au Père.
En effet, ce que celui-ci fait,
    le Fils aussi, de même le fait.

Car le Père aime le Fils
    et tout ce qu'il lui montre il le fait.
Il lui montrera des œuvres plus grandes que celles-là
    si bien que vous serez étonnés.
Car de même que le Père réveille les morts
    et les fait vivre,
de même le Fils aussi, ceux qu'il veut,
    il les fait vivre.

Car le Père ne juge personne,
    mais tout le jugement, il l'a donné au Fils,
pour que tous honorent le Fils
    comme ils honorent le Père.
Qui n'honore pas le Fils
    n'honore pas le Père qui l'a envoyé.

Amen, amen, je vous dis :
qui entend ma parole
    et croit en celui qui m'a envoyé
    a la vie éternelle.
Il ne vient pas en jugement
    mais il est passé de la mort à la vie !

Amen, amen, je vous dis :
une heure vient, et c'est maintenant,
    où les morts entendront la voix du Fils de Dieu,
    et ceux qui l'auront entendue vivront.
Car, de même que le Père a la vie en lui,
    de même il a donné au Fils d'avoir la vie en lui.

Et il lui a donné le pouvoir de faire jugement
    parce qu'il est fils d'homme.

Ne vous en étonnez pas :
    une heure vient
    où tous ceux des sépulcres entendront sa voix
    et sortiront,
ceux qui ont fait le bien
    pour une résurrection de vie,
et ceux qui ont commis le mal
    pour une résurrection de jugement.

Je ne peux, moi, rien faire de moi-même.
D'après ce que j'entends, je juge,
    et mon jugement est juste,
parce que je ne cherche pas ma volonté à moi,
    mais la volonté de celui qui m'a envoyé. »

(Jean 5, 17-30)

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