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Billet de blog 22 mars 2025

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Que fais-tu de ton frère ?

Être aimés, nous avons tant besoin d'être aimés, et qu'on nous le montre, qu'on nous le manifeste, qu'on nous le prouve ; c'est ce que nous cherchons toute notre vie, en oubliant presque d'aimer, nous aussi, l'autre, notre frère, notre sœur...

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Le rôle des aînés, dans la Bible en général, est plutôt ingrat, et ce dès le tout premier d'entre eux, Caïn : celui-ci, en effet, conformait sa vie en toute chose aux dispositions qu'avait prévues YHWH pour les hommes. YHWH avait donné pour nourriture aux hommes les fruits des arbres et de la terre, lesquels poussaient tout seul dans le jardin d'Éden. Puis, après la faute d'Adam et Ève, ces fruits ne leur seraient plus donnés sans rien faire, ils auraient à s'éreinter pour les faire pousser, mais c'était là la seule différence d'avec la situation antérieure, il n'était pas question qu'ils changent de régime alimentaire en devenant carnivores (il faudra de fait attendre que Noé sorte de l'arche après le déluge, pour que YHWH autorise la consommation de produits animaux...) !

Et Caïn, en bon fils de ses parents, bien obéissant (un peu bêtement ?), cultivait donc la terre pour pouvoir se nourrir de ses fruits. Abel, de son côté, avait rusé. YHWH n'avait pas explicitement interdit de manger de la viande... et, cerise sur le gâteau, en se faisant éleveur il échappait à la corvée du travail du sol, passant ses journées à jouer du flûtiau derrière son troupeau, n'ayant qu'à traire le lait, et de temps en temps tuer une bête un peu âgée. On peut alors comprendre la colère de Caïn quand il s'est fait refuser son sacrifice. Bien sûr qu'Abel avait offert ce qui se faisait de mieux dans ses biens, une première-née du troupeau ! tandis que Caïn, c'étaient des fruits, sans plus de précision, quelconques donc ; mais quand même, lui au moins était dans les clous, en règle avec les consignes, et l'autre là, il lui a suffi de faire le fayot au bon moment, et hop, ni vu ni connu j't'embrouille le vieux ! je l'amadoue, je le mets dans mon sac. Franchement ?

Pourquoi l'histoire de cet autre aîné et de cet autre cadet m'évoque-t-elle irrésistiblement celle de Caïn et Abel ? Évidemment, ici, il ne nous est pas dit que l'aîné va jusqu'à tuer son frère par ressentiment contre son père, mais on ne nous dit pas non plus le contraire, l'histoire s'arrête là comme sur un point d'interrogation : comment va-t-il réagir ? et telle est la question qui nous est posée à nous aussi : si nous estimons que tout du long de notre vie nous avons fait de notre mieux pour bien nous comporter, ne faire du tort à personne, au contraire faire du bien autant que nous le pouvions, sommes-nous prêts à retrouver au "paradis" les pires salopards de l'histoire humaine qui auront simplement regretté leur comportement une fois passés de l'autre côté ?

Je pose cette question ainsi, avec cette image d'une vie au-delà de la mort, mais il est évident qu'elle peut se poser dès maintenant, et c'est tout l'enseignement des évangiles et de Jésus, au travers de l'amour des ennemis et du pardon : sommes-nous capables de nous réjouir si une personne qui nous a causé du tort le regrette ensuite sincèrement, même si cela ne peut évidemment pas effacer le fait que nous ayons souffert à cause de ses actes ? c'est donc là très précisément ce qui est demandé à cet aîné-ci. La question de l'héritage dilapidé ne compte pas, au premier chef (il n'est pas dit que l'aîné va se trouver spolié de la part qu'il avait reçue lui aussi quand le père "leur" a partagé son bien), pas plus que les dépenses occasionnées ponctuellement par cette fête ne vont le léser sérieusement de quoi que ce soit.

On voit alors qu'il vit en fait actuellement son frère comme un concurrent dans l'amour de son père, mais ce n'est pas le cas de la part de ce dernier, qui l'aime lui autant que l'autre. Pourquoi donc ne se réjouit-il pas lui aussi, sinon parce que, bien qu'ayant toujours été obéissant, au fond de lui-même il est comme l'avait été son cadet, doutant d'être aimé, et, de ce fait, ne faisant que supporter sa situation, simplement, lui, il n'a pas osé casser la baraque, tandis que son frère, lui, au moins, a été franc... Mais il est vrai qu'on peut aussi se poser la question : ce père savait-il montrer son amour, pour que l'un s'en soit allé tandis que l'autre ne restait qu'en courbant le dos ?

Illustration 1

    et il a dit
« un homme avait deux fils et le plus jeune a dit au père
    "père ! donne-moi la part des biens qui me revient !"
alors il leur a partagé le bien
et après quelques jours ayant tout rassemblé
    le plus jeune fils partit dans un pays lointain
    et là il dilapida ses biens en vivant prodigalement
puis quand il eut tout dépensé
    survint une forte famine dans ce pays-là
    et lui commença à être dans le besoin
alors il alla s'attacher à l'un des citoyens de ce pays-là
    et il l'envoya dans ses champs paître des cochons
et il désirait remplir son ventre des caroubes
que mangeaient les cochons mais personne ne lui donnait

    et étant rentré en lui-même il disait
"combien d'ouvriers de mon père ont du pains en abondance
    et moi ici je péris de faim
m'étant levé j'irai vers mon père et je lui dirai
    "père ! j'ai péché envers le ciel et à ta face
    je ne suis plus digne d'être appelé ton fils
    fais de moi comme un de tes ouvriers"
et s'étant levé il alla vers son père
or étant encore très loin son père le vit
    et il fut ému aux entrailles et ayant couru
    il se jeta à son cou et le baisa tendrement
alors le fils lui a dit
    "père ! j'ai péché envers le ciel et à ta face
    je ne suis plus digne d'être appelé ton fils..."
mais le père a dit à ses serviteurs
    "vite ! apportez la plus belle robe et vêtez-le !
    et mettez un anneau à sa main et des chaussures aux pieds !
    et ayant apporté le veau gras sacrifiez-le !
et mangeons et festoyons ! car mon fils que voilà
    était mort et il est revenu à la vie
    il était perdu et il a été trouvé"

    et ils se mirent à festoyer mais son fils aîné était au champ
et comme en revenant il approchait de la maison
    il entendit musique et danses
et ayant appelé à lui un des garçons il s'enquérait
    "qu'est-ce que ça peut être ?"
alors il lui a dit
    "ton frère est venu et ton père a sacrifié le veau gras
    parce qu'il l'a recouvré en bonne santé"
alors il se mit en colère et il ne voulait pas entrer
et étant sorti son père le suppliait mais répondant il a dit à son père
    "voilà tant d'années que je te sers
    et je n'ai jamais négligé un commandement de toi
or tu ne m'as jamais donné un chevreau pour que je festoie avec mes amis
    mais quand ton fils que voilà est revenu
    ayant dévoré ton bien avec des prostituées
tu as sacrifié pour lui le veau gras"
    et il lui a dit
"enfant ! toi tu es toujours avec moi et tout ce qui est à moi est à toi
    mais il fallait festoyer et se réjouir parce que ton frère que voilà
    était mort et il vit et était perdu et il est trouvé" »

(Luc 15, 11-32)

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