À quoi sert de gagner le monde entier ? À quoi cela peut-il servir d'être l'homme le plus riche du monde, ou d'être celui qui exploite le plus de personnes au monde ? Le pouvoir, la richesse : il ne s'agit pas non plus de faire l'éloge de la misère ni de la servitude ; mais comment justifier l'écart entre de tels extrêmes ?
N'est-ce pas qu'une autre question se pose aussi : pour nous, les êtres humains, est-ce que vivre peut être un but en soi, suffisant pour nous satisfaire ? Pour les animaux, il semble que ce soit le cas ; préserver autant que possible sa vie personnelle, contribuer autant que possible aussi à la survie de son espèce, voilà à peu près les règles qui semblent régir leur existence. Pour parvenir à ces buts, certainement ont-ils développé progressivement, et continuent-ils de développer, leur intelligence, des savoir-faire aussi, et des modes de communication intra- et inter- espèces. Mais nous, êtres humains, est-ce que cela pourrait nous suffire ? Il semble bien que non. Et il semble bien que c'est ce qui pousse certains — et qui nous pousse tous à des degrés divers — à en vouloir toujours plus, toujours plus d'avoir, toujours plus de pouvoir.
L'expérience montre, cependant, que cette tentation est un leurre. Plus on a, plus on veut avoir encore plus, et plus on a de pouvoir, plus on veut en avoir encore plus. C'est réellement une drogue, une toxicomanie, et rien que ce fait indique forcément que ce n'est pas la bonne réponse. Reste la question : la réponse à, quoi ? Quelle est la question qui se pose à nous et à laquelle nous ne savons répondre que par de tels comportements de fuite ?
Sans doute est-ce trop simple : si nous voulons toujours plus de possessions, c'est parce que nous ne nous possédons pas nous-même ; et si nous voulons toujours plus de pouvoir, c'est parce que nous n'en avons pas sur nous-même ; et nos comportements de fuite proviennent uniquement de ce que nous ne voulons pas l'accepter.
Oui, il suffit simplement que nous reconnaissions, que nous prenions conscience, de ce que nous ne sommes en réalité rien par nous-mêmes, que nous l'acceptions, c'est tout.
Et tout devient alors simple.
Agrandissement : Illustration 1
Il dit :
« Le fils de l'homme doit beaucoup souffrir,
et être rejeté
par les anciens, grands prêtres et scribes,
et être tué,
et, le troisième jour, se réveiller. »
Il disait à tous :
« Si quelqu'un veut venir derrière moi,
qu'il se nie lui-même,
porte sa croix chaque jour
et me suive !
Eh oui ! Qui voudra sauver sa vie
la perdra !
Mais qui perdra sa vie
à cause de moi,
celui-là la sauvera !
Eh oui ! En quoi est-ce utile à un homme
s'il a gagné le monde entier,
s'il se perd ou se damne lui-même ?
(Luc 9, 22-25)