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Billet de blog 23 mars 2023

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L'amour toujours l'amour

Comment peut-on encore parler d'amour passionnel, quand il ne s'agit que de passion, tout court, sans le moindre amour, en réalité ?

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

L'amour de Dieu, vous ne l'avez pas en vous : cette phrase est pratiquement impossible à traduire mot-à-mot en français. Il faudrait en faire une périphrase, mais en tout cas elle ne signifie pas ce que certaines traductions donnent, et qui est un contre-sens : "vous n'avez pas en vous d'amour pour Dieu".

En français, effectivement, "l'amour de Dieu" peut signifier autant "notre amour pour Dieu" que "l'amour de Dieu pour nous", mais le texte grec ne permet pas la première signification. Ici, "l'amour de Dieu" est à prendre comme dans "la voiture de Marcel" ou "la jolie robe de Chantal". En grammaire, on dit que "Dieu" est au "génitif", ce qui signifie que l'amour dont il est question est la propriété de Dieu.

Évidemment, on ne parle pas ici de l'amour possession tel que celui que nous pouvons avoir pour la soupe à l'oignon ou la crème chantilly (non mélangées de préférence). On ne parle pas non plus de ce soit-disant amour, l'amour passionnel, qui mène aux féminicides, ce soit-disant amour qui, à la moindre contrariété, se transforme en haine.

Quand nous parlons de cet amour comme propriété de Dieu, nous ne voulons évidemment pas dire qu'il lui appartient comme un bien immobilier qu'il sera prêt à garder pour lui seul et à défendre contre tous, mais bien au contraire, s'agissant d'amour, qu'il ne peut que le donner et le donner sans cesse, toujours et partout : l'amour est l'être même de Dieu. C'est par cet amour qu'il nous a faits et qu'il continue d'être avec nous, à tout instant.

L'amour de Dieu, vous ne l'avez pas en vous : Jésus veut-il dire que Dieu n'aimerait pas ses interlocuteurs ? bien sûr que non, comme nous tous, ils sont aimés de Dieu et son amour est en eux, puisque l'être même de Dieu est amour, et que nous tenons notre être de l'être même de Dieu. L'amour de Dieu est donc bien présent en absolument tout ce qui est !

Le verbe grec echó (ἔχω) ici utilisé signifie effectivement le plus souvent dans les évangiles "avoir, posséder", mais il peut avoir de nombreux sens, et peut-être vaudrait-il mieux ici le traduire par "porter" (comme on porte un habit par exemple), ou "s'attacher à", "tenir ferme", tous mots qui supposent, bien sûr, qu'on ait au moins une certaine connaissance, pas seulement intellectuelle, donc une certaine certitude, de la présence de cet amour de Dieu pour nous en nous...

Sinon, nous en arrivons à ce formalisme des religions religionnantes, où chacun se contente de répéter de manière de plus en plus déformée — et parfois de plus en plus géniale mais fausse — ce que ses prédécesseurs ont eux-mêmes répété de manière plus ou moins géniale mais fausse, etc... : Comment pouvez-vous croire, en recevant gloire les uns des autres, et la gloire qui vient du seul Dieu, vous ne la cherchez pas ?

Illustration 1

« Si moi, je témoigne pour moi-même,
    mon témoignage n'est pas vrai.
C'est un autre qui témoigne pour moi
et je sais qu'est vrai le témoignage
    qu'il témoigne pour moi.

Vous avez envoyé à Jean
    et il a témoigné de la vérité.
Moi, ce n'est pas d'un homme que je reçois le témoignage,
    mais je dis cela pour que vous soyez sauvés.
Lui, il était la lampe qui brûle et qui brille.
    Vous avez voulu vous-mêmes vous réjouir une heure
    à sa lumière.

Moi, j'ai un témoignage
    plus grand que celui de Jean :
car les œuvres que le Père m'a données à accomplir,
ces œuvres mêmes que je fais témoignent pour moi
    que le Père m'a envoyé.

Le Père qui m'a donné mission,
    celui-là même témoigne pour moi.
Sa voix, vous ne l'avez jamais entendue,
son aspect, vous ne l'avez jamais vu,
et même sa parole, vous ne l'avez pas qui demeure en vous,
    puisque celui qu'il a envoyé, en lui vous ne croyez pas !

Vous scrutez les Écrits parce que vous pensez
    avoir en eux la vie éternelle.
Or ce sont eux qui témoignent pour moi.
Et vous ne voulez pas venir à moi
    pour avoir la vie !

Ce n'est pas des hommes que je reçois gloire.
Mais je vous connais :
    l'amour de Dieu, vous ne l'avez pas en vous.

Moi-même, je suis venu au nom de mon Père
    et vous ne me recevez pas.
Qu'un autre vienne en son propre nom,
    celui-là, vous le recevrez !

Comment pouvez-vous croire,
    en recevant gloire les uns des autres,
et la gloire qui vient du seul Dieu,
    vous ne la cherchez pas ?

Ne pensez pas que c'est moi qui vous accuserai
    devant le Père.
Celui qui vous accuse, c'est Moïse,
    en qui vous avez mis votre espérance.
Car si vous croyiez Moïse,
    vous me croiriez aussi :
c'est de moi que lui-même a écrit.
Mais si vous ne croyez pas ses écrits,
    comment croirez-vous mes dires ? »

(Jean 5, 31-47)

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