Anon (avatar)

Anon

alias Xavier Martin-Prével.

Abonné·e de Mediapart

1432 Billets

0 Édition

Billet de blog 23 septembre 2024

Anon (avatar)

Anon

alias Xavier Martin-Prével.

Abonné·e de Mediapart

Faites attention à comment vous entendez

Comment Dieu, s'il existe, peut-il permettre toutes les atrocités commises par les hommes ?

Anon (avatar)

Anon

alias Xavier Martin-Prével.

Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Il n'est pas certain du tout (c'est même plutôt le contraire) qu'il y ait un rapport entre ces deux sentences, ou péricopes ; chacune d'elles se retrouve d'ailleurs en plusieurs exemplaires dans l'un ou l'autre des évangiles de Matthieu, Marc ou Luc, et donc dans des contextes différents. Ce qu'on peut en conclure, c'est qu'elles étaient vraisemblablement fréquemment utilisées par Jésus, mais cet enchaînement des deux que nous avons ici est spécifique à Luc, du moins sous cette forme abrupte. Marc (4, 21-25) en effet, conclut la sentence sur la lumière par un "qui a des oreilles pour entendre, qu'il entende !" qui sert alors de prétexte pour introduire la sentence sur l'écoute. Mais cela ne constitue  cependant qu'un lien fortuit, sans signification réelle. Je ne suis pas sûr, alors, que le choix de la liturgie catholique, de découper ainsi l'évangile de Luc en isolant cet enchaînement de ces deux sentences, ait été particulièrement judicieux, mais essayons quand même de voir si on peut en dire quelque chose...

En première approche, je ressens alors surtout un grand contraste entre les deux. L'histoire de la lumière, qu'on aura beau essayer de cacher sous un récipient ou sous un lit, mais qui filtrera quand même de toutes façons, me fait penser au Dieu de Moïse, celui qui se révèle au sommet de la montagne avec force déchaînement des éléments, tonnerre, éclairs, tellement que tout le peuple refuse de prendre part même de loin à ça. C'est un Dieu, en somme, qui s'impose, qui surplombe, on n'a pas le choix ; si le peuple ne veut pas avoir affaire à lui directement, il ne le conteste pas pour autant, il ne conteste pas son existence, il ne conteste pas les droits qu'il a sur eux, il ne conteste pas les ordonnances qu'il leur transmet par l'intermédiaire de Moïse : il y résistera, bien sûr, comme on résiste à toute coercition, fut-elle censée être pour notre bien, et c'est normal, car cela fait partie de notre nature, le libre-arbitre, qui suppose que nous fassions nos choix en toute liberté, sans aucune contrainte.

L'attention à ce que nous entendons — et portant particulièrement, vu le contexte, sur les enseignements de Jésus — me fait elle beaucoup plus penser au Dieu que Élie découvre quand il est devant sa grotte : on se rappelle qu'il s'attend d'abord à rencontrer Dieu dans un ouragan qui fendait les montagnes, puis dans un tremblement de terre, puis dans un feu, mais finalement il découvre le Dieu qui se manifeste à lui dans le "son d'un fin murmure"... Ce Dieu-ci semble vraiment à l'opposé de l'autre, il n'apparaît que comme une présence discrète, attentionnée, n'exigeant rien de particulier, ce qui fait qu'alors qu'Élie n'aspirait qu'à en finir avec sa vie, il est prêt à repartir. Ce Dieu-là ne juge pas, il comprend. Ce qui ne veut pas dire qu'il approuve n'importe quoi, mais il ne fait pas de reproches, il est patient, d'une patience infinie, et ce à l'égard de qui que ce soit, du bon comme du méchant.

Cette dernière particularité peut alors interroger : comment Dieu peut-il permettre toutes les atrocités commises par les hommes ? mais supposer qu'il intervienne directement de lui-même dans ces cas-là, c'est revenir au Dieu de Moïse, à celui auquel on attribue des massacres (surtout les massacres des ennemis, évidemment) et toutes ces autres manifestations de puissance. Et alors il faut savoir : on ne veut pas de Dieu parce qu'on ne veut pas de cette autorité qui, en quelque sorte, nous infantiliserait en nous imposant sa volonté, mais on veut bien que le même fasse usage de cette même autorité contre les autres quand cela nous arrangerait. Je ne dis bien sûr pas par là qu'il approuve toutes ces horreurs, je dis seulement que s'il commence à intervenir dans certaines situations, même certes intolérables à tous points de vue pour nos consciences humaines, il n'y a pas de raison alors pour qu'il n'intervienne pas aussi dans toutes les situations, même les plus bénignes. Soit il nous laisse entièrement libres, soit il devient ce tyran, qui est l'image que, malheureusement au moins la tradition monothéiste héritée du judaïsme (christianisme comme islam inclus) ont trop donnée de lui.

Par contre, s'ouvrir à ce Dieu qui, dans cette même tradition juive, semble s'être révélé en premier à Élie, ce Dieu qui n'est qu'une présence attentionnée sans aucune contrainte, ne voulant que notre bien, va effectivement agir en nous comme il est dit, "quiconque a il lui sera donné", cette présence ne pourra que croître en nous de plus en plus, en sorte que "fatalement" il arrivera un moment où, telle la lumière, elle ne pourra qu'être perçue hors de nous aussi, on ne pourra pas la cacher ; mais là, on sera évidemment aux antipodes de toute démarche de prosélytisme ou de mission. Il ne s'agira pas de message, au sens strict ; il pourra y avoir des mots, mais ces mots n'auraient aucun effet s'ils ne correspondaient pas à ce que nous vivons, à ce que nous sommes.

Illustration 1

et personne ayant allumé une lampe
    ne la couvre d'un récipient
    ou ne la met sous un lit
mais on la met sur un lampadaire
    afin que ceux qui entrent voient la lumière
oui rien n'est caché qui ne deviendra manifeste
ni rien de secret qui ne doive être connu
    et venir dans la lumière
    
    faites vraiment attention comment vous entendez
car quiconque a
    il lui sera donné
et quiconque n'a pas
    même ce qu'il lui semble avoir lui sera enlevé »

(Luc 8, 16-18)

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.