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Billet de blog 23 novembre 2024

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Debout les morts !

Mon premier n'a pas eu d'enfant, mon deuxième n'a pas eu d'enfant, mon troisième..., mon septième..., et mon tout : ce sera comment au paradis ? la méga-orgie de tous les temps ?

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

On n'est pas sûr du tout que les sadducéens n'aient pas cru en la notion de résurrection : il n'y a que les évangiles qui l'affirment. Ce qui est certain, c'est qu'il n'en est pas question dans toute la tradition biblique avant deux ou trois siècles avant Jésus. Tout au long de l'histoire du peuple hébreu, l'alternative qui se pose est celle de vivre ou de mourir ; si tu fais ceci, tu vivras, tu prolongeras tes jours, sinon tu mourras, tes jours seront finis, telles sont les seules paroles que YHWH adresse à "son peuple", vivre ou mourir, mais il n'est pas question de re-vivre après la mort. Même la vision d’Ézéchiel doit être comprise plutôt comme un symbole du renouveau d'Israël dans son ensemble quand cessera l'exil à Babylone, plutôt que parlant d'un retour à la vie de personnes concrètes décédées.

Quoi qu'il en soit de la croyance des sadducéens, cet épisode a pour premier objet d'écarter les fausses représentations de ce que pourrait être la résurrection, les représentations qu'on pourrait qualifier de naïves, où ce destin post-mortem est calqué rigoureusement sur ce qu'est notre vie actuelle, ce qui est forcément toujours et encore de nos jours le travers dans lequel tous nous tombons, à des degrés divers. Forcément, nous ne connaissons de certain que les conditions de notre vie actuelle, sur quoi nous baser pour imaginer ce que pourrait être une vie après la mort ? D'un côté on peut se moquer des soixante douze houris du paradis musulman, mais d'un autre côté on peut se représenter le même paradis comme un état où nous nous connaîtrons tous les uns les autres sans aucune ombre, de la même manière que dans un couple âgé chacun a fini par connaître l'autre par cœur...

C'est donc de cette différence-là très précise que Jésus parle d'abord ici : selon lui, dans cet état après la mort, s'il y a encore des relations entre les personnes, elles n'ont par contre plus rien de charnel. Ceci devrait poser des questions aux chrétiens quand ils récitent leur "credo", leur profession de foi, disant "je crois en la résurrection de la chair". Comprennent-ils que la chair dont il est question là n'est certainement pas ce que signifie pour nous ce mot dans la vie courante ? Non, ici Jésus dit même que, dans la résurrection, on est "égal des anges", et où aurait-on vu que les anges auraient un corps matériel, un corps de chair, sans même parler de leur sexe ?

Oui, mais alors que penser de la "résurrection" de Jésus, de ses apparitions, avec un corps, semble-t-il, bien matériel, du moins qui pouvait l'être par moments, puisque d'autre part, pour qu'il puisse passer à travers les murs, il fallait bien qu'il puisse être aussi immatériel... Ou bien, ces apparitions sous une forme matérielle ou quasi matérielle (il semble quand même que personne ne l'ait touché, en tout cas on ne nous dit pas que Thomas l'ait fait bien qu'il y ait été invité, et d'autre part cela a même été formellement interdit à Marie-Madeleine qui s'apprêtait à le faire) n'avait-elles pour seul objet que d'assurer les disciples de la réalité de cette survie après la mort, bien que cette forme soit en réalité comme une régression du papillon au stade chenille ?

Quoi qu'il en soit de nouveau, le second objet de cet épisode est de tenter de donner une assise à cette foi en la résurrection, assise, bien sûr, qui se fonde dans la tradition hébraïque, puisque telle est la référence absolue dans ce contexte. Il faut, pour comprendre cet argument, se mettre à la place de Dieu, quand il s'est présenté à Moïse en disant "je suis le Dieu d'Abraham et Dieu d'Isaac et Dieu de Jacob", et imaginons-nous, en tant que parents dont un enfant serait décédé, dire encore après ce décès "je suis la mère ou le père de ...". Pourrions-nous dire cela, sans que ce ne soit un abus de langage ? ou alors, avec la conviction que ... a encore une certaine existence, malgré sa mort.

Bien sûr, cet argument est à usage interne : il faut croire en Dieu, et il faut croire qu'il a effectivement dit cela à Moïse. Ici de plus, Luc ne se réfère même pas directement à cette parole prononcée par YHWH lui-même (contrairement à Matthieu 22, 32 et encore plus Marc 12, 26), mais à Moïse comme ayant été l'interlocuteur de YHWH lors de cet épisode dit du buisson ardent, considérant donc la parole de Moïse comme ayant la même autorité que celle de YHWH lui-même, ce qui était effectivement le sentiment partagé au sein du judaïsme de l'époque, mais c'est surtout parce que ce sont les sadducéens qui, les premiers, ont posé une question en se référant à l'autorité de Moïse. Sur ce point précis, Luc semble alors plus proche, plus probant, de la controverse telle qu'elle s'est effectivement déroulée, même si cet aspect de la question est sans doute secondaire.

Illustration 1

alors s'étant approchés certains des sadducéens
ceux qui contestent il n'y a pas de résurrection
    l'interrogèrent en disant
« rabbi ! Moïse a écrit pour nous
    "si un frère de quelqu'un meurt en ayant une femme
    et qu'il soit sans enfant
que son frère prenne la femme !
    et suscite une semence à son frère"
il y avait donc sept frères
    et le premier ayant pris une femme meurt sans enfant
    et le deuxième et le troisième la prennent
    et de même aussi pour les sept
ils ne laissent pas d'enfant et meurent
    et finalement la femme aussi meurt
la femme donc à la résurrection
    duquel d'entre eux deviendra-t-elle la femme ?
puisque les sept l'ont eue pour femme »
    et Jésus leur a dit

« les fils de cet âge-ci épousent et sont épousées
    mais ceux qui ont été trouvés dignes
d'atteindre à cet âge-là et à la résurrection d'entre les morts
    n'épousent pas et ne sont pas épousées
car ils ne peuvent plus mourir
car ils sont égaux des anges
et ils sont fils de Dieu
    étant fils de la résurrection !

et que les morts se réveillent
    c'est Moïse qui l'a indiqué aussi au Buisson
quand il appelle YHWH
    le Dieu d'Abraham
    et Dieu d'Isaac
    et Dieu de Jacob
non il n'est pas Dieu de morts mais de vivants
    car tous vivent pour lui »

    et répondant certains des scribes dirent
« rabbi ! tu as bien parlé »
    car on n'osait plus l'interroger sur rien

(Luc 20, 27-40)

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