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Billet de blog 24 avril 2023

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Qu'on nous donne du pain !

"Vous avez mangé des pains et vous avez été gavés"

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Ce qu'il faut bien comprendre, concernant les personnes qui sont bénéficiaires — ou au moins témoins — d'événements dits surnaturels, c'est que, dans un premier temps, elles les vivent comme des événements ordinaires. Les cinq mille qui se partagent cinq pains et deux poissons, ne se rendent d'abord pas compte qu'il se passe quelque chose de bizarre ; ils sont affamés, on leur dit de s'asseoir et on leur donne à manger : ils ne réfléchissent pas, ils mangent, ils se rassasient, et ensuite seulement ils se posent la question "mais au fait, ça vient d'où toute cette nourriture ?"

De même, lorsque les disciples dans la barque sont en train de s'escrimer à ramer avec un fort vent de face, s'ils entraperçoivent à un moment le visage de Jésus, ils ne se rappellent pas en premier qu'il n'avait pas embarqué avec eux, ils se disent d'abord "tiens, ça y est, enfin, il est sorti de son roupillon habituel à l'avant", et ensuite seulement ils réalisent "ah ! mais non ! il n'était pas avec nous, et il est en train de marcher sur l'eau !".

Il y a toujours un premier temps, aussi infime puisse-t-il être, où la situation est vécue comme n'importe quelle autre situation, et un deuxième temps où se produit une prise de conscience que, non, cette situation-là n'est pas du tout comme les autres. À partir de là, plusieurs choix peuvent être faits par les personnes auxquelles cela est arrivé.

Les unes ne vont strictement rien en tirer comme conclusion. Pour elles, ce sera exactement comme si cela ne s'était pas passé. Elles savent bien, pourtant, quelque part en elles, que si, il y a bien eu quelque chose de pas normal, mais elles sont trop, disons enfermées dans, ou prisonnières de, la façon dont les choses se produisent depuis toujours (depuis toujours : dans leur expérience personnelle, évidemment), en sorte qu'elles ne peuvent pas prendre en compte cet événement-là en plus du reste, elles ne peuvent pas l'intégrer, le relier au reste ; les choses en resteront là, pour elles.

D'autres n'auront aucune tentation de dénier ce qui leur est arrivé, mais n'en tireront qu'une conclusion très pragmatique : ils ont eu à manger gratis, ils ont été repus, rassasiés, eh bien ! que cela continue ainsi, ouvrons les becs et recevons donc désormais la becquée tous les jours de notre vie sans avoir à trimer et suer pour ça ! C'est pas plus compliqué que ça, pour eux : il y a là un gars qui a ces pouvoirs, on ne cherche pas à comprendre non plus, mais on peut au moins en profiter...

D'autres enfin comprennent que ce n'est pas par le moindre pouvoir personnel qu'elle détiendrait, que ce signe s'est produit par l'intermédiaire de cette personne-là. Jésus, comme toute autre personne par l'intermédiaire de laquelle de tels signes peuvent se produire — et il y en a beaucoup, dans toutes les cultures et toutes les religions — ne sont pas Dieu. Si des signes se produisent par elles, c'est parce qu'elles sont transparentes à Dieu, et c'est là la vraie nourriture qu'elles nous donnent par là, un exemple et un appel à devenir, nous aussi, à notre mesure, autant que nous le puissions, transparent.e.s, comme elles.

Illustration 1

Le lendemain, la foule
    restée de l'autre côté de la mer
voit qu'il n'y a eu là qu'une seule barque...
Et Jésus n'est pas rentré
    dans le bateau avec ses disciples,
mais seuls ses disciples s'en sont allés.

D'autres bateaux étaient venus de Tibériade
    près du lieu où ils ont mangé le pain,
– après que le Seigneur a rendu grâce.
Quand la foule voit que Jésus n'est pas là,
    ni ses disciples,
ils montent dans les bateaux
    et viennent à Capharnaüm
chercher Jésus.
Ils le trouvent de l'autre côté de la mer.

    Ils lui disent :
« Rabbi, quand es-tu arrivé ici ? »
    Jésus répond et leur dit :
« Amen, amen, je vous dis :
Vous me cherchez
    non parce que vous avez vu des signes,
mais parce que vous avez mangé des pains
    et que vous avez été gavés.

Œuvrez, non pour l'aliment qui se perd,
    mais pour l'aliment qui demeure en vie éternelle,
celle que le fils de l'homme vous donnera :
car c'est lui que le Père, Dieu, a marqué d'un sceau. »
    Ils lui disent donc :
« Que ferons-nous pour œuvrer les œuvres de Dieu ? »
    Jésus répond et leur dit :
« Telle est l'œuvre de Dieu :
    que vous croyiez en celui qu'il a envoyé. »

(Jean 6, 22-29)

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