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Billet de blog 24 avril 2025

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Se lever d'entre les morts

Si on trouve dans Isaïe un modèle pour un messie qui ait à souffrir de nombreuses avanies, il n'est par contre nulle part question dans la Bible hébraïque d'un messie ressuscitant ; preuve de la transcendance de Jésus, et de Dieu, par rapport au judaïsme ?

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Cette scène chez Luc ressemble beaucoup à une de celles de Jean : ils sont à Jérusalem, donc vraisemblablement dans cette grande salle où ils avaient pris part au dernier repas de Jésus, cette salle qu'on appelle pour cette raison le Cénacle. Jean précise qu'ils en tenaient les portes fermées : ils se cachent, ils ont peur d'être poursuivis eux aussi, arrêtés eux aussi, condamnés, mis à mort. C'est dès l'arrestation de Jésus qu'ils y sont retournés, et c'est effectivement sans doute l'endroit le plus sûr dans lequel ils pouvaient se cacher, puisqu'ils sont là dans la maison de l'évangéliste lui-même, membre de la famille de Hanne : qui penserait à aller les chercher là ?

Et voici que, chez Luc comme chez Jean donc, Jésus apparaît soudain au milieu d'eux ; ils sont en train de parler et voici qu'il est là alors que l'instant d'avant il n'y était pas. Ce mode d'apparition, symétrique de son mode de disparition (comme vu hier dans l'auberge d'Emmaüs : il leur devint invisible...), parle d'un Jésus pouvant, semble-t-il, se matérialiser et dématérialiser à volonté. Qu'on puisse alors le toucher indique un degré de matérialisation plus important que si on ne pouvait que le voir et entendre : c'est ce à quoi il les invite, ici comme chez Jean encore, même si ni chez l'un ni chez l'autre il n'est dit que certains le fassent. Par contre on peut s'interroger sur ce Jésus qui mange ! On ne voit pas bien en quoi il en aurait encore besoin, s'il est capable de se dématérialiser... Pourquoi pas un Jésus qui transpire, qui crache, qui urine et défèque aussi, pendant qu'on y est ?

On considérera par conséquent qu'il y a eu là comme une surenchère de Luc sur Jean ; ce dernier se contentera pour sa part de décrire un Jésus qui, un peu plus tard, à l'inverse d'ici, au lieu de se faire servir un poisson grillé, fera au contraire griller des poissons à l'intention de ses disciples : c'est ce sens là qui est le plus logique. Mais peu importe, on voit donc Luc avoir volontairement adopté la tradition johannique sur ce point de vue du lieu des apparitions (à Jérusalem), laissant à Matthieu le point de vue des Galiléens (en Galilée). Par contre, les motivations de Luc à procéder ainsi ne sont pas les mêmes que celles de Jean : Luc prépare par là la suite de son récit avec la montée définitive de Jésus pour le ciel, puis la descente de l'Esprit Saint, alors que chez Jean c'est dès cette première apparition dans le Cénacle que Jésus souffle simplement sur les disciples ce qui leur donne l'Esprit, ce qui semble quand même relativement anodin comme événement après les nombreux discours sur la venue de l'Esprit qu'il est le seul à avoir rapportés...

Maintenant, quelle réalité accorder à ces apparitions, au-delà de ces différences, pour ne pas dire désaccords, entre les traditions ? S'agit-il de récits purement symboliques ? on peut l'envisager : avant l'issue fatale, ils étaient encore tous (sauf peut-être Jean l'évangéliste) dans la perspective du messie politico-militaire. Sa mort, c'est le ciel et tout leur monde qui s'est écroulé pour eux, une dévastation difficile à imaginer, trois années d'aventures, de privations, de galère, d'efforts, d'espoirs, de fantasmes, de perspectives mirobolantes aussi, et tout ça pour rien. Oui, difficile d'imaginer la dépression, le sentiment de déréliction, qui s'empare d'eux à partir de là. Mais on peut penser par contre que lorsqu'il auront fini par accepter de dépasser ce deuil de ce qui était non seulement leurs perspectives personnelles mais aussi la perspective de toute leur tradition culturelle religieuse, lorsqu'ils entreront enfin dans cette relation personnelle au Père qu'on appelle la venue de l'Esprit, la seule dont lui, Jésus, vivait et à laquelle il avait voulu les initier, c'est à ce moment-là qu'il sera devenu réellement vivant pour eux, pleinement et entièrement vivant, parce que eux aussi le seront devenus...

Dans ce sens-là, on peut donc effectivement considérer ces récits comme étant avant tout des symboles. Cela exclut-il pour autant nécessairement toute possibilité de réalité concrète, ou alors à les considérer comme des hallucinations, des produits du fameux Inconscient, tarte à la crème et fourre-tout auquel il est si commode d'attribuer tout ce qu'on ne comprend pas, avec l'avantage qu'on se donne ainsi l'impression de rester quelqu'un de "rationnel" (ne parlons pas quand même de "scientifique" !:-), alors qu'au fond ce concept ne sert que de bouche-trou pour remplacer le mot "Dieu" ? Avec cependant une différence : personne ne pourra jamais me contredire sur les propriétés que j'attribue à cet Inconscient tel que je le façonne (ce qui veut dire nécessairement : à mon image), le pire qui puisse m'arriver à ce sujet c'est de ne trouver personne pour accepter la conception que je m'en fais, mais il serait bien rare qu'il n'y en ait pas au moins quelques unes avec lesquelles m'accorder. Alors que l'expérience du Père, elle, on ne peut que la recevoir, on ne l'invente pas, et on ne peut pas en faire ce qu'on veut...

Illustration 1

et ils en parlaient encore que lui-même se tint au milieu d'eux
    et il leur dit
« paix à vous ! »
    mais terrifiés et devenus pleins de peur
ils croyaient voir un esprit
    et il leur a dit
« de quoi êtes-vous troublés
    et pourquoi des réflexions surgissent-elles dans votre cœur ?
voyez mes mains et mes pieds ! c'est bien moi
    palpez-moi et voyez ! un esprit n'a pas de chair ni d'os
    comme vous voyez que j'en ai »
et ayant dit cela il leur montra ses mains et ses pieds
    mais comme ils étaient encore incrédules à cause de la joie
et qu'ils s'étonnaient
    il leur a dit
« avez-vous quelque aliment ici ? »
    et ils lui donnèrent une part de poisson grillé
et l'ayant prise il la mangea devant eux
    
     puis il leur a dit
« telles sont mes paroles que je vous ai dites
    étant encore avec vous
"aura a être accompli tout ce qui a été écrit sur moi
    dans la torah de Moïse et les Prophètes et les Psaumes" »
alors il ouvrit leur intelligence pour comprendre les Écrits
    et il leur a dit
« ainsi avait-il été écrit que
    le messie souffrirait
    et se lèverait d'entre les morts le troisième jour
    et que serait proclamée en son nom une conversion
pour la remise des péchés à toutes les nations à commencer par Iérousalem
    vous en êtes témoins »

(Luc 24, 36-48)

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