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Billet de blog 25 juin 2014

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Anarchie

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Billet original : Anarchie

« Défiez-vous des faux prophètes : ils viennent vers vous en vêtements de brebis, mais au-dedans ce sont des loups rapaces. C'est à leurs fruits que vous les reconnaîtrez. Est-ce qu'on ramasse sur des épines des raisins ? Ou sur des ronces, des figues ? Ainsi, tout arbre bon fait de beaux fruits, mais un arbre pourri fait de mauvais fruits. Ne peut un arbre bon faire de mauvais fruits, ni un arbre pourri faire de beaux fruits. Tout arbre qui ne fait pas de beau fruit est coupé et jeté au feu. Ainsi, c'est à leurs fruits que vous les reconnaîtrez. »

Matthieu 7, 15-20

Le problème des faux prophètes est typiquement une préoccupation des premières communautés chrétiennes, pas de Jésus. Il n'est d'ailleurs pas question dans les évangiles d'un épisode où il aurait eu affaire à, ou serait entré en concurrence avec, un faux prophète. Le seul prophète qui y apparaît, en-dehors de Jésus lui-même, est Jean Baptiste, qui n'est certes pas considéré comme un faux prophète. À part ça, on peut encore penser à l'épisode où les disciples sont scandalisés parce qu'un homme, qui ne fait pas partie de leur groupe, fait des miracles au nom de Jésus, ce à quoi ce dernier ne trouve rien à redire. Les premières communautés chrétiennes, par contre, ont de gros problèmes dans ce domaine.

Il faut bien se rappeler que l'image que nous avons, souvent, d'un christianisme naissant comme le tronc unique d'un arbre, dont les premières ramifications n'apparaîtraient qu'avec le grand schisme entre orthodoxie et catholicisme, est fausse. Il n'y a pas eu un arbre, à l'origine, mais une forêt, qui s'est progressivement élaguée. Certaines pousses ont fusionné, beaucoup ont disparu. C'était une période très vivante, d'un certain point de vue, avec de nombreuses formes variées. Une de ces formes les mieux attestées, est celle de prédicateurs itinérants, prêchant de village en village, et demandant l'hospitalité aux communautés déjà formées qu'ils pouvaient trouver sur leur route. À côté de quelques charlatans, la plupart de ces prédicateurs étaient certainement sincères, mais certains pouvaient se mettre aussi à dérailler. C'est au discernement de ces "faux prophètes" que notre texte du jour veut apporter ses conseils. Certains sont donc des loups déguisés en brebis : sous couvert de bonnes paroles, ils n'ont comme objectif que de prendre le pouvoir, au lieu de servir. Mais le moins qu'on puisse dire est que la recommandation de savoir les reconnaître à leurs fruits est quelque peu vague et de peu d'efficacité. De tels fruits risquent de n'apparaître que quand il sera un peu tard ! Nous sommes encore dans une période artisanale. La Didaché, un texte produit un peu plus tard par le christianisme naissant, sera beaucoup plus précis : s'il demande de l'argent, c'est un faux prophète, s'il veut rester plus de deux jours dans la communauté, c'est un faux prophète, etc... On sent que ce genre de charisme est encore toléré, mais qu'il n'est plus vraiment souhaité.

Nous pouvons regretter que la discipline dans les Églises, plus précisément dans l'Église catholique romaine, soit allée à l'extrême inverse, où la moindre personne qui tient des propos qui sortent quelque peu de la musique bien rodée, devient immédiatement suspecte, et, pour peu qu'elle ait une quelconque fonction officielle dans l'institution, objet de 'tracasseries' de la part de sa hiérarchie ou des organes chargés de veiller à ce que la doctrine reste bien momifiée dans son musée. On peut regretter que les intentions initiales, qui étaient d'éviter au troupeau des pérégrinations menant à des culs-de-sac, ou des errances inutiles, aient produit ce système dont il faut reconnaître qu'il n'échappe pas non plus aux dangers qu'il prétendait écarter. La différence est que, maintenant, au lieu que ce soient des parties du troupeau qui pâtissent, c'est sa totalité. Et c'est bien sûr cette volonté excessive de centralisme qui a généré, entre autres, les deux schismes majeurs, d'avec l'orthodoxie puis de la réforme. Il semblerait que la hiérarchie de l'Église catholique romaine n'en ait pas encore vraiment tiré pleinement les conséquences, dans son ensemble. Je veux pourtant croire que l'insistance de François à se définir comme évêque de Rome avant que pape, soit un signe d'espoir, que nous pourrons un jour reconnaître à ses fruits.

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