L'univers est une incarnation de Dieu ; l'univers n'est pas Dieu, car Dieu conserve sa transcendance par laquelle il est au-delà d'absolument tout ce qui est, mais en tout ce qui est Dieu est présent, c'est l'immanence de Dieu. Pour dire cette immanence, présence de Dieu en tout ce qui est, on devrait peut-être cependant réserver le mot incarnation aux seuls êtres vivants, voire aux seuls êtres vivants et animés, voire au seuls êtres vivants et animés et conscients, à savoir nous, êtres humains, sur cette planète-ci, ou ailleurs dans l'univers.
La présence de Dieu en tout ce qui est comprend effectivement des degrés, selon le degré de complexité de l'être en question. Dans le minéral, la présence de Dieu est simplement de l'ordre de l'être ; dans le vivant, cette même présence est non seulement l'être mais encore son principe de vie ; dans l'animal, elle est encore en plus son principe d'animation, l'origine de son psychisme ; et en nous, le principe de notre conscience, du sens, ce que le christianisme a symbolisé par la "Parole" de Dieu. Ce n'est donc pas qu'en Jésus que cette Parole de Dieu s'incarne, ou du moins cherche à s'incarner, car là peut être la différence : dans quelle mesure acceptons-nous cette incarnation en nous de cette Parole ? Dans quelle mesure acceptons-nous de chercher, voire créer, le sens de notre vie, et non de nous contenter de manger, boire, baiser et dormir ?
En aucun cas, l'incarnation de la Parole en Jésus n'a-t-elle donc eu pour raison celle de racheter une humanité pécheresse ! Depuis les tout-premiers êtres humains, la Parole de Dieu s'incarne ; pour reprendre le mythe, Adam et Ève sont déjà des incarnations de la Parole de Dieu. Ces incarnations que nous sommes tous sont cependant plus ou moins réussies, c'est le moins qu'on puisse dire... et il est bien possible qu'en Jésus elle ait été parfaite ! C'est alors en cela qu'on peut dire que Jésus nous sauve, parce qu'il nous offre un exemple, un summum, de ce à quoi nous sommes chacun.e appelé.e.
Mais cet exemple, il ne s'agit pas de le suivre d'une manière extérieure, il ne s'agit pas d'aller tous nous faire crucifier, il ne s'agit pas de nous faire tous charpentiers et parler araméen, etc. Nous sommes chacun.e une Parole différente de Dieu, ou dit autrement la Parole de Dieu s'incarne de mille façons, et aucune n'est plus légitime que les autres. Nous sommes libres : libres d'une part d'accepter d'incarner cette Parole ou de nous contenter de vivre selon notre seule nature animale. Et, si nous acceptons notre vocation spécifique d'êtres humains, nous sommes alors libres d'autre part d'incarner la Parole de mille façons possibles, nous sommes en fait appelés à créer notre façon propre, personnelle, de l'incarner : nous sommes alors co-créateurs du monde avec le Père, Dieu.
Car tel est bien son projet : que tout ce qui est à lui soit à nous comme tout ce qui est à nous est à lui. Que nous soyons donc un avec lui, sans séparation ni confusion.
Agrandissement : Illustration 1
Ce n'est pas seulement pour eux que je prie,
mais aussi pour ceux qui croiront en moi
à cause de leur Parole :
que tous soient un
comme toi, Père, en moi, et moi en toi,
qu'eux aussi soient un en nous,
afin que le monde croie que c'est toi qui m'as envoyé.
Et moi je leur ai donné la gloire que tu m'as donnée,
pour qu'ils soient un, comme nous nous sommes un
— moi en eux et toi en moi —,
afin qu'ils soient parfaitement un,
afin que le monde connaisse
que c'est toi qui m'as envoyé
et que tu les as aimés comme tu m'as aimé.
Père, ceux que tu m'as donnés
je veux que, où je serai, ils soient eux aussi avec moi,
pour qu'ils voient ma gloire, celle que tu m'as donnée
parce que tu m'as aimé avant la fondation du monde.
Père juste,
si le monde ne t'a pas connu,
moi, je t'ai connu,
et ceux-ci ont connu que c'est toi qui m'as envoyé,
et je leur ai fait connaître ton nom
et je le ferai connaître
pour que l'amour dont tu m'as aimé soit en eux
et moi en eux.
(Jean 17, 20-26)