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Billet de blog 25 novembre 2024

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Elle a mis toute sa vie

Quelles perspectives envisageons-nous concernant notre mort ? On dira peut-être : quelle importance ? on y sera bien assez tôt, on verra à ce moment-là. Pourtant, est-ce que cela serait vraiment sans aucune influence sur notre façon de vivre ?

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Cette veuve qui investit tout ce qu'elle a dans le soutien à l'institution du temple peut nous sembler naïve. Jésus lui-même ne semble pas avoir eu une très haute opinion de ce système des sacrifices, ni même de la supposée présence de YHWH dans le saint des saints. Jean-Baptiste, déjà, en proposant un baptême pour la rémission des péchés sapait l'institution : c'était là le rôle supposé de ces sacrifices au temple... Il semble donc difficile de lire cet épisode comme voulant mettre en valeur l'objet de la foi de cette pauvre femme.

On peut espérer ensuite qu'en nous disant qu'elle a mis "toutes les ressources qu'elle avait", son geste ne s'apparentait pas à une forme de suicide indirect. Peut-être croyait-elle aux miracles, que "Dieu pourvoirait" à son dénuement par quelque rentrée d'argent inattendue et providentielle ? Peut-être savait-elle bien qu'elle recevrait dès le demain, comme chaque jour, l'obole quotidienne de soutien aux veuves de la part de la communauté ? et dans ce cas c'était juste pour un jour qu'elle se sera privée de manger. On n'en sait pas plus, mais en tout cas ce que YHWH attendait d'elle n'était certainement pas qu'elle mette ainsi fin à ses jours prématurément, ce n'est donc pas cela non plus que Jésus veut nous donner comme modèle.

Il faut alors lire cette histoire surtout d'un autre point de vue. Voici une femme qui, au moins symboliquement, et contrairement aux riches (censément riches d'eux-même avant tout), se donne entièrement à l'objet de sa foi ; elle est capable de comprendre que sa personne n'a pas d'importance en soi, ce n'est pas elle qui s'est donnée la vie à elle-même, c'est Dieu, et c'est ce qu'elle manifeste de la manière la plus tangible possible en lui consacrant tout ce qu'elle peut lui offrir. Cela seul compte à ses yeux.

Une image peut nous aider à comprendre une telle attitude. Nous sommes comme les feuilles d'un arbre. Ce n'est pas nous qui nous sommes produits nous-mêmes, c'est l'arbre. Et le fruit de notre travail, par la photosynthèse essentiellement, s'il sert en partie à soutenir notre propre existence de feuille, sert aussi à soutenir l'existence de l'arbre lui-même, c'est par notre travail que l'arbre peut grandir, grossir, s'enrichir. Puis un jour, notre vie de feuille finira, nous nous détacherons de l'arbre et mourrons, mais l'arbre, lui, grâce à nous, perdurera.

Peut-on dire que les éléments que nous aurons produits au long de notre vie et qui se seront emmagasinés dans les branches ou le tronc de l'arbre, c'est un peu nous ? que nous survivons en quelque sorte disséminés ainsi, éparpillés, un peu partout dans cet arbre ? en un sens, oui, mais ce n'est en tout cas plus en tant que feuille, rien ici ne subsiste de notre identité de feuille, de ce que nous considérons dans cette vie-ci comme la chose la plus importante au monde, notre moi, notre je, notre personne, notre être indépendant de tout l'univers. Cela, non, ne subsiste plus d'aucune manière.

On rejoint ici d'autres enseignements de Jésus au travers des évangiles, tout particulièrement cette parabole où il est question de serviteurs, sinon d'esclaves, qui, lorsqu'ils ont fini d'accomplir tout ce qui était attendu d'eux, sont invités à dire : "serviteurs inutiles nous sommes". On pensera peut-être : mais alors, quelle différence y a-t-il avec la perspective de l'athée, qui croit, lui aussi, qu'il disparaîtra à sa mort ? La différence est en effet peut-être minime, c'est une question de points de vue, mais il reste que la subsistance de l'arbre symbolise le fait que l'aventure de l'univers, elle au moins, a un sens, et ce sens peut faire toute la différence avec une certaine philosophie de l'absurde, avec ce que d'aucuns perçoivent comme un non-sens absolu.

Illustration 1

    alors ayant levé les yeux
il vit les riches
    mettant dans le trésor leurs dons
puis il vit une veuve nécessiteuse
    y mettant deux sous

    et il a dit

« en vérité je vous dis
    que cette veuve pauvre
    a mis plus que tous
car tous ceux-là
    c'est de leur surplus
    qu'ils ont mis dans les dons
mais elle
    c'est de son indigence
    qu'elle a mis
toutes les ressources qu'elle avait »
    
(Luc 21, 1-4)

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