Il est certain que, s'il n'y avait pas eu la fin, on ne serait pas intéressé aux débuts ; s'il n'y avait pas eu la résurrection (quelle que soit la réalité signifiée par ce mot) et la venue de l'esprit (de même), personne ne se serait préoccupé de savoir quelles avaient pu être les origines de cet homme. La résurrection, la venue de l'esprit : ce sont surtout deux façons de dire que, à un moment donné, ou peu à peu, ceux qui avaient cru que Jésus était le messie, un messie tel qu'il était espéré et attendu par l'ensemble du peuple juif, un messie certes spirituel mais aussi et inséparablement politico-militaire, ceux-là ont dû évidemment déchanter, d'abord, mais ensuite, au-delà du désenchantement, s'est produite la compréhension de ce dont, lui, avait en réalité voulu témoigner, de cette relation intime qu'il vivait avec Dieu.
Ces disciples se sont simplement mis à entrer eux aussi dans une telle même relation, ils ont découvert le même Dieu que leur modèle, et étant ainsi entrés à sa suite dans ce même esprit que lui, il était ainsi devenu, dans sa mort, plus vivant pour eux qu'il ne l'avait été durant sa vie. C'est ensuite, c'est alors seulement, qu'ils ont commencé à se poser la question : mais cette révolution dont il nous a fait bénéficier, comment cela se fait-il, d'où cela a-t-il pu lui venir ? et c'est ainsi qu'on en est venu à lui attribuer une origine différente de celle de nous tous : s'il a pu nous révéler ce visage nouveau de Dieu, c'est forcément que Dieu s'était penché sur lui dès son berceau, mais même encore avant, dès sa conception. Mais il y a déjà eu des prophètes auxquels Dieu a été présent aussi tôt, à leur conception aussi...
Voilà donc la raison profonde de cette supposée conception hors normes de Jésus, un homme entièrement nouveau, un homme créé ex nihilo, tiré du néant, et non engendré par d'autres hommes, comme c'est notre cas à nous tous. Cependant, si nous tous (et toutes évidemment) descendons d'autres hommes, il n'en reste pas moins, selon la même tradition religieuse, selon le judaïsme et ses autres héritiers, qu'à l'origine il y a eu un homme lui aussi créé, comme ex nihilo, par le même Dieu. La création de Jésus a le même auteur que la création d'Adam. Est-ce à dire que cet auteur a dû se rendre compte que sa première œuvre avait comme un défaut et qu'il lui fallait donc corriger le tir ? cela signifierait déjà d'une part que c'est l'auteur qui est responsable de malfaçon, et on ne pourrait alors que le louer de reconnaître ainsi son erreur...
Mais d'autre part, en quoi le fait de créer un homme nouveau, un homme radicalement différent du premier et de tous ses descendants dont nous sommes, rattraperait-il la maladresse initiale ? en quoi cela changerait-il concrètement les choses pour nous ? C'est un peu comme si on disait que le dernier modèle de télé sur le marché avait, en soi, une vertu d'amélioration des modèles plus anciens... Non, cela ne marche pas ; l'histoire du péché originel et de l'homme conçu exempt dudit péché ne fonctionne pas. Alors que, si au contraire Jésus est un homme comme nous toutes et tous, à ce moment-là et à ce moment-là seulement, l'exemple qu'il nous a donné peut avoir un sens pour nous. C'est bien d'ailleurs ce qu'il s'est passé avec cette venue de l'esprit sur les premiers disciples : s'ils ont pu en bénéficier, c'était nécessairement parce qu'ils n'avaient pas encore inventé cet abîme entre lui et nous, en l'identifiant à Dieu de manière radicalement différente de nous.
Le mieux est l'ennemi du bien, dit-on ; c'est en tout cas le cas ici ; à vouloir pousser trop loin une piste, celle d'un Jésus trop fondamentalement différent de nous, on l'a coupé de notre humanité commune, le faisant ainsi un étranger, et non plus un frère, né comme nous tous d'une mère, conçu comme nous tous d'un père et d'une mère humains tous deux. Et invités, comme lui, à découvrir notre autre nature, notre origine, notre essence, divine nous aussi, comme lui, comme tout être humain, et comme tout ce qui est : paix aux hommes, à tous les hommes, qui sont tous ses fils (et filles) bien-aimés (le "bien-aimés" qui qualifie ici tout homme est le même que celui du baptême quand la voix du ciel dit qu'il est son fils "bien-aimé"...)
Agrandissement : Illustration 1
et il arriva en ces jours-là
que sortit un décret de César Auguste
pour recenser toute l'humanité
ce recensement arriva avant
le gouvernement de Quirinius sur la Syrie
et tous allaient se recenser
chacun dans sa propre ville
alors Joseph aussi monta de Galilée de la ville de Nazareth
vers la Judée vers la ville de David qui est appelée Bethléem
car il était lui de la maison et de la famille de David
pour être recensé
avec Marie sa promise qui était enceinte
or il arriva comme ils étaient là
que les jours de son accouchement furent remplis
et elle accoucha de son fils le premier-né
et elle l'emmaillota
et elle l'installa dans une mangeoire
car ce n'était pas un lieu pour eux dans la salle d'auberge
et il y avait des bergers dans cette région-là
campant et veillant les veilles de la nuit sur leur troupeau
et un ange de YHWH se présenta à eux
et la gloire de YHWH resplendit sur eux
et ils eurent peur d'une grande peur
mais l'ange leur a dit
« n'ayez pas peur ! car voici que je vous annonce
en bonne nouvelle une grande joie qui sera pour tout le peuple
que vous est né aujourd'hui dans la ville de David
un sauveur qui est un oint de YHWH
et ceci sera signe pour vous
vous trouverez un bébé emmailloté et posé dans une mangeoire »
puis tout à coup il y eut avec l'ange une foule de l'armée céleste
louant Dieu et disant
« gloire à Dieu au plus haut des cieux !
et sur terre paix aux hommes !
ses bien-aimés »
(Luc 2, 1-14)