Scandale : il y en a un qui se réclame du maître, qui prétend agir en son nom, mais qui ne fait pas partie du troupeau de ceux qui le suivent, ce n'est pas un des disciples, encore moins un des douze. Celui-là nous surprend nous aussi : comment cela peut-il se faire ? Les douze n'ont été capables de guérir, d'expulser les démons (c'est la même chose), que parce que Jésus leur en a explicitement donné le pouvoir, mais celui-ci ne fait visiblement pas partie de cette fine équipe ; alors ? et pourtant, lui aussi le fait !
N'oublions pas que nous venons de voir plusieurs de ces douze échouer, justement, à expulser le "démon" épileptique : cela devait leur mettre la rage que cet autre, celui qui n'est pas "comme eux", c'est-à-dire (comme le dit Luc de manière plus explicite dans son passage parallèle) qui ne suit pas Jésus "avec eux", celui-là, cet "étranger" à leur groupe en somme, lui n'échoue pas, lui guérit, lui fait du bien... Peut-être a-t-il fait quand même partie un temps de ceux qui suivaient Jésus, de ceux qu'on appelle les disciples d'une manière générale, mais il ne faisait sûrement pas partie des douze, et voilà qu'il démontre pourtant sa capacité à faire ce que eux, les douze, n'arrivent plus à faire !
Marc comme Luc placent cette "anecdote" dans le même contexte que nous voyons depuis quelques jours, celui de ce tournant du ministère de Jésus, celui où il a pris conscience de l'impasse où il se trouve, avec les foules qui n'attendent de lui qu'une chose, qu'il les prenne en charge à lui tout seul comme des enfants, et pareil pour ses disciples, y compris les douze, et voici cet homme qui, lui, a su, déjà, prendre son indépendance : ce n'est quand même pas un hasard si c'est donc pile à ce moment-là qu'on nous parle de lui. C'est discret, certainement, puisqu'on n'en parlera plus jamais, il aura juste été mentionné comme ça, comme en passant ; mais que ceux qui ont des oreilles pour entendre entendent, ou des yeux pour voir voient !
Cet homme fait un peu penser, dans l'évangile de Jean, à la scène finale, où Jésus dit à Pierre de le suivre — ce qui signifie que Pierre a encore du chemin à parcourir en tant que disciple, il n'est pas encore devenu comme son maître — tandis que Jean lui (le "disciple que Jésus aimait", l'auteur de l'évangile) peut "demeurer" : lui n'a plus besoin de "suivre", lui est devenu comme son maître, lui est devenu son propre maître en somme, ce qui, bien sûr, est une façon de parler, mais le fait est là, il est comme cet homme qui guérit au nom de Jésus, mais qui n'a plus besoin de le suivre.
Ce qui différencie cet homme par rapport aux douze, du vivant de Jésus, comme ce qui différencie Jean de Pierre après la résurrection, c'est que les premiers sont entrés, comme Jésus, en relation directe, en intimité personnelle, avec Dieu, et pas les autres. Les premiers sont dans la spiritualité, les autres dans la religion. Et il faut bien noter, qu'avant d'atteindre au stade de la spiritualité, ils ont commencé par la religiosité. Il n'empêche, cet homme qui déjà du vivant de Jésus... Étonnant ! Inattendu ! Qui y fait attention ? qui en tire toutes les conséquences ?
Certainement pas les églises, quand elles se préoccupent plus de définir une orthodoxie d'exclusion que d'ouvrir leurs yeux et leurs oreilles aux signes des temps.
Agrandissement : Illustration 1
Jean lui disait
« maître ! nous avons vu quelqu'un
expulsant des démons en ton nom
et nous l'empêchions
parce qu'il n'est pas comme nous »
mais Jésus a dit
« ne l'empêchez pas !
car il n'y a personne
qui fera un miracle en mon nom
et pourra aussitôt dire du mal de moi
car
qui n'est pas contre nous
est pour nous »
(Marc 9, 38-40)