Les faits "surnaturels", les guérisons "miraculeuses", cela existe, c'est un fait (ou plus exactement : ce sont des faits), qu'on le veuille ou non. Et une attitude qui se voudrait vraiment rationnelle, à l'égard de ces faits, n'est certainement pas de décréter a priori que cela ne peut pas exister. Une attitude vraiment rationnelle, c'est de prendre connaissance des faits en eux-mêmes, et de chercher ensuite à comprendre. À ce sujet, pas plus la foi en l'irrationnel que le déni, ne sont de saines réactions.
Dans le cadre du judaïsme, il ferait beau voir qu'on se situe du côté du déni, ce serait saboter ce qui fait quand même un des fondements de son histoire : les dix plaies qui frappèrent l'Égypte, la libération de l'esclavage qui s'en est suivie, la traversée de la mer rouge à pieds secs, et plus tard aussi un certain nombre de faits prodigieux attribués à l'un ou l'autre des prophètes. De plus, à l'époque de Jésus, personne ne doute de l'existence de Dieu, pas question donc de se réfugier dans un scepticisme matérialiste ! La seule échappatoire qui apparaisse alors possible à ces "scribes" — c'est-à-dire à ces spécialistes de la Torah, des Écritures saintes —, c'est de soupçonner des prodiges réalisés par l'intervention de dieux étrangers, des dieux concurrents du dieu d'Israël, des "faux" dieux, tous assimilés au "satan", l'Adversaire de YHWH.
Mais, encore s'il s'agissait de prodiges du genre feu du ciel qui tombe sur un bûcher noyé d'eau et le consume, ou absence de pluie pendant trois ans et demi jusqu'à ce que Jésus ordonne qu'elle tombe de nouveau, ou même à la limite transformation d'eau en vin juste pour permettre aux convives de se saouler un peu plus...! dans tous ces cas-là, l'argument de démons agissant pour séduire le peuple trop crédule pourrait s'entendre : il s'agit de phénomènes qui ne répondent pas à des besoins vitaux de ceux qui en sont bénéficiaires. Mais les guérisons ? étant donné que la maladie est toujours considérée comme résultant de l'action de démons ? La réponse de Jésus est alors imparable. Effectivement, il serait stupide de la part de Satan de se saboter lui-même, cela n'aurait pas de sens. Promettre de l'or, à manger ou à boire sans rien avoir à faire, voilà qui ne serait effectivement que vile séduction, et asservissement, mais les guérisons...
Conclusion : ces "scribes", qui en arrivent à de telles extrémités dans leur soit-disant raisonnement, en réalité déraisonnent, et contre cela il n'y a rien à faire, nul ne peut les en faire sortir, sinon eux seuls ; c'est ce que signifie cette impossibilité du pardon dans leur cas, pour l'éternité donc s'ils ne changent pas d'eux-mêmes d'attitude.
De nos jours, dans nos sociétés déspiritualisées, c'est au fond le même positionnement qui entraîne les mêmes conséquences, quand, partant d'un a priori que le "surnaturel" ne peut pas exister, on refuse alors de le prendre en compte, affirmant péremptoirement que cela ne peut résulter que de supercherie, éventuellement même de machiavélisme retors, sans prendre seulement la peine d'examiner les faits bruts en eux-mêmes. Le vrai rationalisme est pourtant là : face à des faits inexplicables, faire tout son possible pour essayer de les comprendre, et non pas balayer tout cela sous le tapis, comme si cela allait y changer quelque chose...
On peut penser ici tout particulièrement au sujet des guérisons inexplicables, ou en tout cas inexpliquées par notre science au stade où elle en est actuellement. Il n'y a aucun doute que de telles guérisons se produisent, notamment dans le cadre de lieux ou de démarches religieuses. Cependant, si on compare le nombre de telles guérisons, à Lourdes par exemple, et le nombre de malades qui s'y sont rendus, on doit bien admettre au minimum que la proportion de ces guérisons qui se soient produites par rapport au nombre de celles et ceux qui auraient aimé en bénéficier est infime : il ne semble pas suffisant d'avoir "la foi" pour guérir, ou alors c'est que nous ne savons pas ce que signifie précisément "avoir la foi".
Il n'est pas question ici de marchandage : je fais des efforts et Toi tu me guéris ! Je crois pour ma part qu'on chercherait en vain de telles raisons au pourquoi unetelle ou untel ont été guéris de maladies ou handicaps inguérissables, et pourquoi pas les millions d'autres. Ces guérisons, ou ces signes aussi d'autres ordres (par exemple la danse du soleil à Fatima...), nous disent en tout cas que nous ne comprenons pas tout, que nous ne savons pas tout, que nous ne maîtrisons pas tout, et doivent au minimum nous inciter à nous ouvrir à ce qui nous dépasse, sans pour autant rien abdiquer de notre raison, mais simplement en toute humilité.
Agrandissement : Illustration 1
et les scribes qui étaient descendus de Jérusalem
disaient
« Béelzeboul le possède «
et
« c'est par le chef des démons
qu'il expulse les démons »
et les ayant appelés à lui
il leur disait en paraboles
« comment satan peut-il expulser satan ?
et si un royaume est divisé contre lui-même
ce royaume ne peut pas durer
et si une maison est divisée contre elle-même
cette maison ne pourra pas durer
et si satan s'est levé contre lui-même et s'est divisé
il ne peut pas durer mais il est fini
mais personne ne peut
étant entré dans la maison du violent
piller ses biens
s'il n'a d'abord ligoté le violent
et alors il pillera sa maison
amen je vous dis
tout sera pardonné aux fils des hommes
les péchés et les blasphèmes autant qu'ils auront blasphémé
mais qui aura blasphémé contre l'Esprit saint
n'a pas de pardon pour l'éternité
mais il est coupable d'un péché éternel »
c'est qu'ils disaient
« il a un esprit impur »
(Marc 3, 22-30)