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Billet de blog 27 février 2023

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Brebis et boucs

Nous ne pouvons pas passer auprès d'une personne qui souffre sans ressentir nous aussi, ne serait-ce qu'un peu, cette souffrance.

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

J'ai la chance d'habiter près d'un fleuve, aussi chaque jour, comme Jean-Jacques autour de son lac, commencé-je ma journée par une promenade d'une bonne heure au bord de l'eau, admirant tous ces oiseaux qui y vivent : canards, hérons, grandes aigrettes, cormorans, poules d'eau.

Il y a quelques années, une nouvelle espèce est venue s'y installer. Je l'ai repérée d'abord par son chant très caractéristique, comme un rire cristallin décroissant : des grèbes castagneux. Puis j'en vis un premier, mais à peine repéré disparut-il, comme par enchantement... en fait, cet animal plonge au fond de l'eau pour chercher sa nourriture en fouillant la vase, comme le font aussi les poules d'eau et les cormorans. Cette année-là, je repérai au moins deux couples qui avaient décidé que les lieux leur convenaient.

Qui dit couples, dit petits... Effectivement, je vis bientôt une mère entraînant dans son sillage trois oisillons. Et j'observai son rude travail pour nourrir tout ce petit monde : plongée sous l'eau, les petits qui se sentent un peu inquiets de se retrouver seuls, surveillant où leur mère va réapparaître. Cette dernière resurgit, et les petits se précipitent à la becquée. Et le manège recommence.

Un matin, cependant, la mère remonta, mais sans rien dans son bec. Les petits, dépités, durent bien attendre qu'elle replonge et ressorte. Mais de nouveau, rien... Au bout de quelques répétitions de ce scénario, un premier petit se dit qu'il pourrait peut-être essayer d'aller voir par lui-même ce qu'il se passait là-dessous, là où sa mère allait chercher cette fameuse nourriture...! Pour la première fois, peut-être, il s'était représenté comme pouvant imiter sa mère, la prendre pour modèle, il avait appris à pouvoir faire comme elle en s'étant mis à sa place.

Cette capacité à nous représenter intérieurement l'autre comme étant autre que nous, que nous voyons ici au niveau simple des gestes et des comportements, mais qui en allant un tout petit peu plus loin, nous permet aussi de ressentir ce qu'ils peuvent ressentir et penser, n'est donc pas spécifique à notre espèce. Il semble bien que tout animal ait cette propriété, de pouvoir se mettre à la place de l'autre, son semblable.

Nous le savons bien : nous ne pouvons pas passer auprès d'une personne qui souffre sans ressentir nous aussi, ne serait-ce qu'un peu, cette souffrance, comme si c'était nous qui en étions affectés. Nous pouvons nous blinder contre cette réalité de ce que nous sommes, parce qu'effectivement nous ne pouvons pas, chacun de nous, à nous seul, porter remède à toute la misère du monde, mais ce n'est qu'une manière de nous protéger, plus ou moins. Il reste qu'au fond de nous notre dénuement nous hante, que nous l'admettions ou non.

Et il y a ainsi ceux qui, de façon plus ou moins maladive, sont envahis par cette incapacité dans laquelle ils sont de répondre à toute cette misère. Nous avons ici toutes ces maladies dites psychiques, lesquelles peuvent s'enraciner plus ou moins dans une base physiologique : dépression, angoisse, mais aussi schizophrénie, autisme...

Illustration 1

Quand viendra le fils de l'homme, dans sa gloire,
    et tous les anges avec lui,
alors il s'assoira sur son trône de gloire.
Et se rassembleront devant lui toutes les nations.
Il séparera les uns des autres,
    comme le berger sépare les brebis des boucs.
Il mettra les brebis à sa droite
    et les boucs à sa gauche.

    Alors le roi dira à ceux de sa droite :
“Venez, les bénis de mon père,
héritez du royaume préparé pour vous
    depuis la fondation du monde.
Car j'ai eu faim, et vous m'avez donné à manger,
    j'ai eu soif, et vous m'avez abreuvé,
    j'étais étranger, et vous m'avez recueilli,
    nu, et vous m'avez vêtu,
    infirme, et vous m'avez visité,
    j'étais en prison, et vous êtes venu à moi.”

    Alors, les justes lui répondront en disant :
“Seigneur, quand t'avons-nous vu
    affamé, pour te nourrir,
    assoiffé, pour t'abreuver ?
Quand t'avons-nous vu
    étranger, pour te recueillir,
    ou nu, pour te vêtir ?
Quand t'avons-nous vu
    infirme, ou en prison, pour venir à toi ?”

    Le roi répondra et leur dira :
“Amen, je vous dis :
dans la mesure où vous l'avez fait
à un de mes frères, les plus petits, que voilà,
    c'est à moi que vous l'avez fait.”

    Alors il dira aussi à ceux de gauche :
“allez loin de moi, maudits,
    au feu éternel
    préparé pour le diable et pour ses anges !
Car j'ai eu faim, et vous ne m'avez pas donné à manger,
    j'ai eu soif, et vous ne m'avez pas abreuvé,
    J'étais étranger, et vous ne m'avez pas recueilli,
    nu, et vous ne m'avez pas vêtu,
    infirme, en prison, et vous ne m'avez pas visité !”

    Alors eux aussi répondront en disant :
“Seigneur, quand ? nous t'avons vu
    affamé ou assoiffé,
    étranger ou nu,
    infirme ou en prison,
et nous ne t'avons pas servi ?”

    Alors il leur répondra en disant :
“Amen, je vous dis :
    dans la mesure où vous ne l'avez pas fait
à l'un de ceux-ci, les plus petits,
    c'est à moi que vous ne l'avez pas fait !”

Et ceux-ci s'en iront vers la punition éternelle,
    et les justes, vers la vie éternelle ! »

(Matthieu 25, 31-46)

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