Avoir du sel en soi : nous en avons tous, en fait, mais il est caché, obstrué, il faut le dégager, le purifier, et c'est ce dont parlent ces images fortes de la main, du pied, de l'œil, dont il vaut mieux se séparer, s'ils nous font chuter, c'est-à-dire justement au minimum s'ils empêchent notre sel d'apparaître, au pire s'il nous amènent à en faire chuter d'autres que nous, à les "scandaliser" ; et ici, on ne peut que penser au scandale de la pédophilie : oui, si un de tes membres est pour toi occasion de chute, coupe-le ! éjecte-le ! que ce soit organiquement ou chimiquement, cela vaut mieux pour toi...
Mais au-delà de ce sujet d'actualité, il y a évidemment beaucoup d'autres comportements par lesquels nous pouvons scandaliser: toutes les violences dont le bruit envahit le monde, au point que nous ne pouvons même plus entendre quoi que ce soit d'autre, saturés que nous sommes, sidérés, et impuissants. J'entends bien, pourtant, que pour la plupart d'entre nous, ici, nous ne sommes pas habités par de telles intentions, entraînés par de telles pulsions, que le pire dont nous soyons capables est occasionnellement et très ponctuellement de manquer un peu à la plus élémentaire des politesses, des civilités, de tout ce qui fait que la vie en société ne soit pas qu'une suite de heurts ou de frictions du matin jusqu'au soir.
Alors quoi ? nous faisons partie de cette immense majorité des gens ordinaires, qui avons suffisamment de soucis rien que pour "gagner" notre vie, avoir de quoi subsister, le minimum nécessaire pour survivre, et à qui il ne viendrait pas idée de le faire en volant ou exploitant plus pauvre ou plus faible que soi ; et puis ? et puis, est-ce suffisant pour être sel ? la réponse dépend en fait de comment nous vivons cette situation : la subissons-nous seulement parce que nous ne voyons pas comment il pourrait en être autrement pour nous ? En ce cas, à la première occasion qui se présentera, il y a de fortes chances pour que nous franchissions le pas, que nous nous mettions nous aussi à placer nos pions, à jouer le jeu de ce monde, du pouvoir, de la domination, de la violence.
Nous ne devenons sel pour ce monde que lorsque nous sommes passés au-delà de ces membres-là (que nous avons aussi tous en nous, tout comme nous avons le sel), et ceci n'est donné à personne à l'avance, que de savoir dégager et mettre ainsi au jour ce sel en nous de la bienveillance pour absolument toute et chaque personne, et absolument tout et chaque être au monde, en paix en soi et avec tous.
Agrandissement : Illustration 1
en effet qui vous désaltérera d'une coupe d'eau
parce que vous êtes du messie
amen je vous dis qu'il ne perdra pas son salaire
mais qui scandalisera un de ces petits qui croient
il serait mieux pour lui
que soit mise une meule d'âne autour de son cou
et qu'il soit jeté dans la mer
et si ta main est pour toi occasion de chute coupe-la !
il vaut mieux pour toi entrer manchot dans la vie
plutôt qu'avec les deux mains
t'en aller dans la géhenne
dans le feu qui ne s'éteint pas
et si ton pied est pour toi occasion de chute coupe-le !
il vaut mieux pour toi entrer boiteux dans la vie
plutôt qu'avec les deux pieds
être jeté dans la géhenne
et si ton œil est pour toi occasion de chute éjecte-le !
il vaut mieux pour toi entrer dans le royaume de Dieu
avec un seul œil
plutôt qu'avec deux yeux
être jeté dans la géhenne
où le ver ne périt pas ni le feu ne s'éteint
car tous par le feu seront salés
c'est bon le sel
alors si le sel devient non salé
avec quoi l'assaisonnerez-vous ?
ayez du sel en vous-mêmes !
et soyez en paix les uns avec les autres »
(Marc 9, 41-50)