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Billet de blog 27 décembre 2024

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Il vit et il crut

La résurrection, c'est le principe de vie qui animait un corps et qui, lui, ne meurt pas. Dans certains cas, ce principe peut encore se revêtir de matérialité. Beaucoup le font, même de manière très succincte, comme à la marge...

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Il vit et il crut : c'est l'auteur de cet évangile qui parle ici de lui-même, qui témoigne, que c'est à ce moment-là, suite à ce qu'il a vu, qu'il a cru ; mais le mot "croire" est trop faible pour nous, pour rendre ce qu'il signifiait pour lui à l'époque nous devrions dire : il vit et il sut, c'était pour lui une certitude, et non une simple supposition. Mais reprenons d'abord la scène dans l'ordre, si nous voulons comprendre qu'est-ce qu'il a vu exactement, qui ait entraîné, pour lui, cette compréhension, cette connaissance, de la réalité de la résurrection de son rabbi, puis ensuite nous essaierons de voir ce que nous pouvons, nous aujourd'hui au vingt et unième siècle, en penser.

Pour commencer, il nous faut remarquer que ce qu'il a vu ne lui est apparu qu'en deux étapes. Dans un premier temps, en effet, ce qu'il voit, ou plus exactement distingue, en regardant à travers l'ouverture du tombeau mais sans y pénétrer, c'est seulement le linceul. La raison pour laquelle il n'entre pas est très vraisemblablement qu'il est "prêtre" (cohen), et qu'en tant que tel, s'il y a un mort, un cadavre, dans le tombeau, cela le rendra impur, et il devra se soumettre à des procédures de purification avant de pouvoir de nouveau exercer sa charge. Mais quelle que soit la raison, la conséquence est là : de l'extérieur, il ne peut pas tout distinguer, notamment il ne voit pas bien le fond du tombeau, là où se trouvait la tête, mais ce qu'il voit déjà, c'est le linceul.

Le linceul, c'est cette grande pièce de tissu de plus de quatre mètres de long, repliée en deux au niveau de la tête, et qui prenait ainsi le corps comme en sandwich entre ses deux pans. Et rien que ce fait, de voir ce tissu resté là dans le tombeau, mais le corps ayant vraisemblablement disparu (même s'il n'en est pas encore tout-à-fait sûr), indiquerait déjà à notre futur auteur de l'évangile — le "disciple que Jésus aimait" — que ce corps n'aurait pas été "volé", ce ne serait pas quelqu'un qui serait venu le prendre et l'emporter, car, quelles que soient les motivations pour lesquelles le quelqu'un en question aurait voulu dérober ce corps, il n'aurait eu aucune raison de commencer par le désempaqueter sur place...

Et puis, Pierre étant entré et ayant confirmé que, comme l'avait dit Marie-Madeleine, le corps a disparu, le futur évangéliste peut entrer à son tour, il se confirme ainsi que le linceul est bien vide, resté là à plat, et il remarque même un second élément, le linge de tête — qui était comme une grande serviette enroulée sur elle-même à la manière d'un foulard scout, et qui, passée sous le menton était nouée au sommet de la tête, pour maintenir la bouche fermée —, ce linge est resté tel quel, enroulé sur lui-même, et à sa place, entre les deux pans du linceul. En somme, c'est comme si le cadavre s'était volatilisé, évaporé, désintégré...! Tels sont les éléments que l'auteur de l'évangile (et vraisemblablement pas Pierre) a remarqués alors, et dont il tient absolument à donner ici le témoignage : il vit, et il crut ; il sut.

Un tel scénario se trouve par ailleurs confirmé par le linceul dit de Turin, mais l'important n'est peut-être pas là. S'il est ainsi très vraisemblable que le corps mort de Jésus ait bénéficié d'un destin hors du commun, ce n'était pourtant certainement pas nécessaire pour qu'il "ressuscite" : la "résurrection", l'état de ressuscité, ne consiste pas à s'encombrer d'un corps lourd, pesant, grossier, un corps matériel, avec toutes les contraintes qui peuvent y afférer ! La suite, d'ailleurs, le dit explicitement : il est capable d'apparaître d'un seul coup dans une pièce fermée à clé, donc de se matérialiser, puis de se dématérialiser, à volonté, et par conséquent il n'était nullement nécessaire que son cadavre disparaisse...

La résurrection, c'est le principe de vie qui animait un corps et qui, lui, ce principe, ne meurt pas. Dans de nombreux cas, ce principe peut encore se revêtir de matérialité. Beaucoup le font, même de manière très succincte, comme à la marge ; de nombreux témoignage parlent d'horloges qui s'arrêtent, mais aussi d'apparitions, au moins visuelles, ou de manifestations auditives, aux proches, parfois même à des moins proches. Mais tout ceci, y compris pour Jésus, ne dure qu'un temps, car là n'est pas notre destin après la mort, de rester comme prisonniers de ce monde matériel mortel. Si Jésus a pu — et c'est pour l'essentiel très vraisemblablement la réalité — se manifester à ses disciples de manière exceptionnellement forte et pendant un temps relativement important, c'était à cause d'eux, parce que, eux, en avaient besoin.

Mais tel n'est donc pas le "royaume" de Jésus, il n'est pas "de ce monde", il n'est en aucun cas un royaume matériel, rompant là encore radicalement avec le judaïsme... Mais les chrétiens en sont-ils pour autant bien conscients, du moins tous ceux pour lesquels, par exemple, un pèlerinage en "terre sainte" prend au moins autant de valeur que le hajj pour les musulmans ? ou encore ne serait-ce que ceux qui croient à un retour physique de Jésus à la fin des temps (ce retour auquel croyaient les tout-premiers chrétiens comme devant être imminent), et qu'il récitent encore dans leur credo tous les dimanches ?

Illustration 1

puis le premier jour de la semaine
    Marie la Magdaléenne vient au tombeau
    au point du jour encore dans l'obscurité
et elle voit la pierre
    qui a été enlevée du tombeau
alors elle court et vient
    auprès de Simon-Pierre
et auprès de l'autre disciple
celui que Jésus aimait
    et elle leur dit
« on a enlevé le Seigneur du tombeau !
    et nous ne savons pas où on l'a mis »
    
Pierre sortit donc ainsi que l'autre disciple
    et ils allaient au tombeau
    et ils couraient tous les deux ensemble
mais l'autre disciple courut devant plus vite que Pierre
et arriva le premier au tombeau
    et s'étant penché pour regarder
    il aperçut le linceul étendu à plat
mais il n'entra pas

puis Simon-Pierre vient alors à sa suite
    et il entra dans le tombeau
et il voit le linceul étendu à plat
mais le tissu qui était à sa tête
    n'est pas à plat comme le linceul
    mais quant à lui enroulé à sa place
alors entra donc aussi l'autre disciple
    celui qui était arrivé le premier au tombeau
et il vit et il crut
    en effet ils n'avaient pas encore compris l'écriture
    qu'il allait se relever d'entre les morts

puis les disciples s'en retournèrent chez eux

(Jean 20, 1-10)

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