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Billet de blog 28 février 2025

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Droits et devoirs

Au-delà des interdictions et obligations : il ne s'agit pas ici de morale, de principes qui s'imposeraient à nous de l'extérieur, et qu'on ne pourra alors qu'éprouver comme contraintes, mais d'éthique, et donc de libération.

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Est-il permis de divorcer ? est-il permis d'avorter ? est-il permis de...? si on pose la question en ces termes, on répondra que oui, au moins chez nous actuellement, et ce serait bien qu'il en soit de même partout et pour toujours. Mais, dans l'absolu, est-ce que ces actions sont souhaitables en elles-mêmes : il me semble que pour la plupart d'entre nous, nous préférerions ne pas avoir à le faire, nous préférerions pouvoir nous entendre avec le ou la même partenaire toute notre vie, et nous aimer toujours de plus en plus, et nous préférerions pouvoir accueillir un ou une enfant ; ce sont certaines circonstances, parfois (souvent ?) indépendantes de notre volonté, ou au-delà de nos forces, qui nous amènent éventuellement à faire de tels choix.

Moïse a permis le divorce, mais sur le fond, tel n'est sans doute pas le sens de la question de ces pharisiens. Ces derniers n'étaient pas tous du même avis à ce sujet. Tous admettaient le principe que, pour divorcer, il fallait que l'épouse soit un motif de "honte" pour son mari. Mais certains ne considéraient comme tel que le cas où celle-ci se prostituerait (et on retrouve dans l'évangile de Matthieu cette exception admise à l'interdiction du divorce), tandis que d'autres acceptaient le seul fait que le mari ait rencontré une femme qu'il trouverait plus belle que la sienne...! Il est bien possible que ce soit là l'idée de nos pharisiens du jour : que le divorce puisse être considéré finalement comme un droit en soi, sans autre forme de procès.

Moïse n'a pas permis le divorce, si, par permis, on entend en somme par là qu'il s'agirait d'un droit absolu ; c'est une tolérance. Par contre, ce qu'il a commandé, ce qui est une obligation, absolue elle, c'est de rédiger l'acte de rupture, sans lequel la femme n'aurait pas le droit de se remarier, ce qui, dans la plupart des cas, la condamnerait à la misère. Contrairement à ce que nous laisse entendre Marc ici, dans la société hébraïque de l'époque, la femme ne pouvait en aucun cas prendre l'initiative d'un divorce : cette extension-là ne provient certainement pas de Jésus lui-même, mais des premiers chrétiens, qui le lui attribuent donc comme si c'était lui qui l'avait dite. Ceci nous donne une idée de la prudence à garder, quand on essaie de cerner qui il a pu être précisément, ce qu'il a pu dire et faire...

Mais on doit considérer que cette extension-là à ce qu'il a pu dire effectivement reste fidèle à son esprit. En effet, ce recadrage de ces pharisiens qui auraient voulu pouvoir continuer de traiter leur femme comme des objets soumis à leur seul bon plaisir, vient forcément de lui : ce n'était certainement pas un bon argument de vente, de sa part ni de celle des premiers chrétiens, que de prôner une attitude contraire au laxisme... L'extension aux "droits et devoirs" des femmes, dans le monde romain où les femmes avaient la possibilité de demander le divorce, ne faisait donc que suivre la même logique, le même cap, d'exigence.

Il ne s'agit cependant pas de condamner, et donc pas non plus d'interdire. On connaît l'épisode dit de "la femme adultère". "Ce que Dieu a attelé ensemble, que l'homme ne le sépare pas", c'est la direction, c'est le principe. Il est évident qu'il y aura toujours des cas où on n'est pas capable de se conformer aux principes, et il convient alors de savoir l'accepter, ne pas ajouter en plus de l'échec le déni de l'échec... et simplement s'efforcer, la prochaine fois, de faire mieux :)

Illustration 1

et de là s'étant levé
il vient dans la région de la Judée
    et au-delà du Jourdain
et des foules de nouveau se rassemblent autour lui
    et comme il en a l'habitude de nouveau il les enseignait

et s'étant approchés des pharisiens lui demandaient
    — pour le mettre à l'épreuve —
s'il est permis à un homme de répudier sa femme
    alors répondant il leur a dit
« que vous a commandé Moïse ? »
    et ils dirent
« Moïse a permis
d'écrire un acte de rupture et de répudier »
    mais Jésus leur a dit
« c'est à cause de votre sclérose de cœur
    qu'il vous a écrit ce commandement
mais depuis le commencement de la création
    "mâle et femelle il les a faits"
"à cause de cela l'homme quittera son père et sa mère
    et les deux seront pour une seule chair"
en sorte qu'ils ne sont plus deux
    mais une seule chair
alors ce que Dieu a attelé ensemble
    que l'homme ne le sépare pas ! »

puis à la maison
les disciples l'interrogeaient de nouveau à ce sujet
    et il leur dit
« qui répudie sa femme et en épouse une autre
    commet l'adultère envers elle
et si elle
ayant répudié son homme en épouse un autre
    elle commet l'adultère »

(Marc 10, 1-12)

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