"Comment peut-il celui-là nous donner sa chair à manger ?" : cette question commence avec les mêmes mots que celle de Nicodème "Comment peut-il un homme être engendré étant âgé ?" Dans les deux cas, il y a incompréhension des interlocuteurs de Jésus parce qu'ils ont pris ses paroles dans un sens littéral. Nicodème s'imaginait devoir retourner dans le ventre de sa mère, ici les "juifs" s'imaginent eux devoir devenir cannibales. Mais, dans les deux cas, il s'agit de mashals, de paraboles, de comparaisons.
Jésus s'est identifié au "pain du ciel", cette expression symbolisant la parole-sagesse de Dieu : il est tellement transparent à son Père qu'il peut être considéré comme la parole de Dieu incarnée. Manger son corps, manger sa chair, signifie donc se nourrir de cette parole-sagesse qu'il incarne. En aucun cas il ne s'agit, ici, de manger son corps, sa chair, qui seraient présents dans du pain !
Si Jean ne raconte pas le partage du pain et du vin au dernier repas, c'est justement parce qu'il n'est pas d'accord avec le sens que lui ont donné les autres évangiles ; et s'il parle quand même ici de "manger la chair et boire le sang" de Jésus, c'est pour nous donner ce qu'il considère comme le vrai sens de ces paroles. Ici, il n'est en aucun cas question de manger du vrai pain, ni de boire du vrai vin ! encore moins de manger du vrai pain qui serait le corps de Jésus, ni de boire du vrai vin qui serait le sang de Jésus...
De même que le pain symbolise la parole-sagesse de Dieu, de même le vin symbolise, lui, sa bénédiction-grâce (ce qu'on appelle aussi souvent l'Esprit de Dieu). De fait, si Jésus incarne la parole-sagesse de Dieu, c'est aussi parce qu'il est rempli de son Esprit. Boire son sang signifie donc se désaltérer de cet Esprit dont il déborde. En aucun cas non plus il ne s'agit, ici, de boire son sang qui serait présent dans du vin !
Pour autant, il n'est sans doute pas illégitime que les chrétiens fassent mémoire du dernier repas pris par Jésus avec tous ses disciples (tous : pas seulement les Douze, dans une salle qui pouvait contenir au moins deux cent personnes...), mais il est regrettable qu'ils le fassent dans l'esprit de "manger son corps et boire son sang" : c'est de la Parole de Dieu, présente dans le pain, qu'ils s'y nourrissent ; c'est à l'Esprit de Dieu, présent dans le vin, qu'ils s'y désaltèrent ; et ceci ils le font en mémoire de Jésus, qui est alors présent en eux et dans leur assemblée (et non dans le pain et le vin).
Agrandissement : Illustration 1
Les Juifs donc se querellent entre eux en disant :
« Comment peut-il, celui-là, nous donner sa chair
à manger ? »
Jésus leur dit donc :
« Amen, amen, je vous dis :
si vous ne mangez la chair du fils de l'homme
et ne buvez son sang
vous n'avez pas de vie en vous.
Qui dévore ma chair,
et boit mon sang,
a vie éternelle.
Et moi, je le ressusciterai dans le jour qui vient.
Car ma chair est vrai aliment,
et mon sang est vraie boisson.
Qui dévore ma chair,
et boit mon sang
demeure en moi, et moi en lui.
Comme le Père, le vivant, m'a envoyé
et comme moi, je vis par le Père,
ainsi qui me dévore, celui-là aussi vivra par moi.
Tel est le pain descendu du ciel :
non pas comme ont mangé les pères, et ils sont morts.
Qui consomme ce pain vivra pour l'éternité. »
Il dit ces choses dans une synagogue,
en enseignant, à Capharnaüm.
(Jean 6, 52-59)